Fouzi Lekjaa, le nouvel argentier du Royaume à l’épreuve de la performance publique

Fouzi Lakjaa, président de la Fédération royale marocaine de football.

Fouzi Lakjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique.. DR

Nommé par le roi Mohammed VI ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa (PAM) franchit une nouvelle étape dans un parcours construit au cœur de l’administration. Directeur du budget puis ministre délégué, il a été au centre des arbitrages budgétaires, des débats sur les lois de finances et de plusieurs négociations sociales sensibles. À la tête de ce département stratégique, il devra désormais conjuguer mobilisation des ressources, soutenabilité des dépenses et efficacité de l’action publique, dans un contexte marqué par de fortes ambitions économiques et sociales.

Le 16/10/2026 à 16h25

Il est de ces responsables qui accèdent au premier plan politique après avoir longtemps exercé leur influence dans les rouages de l’administration. Le parcours de Fouzi Lekjaa s’est construit au cœur de la machine budgétaire, là où se préparent les lois de finances, se négocient les enveloppes ministérielles et se confrontent les priorités gouvernementales aux ressources disponibles. Sa nomination à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et de la Performance publique consacre cette trajectoire, tout en élargissant considérablement son champ de responsabilités.

À 56 ans, celui qui a longtemps préparé les arbitrages budgétaires de l’État est désormais appelé à en assumer la responsabilité politique à l’échelle d’un département central. Mais l’intitulé même de ses nouvelles fonctions souligne une ambition qui dépasse la seule gestion des équilibres financiers. Il s’agit aussi de veiller à ce que les ressources publiques produisent des résultats mesurables, que les politiques engagées soient exécutées efficacement et que les moyens mobilisés répondent aux objectifs annoncés.

De l’agronomie aux finances publiques

Né le 23 juillet 1970 à Berkane, Fouzi Lekjaa suit une formation d’ingénieur agronome à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan-II, dont il sort diplômé en 1994. Il poursuit son cursus à l’École nationale d’administration, avant d’intégrer, en 1997, l’Inspection générale des finances. Cette entrée dans l’univers des finances publiques marque le début d’une ascension professionnelle nourrie par la pratique des dossiers techniques et une connaissance progressive des rouages de l’État.

Il rejoint ensuite la Direction du Budget, où il exerce différentes responsabilités avant d’être nommé directeur adjoint en juin 2010, puis directeur en janvier 2011. Il restera près de onze ans à la tête de cette direction stratégique. Durant cette période, il acquiert une connaissance approfondie des dépenses de l’État, des politiques sectorielles et des arbitrages entre priorités gouvernementales et ressources disponibles. Une expérience qui constitue aujourd’hui le socle de sa nouvelle mission.

En octobre 2021, Fouzi Lekjaa quitte les coulisses de l’administration pour rejoindre le gouvernement en qualité de ministre délégué chargé du Budget. Son changement de statut ne modifie guère son terrain d’intervention, mais en élargit la portée. Celui qui préparait les documents budgétaires se retrouve désormais à les défendre devant les parlementaires et à expliquer publiquement les choix de l’Exécutif.

Au fil des projets de loi de finances, son visage devient indissociable des discussions sur les recettes fiscales, les dépenses publiques, l’investissement et le financement des politiques sociales. Il intervient en première ligne dans les débats budgétaires, répond aux critiques, justifie les arbitrages et détaille les contraintes qui pèsent sur les comptes de l’État.

Ministre de plein exercice

Sa fonction de ministre délégué ne l’empêche pas d’occuper une place centrale dans la conduite de ces dossiers. Dans les milieux politiques et économiques, certains en viennent à le qualifier de «véritable ministre des Finances» du gouvernement sortant. Cette appréciation traduit le poids qu’il a pris dans les discussions budgétaires, sans préjuger de l’étendue des responsabilités qui lui incombent désormais en tant que ministre de plein exercice.

Car une loi de finances ne se résume pas à une succession de tableaux et de prévisions. Elle traduit des choix politiques, fixe des priorités et révèle les compromis auxquels parvient un gouvernement. La maîtrise des procédures et des chiffres permet de préparer les décisions, mais leur mise en œuvre suppose également de coordonner les administrations, de suivre les dépenses et d’évaluer les effets des politiques financées.

C’est à cette articulation entre préparation budgétaire, décision politique et exécution que renvoie désormais l’intitulé de son ministère. La performance publique place au premier plan une question complémentaire à celle du financement. Les ressources engagées permettent-elles d’atteindre les résultats attendus? La réponse dépend notamment de la qualité de la programmation, de la capacité des administrations à exécuter les crédits et de la possibilité de mesurer les effets des dépenses sur les citoyens et les entreprises.

Le pari politique du PAM, l’épreuve des chiffres

Cette expérience budgétaire a également placé Fouzi Lekjaa au cœur de la campagne électorale du Parti authenticité et modernité (PAM) pour les législatives du 23 septembre 2026. À quelques semaines du scrutin, le responsable du Budget devient l’un des principaux porte-voix du programme économique et social de sa formation. Il lui revient d’en défendre les ambitions, mais aussi d’en expliquer le financement, notamment devant les représentants du patronat.

Le PAM présente son programme pour la période 2027-2031 comme un engagement chiffré, articulé autour de cinq pactes stratégiques et doté d’une enveloppe globale annoncée de 350 milliards de dirhams sur cinq ans.

Mais l’annonce d’un tel montant soulève immédiatement une question centrale. D’où viendront les ressources nécessaires et à quelles conditions les objectifs pourront-ils être atteints? C’est sur ce terrain que Lekjaa s’investit avec le plus de constance. Il ne se contente pas de relayer les promesses de son parti. Il en défend l’architecture financière, détaille les hypothèses de financement et répond aux interrogations sur la soutenabilité des engagements annoncés.

Transformer les moyens en résultats

À Azilal, à Berkane, à Dakhla, puis devant les représentants de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), il multiplie les interventions pour expliquer le programme et en défendre la cohérence. Le 10 septembre, à Casablanca, il prend part au lancement de la campagne du PAM, en plaidant pour une inflexion de l’action gouvernementale et en plaçant le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et l’insertion des jeunes au cœur du débat.

Cette séquence électorale marque une évolution dans son parcours. L’investissement de Lekjaa a contribué à donner au PAM une visibilité particulière sur le terrain économique, en plaçant le chiffrage et le financement des engagements au centre de son argumentation. Mais elle fait également apparaître une exigence qui prend une importance particulière dans ses nouvelles fonctions. La crédibilité d’un programme ne se mesure pas seulement aux ressources qu’il annonce pouvoir mobiliser, mais aussi à la capacité de l’action publique à transformer ces moyens en résultats.

La question de la performance publique se pose ici dans toute son ampleur. Une hausse des budgets de la santé ou de l’éducation ne garantit pas, à elle seule, une amélioration équivalente des services rendus. Encore faut-il que les crédits soient correctement affectés, que les projets soient exécutés dans les délais et que leurs effets puissent être évalués. C’est précisément l’un des enjeux auxquels le nouveau ministre devra se confronter, entre les ambitions défendues pendant la campagne et les contraintes de leur mise en œuvre.

La maîtrise des chiffres ne suffit pas toujours à dénouer les crises. Encore faut-il savoir traduire les revendications en compromis acceptables et les engagements négociés en mesures effectivement financées. Sur ce terrain également, Fouzi Lekjaa a été appelé à jouer un rôle de premier plan, notamment lors des négociations sociales conduites par le gouvernement dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

C’est dans le dossier de l’enseignement que cette dimension de son action est apparue avec le plus de visibilité. À l’automne 2023, alors que les grèves paralysaient une partie des établissements scolaires, le ministre délégué chargé du Budget intègre la commission ministérielle chargée de négocier avec les syndicats. Les discussions portent sur le statut unifié des fonctionnaires de l’Éducation nationale, les revendications catégorielles et les revalorisations salariales.

Le 26 décembre 2023, Fouzi Lekjaa cosigne, avec les ministres Chakib Benmoussa et Younes Sekkouri, l’accord conclu avec cinq syndicats du secteur. Celui-ci prévoit notamment une augmentation mensuelle nette de 1.500 dirhams pour les enseignants, échelonnée sur deux ans.

Programmation budgétaire

Son intervention ne relève pas uniquement de la négociation politique. Elle engage aussi la traduction financière des concessions consenties par le gouvernement. Les augmentations de salaires et les mesures catégorielles doivent être chiffrées, intégrées dans la programmation budgétaire et conciliées avec les autres engagements de l’État. C’est à cette articulation entre dialogue social et soutenabilité financière que son expérience de directeur du Budget prend tout son sens.

Le même registre se retrouve dans le secteur de la santé. Le 24 février 2022, Fouzi Lekjaa participe à la cérémonie de signature d’un accord entre le ministère de la Santé et les syndicats du secteur, à l’issue de plusieurs séances de dialogue social.

L’ajout de la performance publique à l’intitulé du ministère donne une portée particulière à cette dimension du parcours de Fouzi Lekjaa. Jusqu’ici, son rôle était principalement associé à la préparation du budget, à la mobilisation des recettes et à la défense des arbitrages financiers. Ses nouvelles fonctions l’inscrivent aussi dans une problématique plus large. Celle de l’efficacité de la dépense publique et des résultats obtenus grâce aux ressources de l’État.

La portée opérationnelle de cette nouvelle attribution dépendra toutefois de son articulation avec les administrations concernées et les autres départements ministériels. La performance publique ne relève pas d’un seul ministère. Elle engage l’ensemble de l’Exécutif, les responsables de programmes et les structures chargées de la mise en œuvre des politiques publiques. Le défi sera donc autant budgétaire qu’organisationnel.

Maroc 2030, au-delà du terrain sportif

Un autre dossier illustre la capacité de Fouzi Lekjaa à intervenir à la jonction de plusieurs politiques publiques : celui de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.

Désigné en octobre 2023 par le roi Mohammed VI à la présidence du Comité Coupe du monde 2030, il est chargé de suivre un chantier qui dépasse largement la seule organisation d’une compétition sportive. Les infrastructures, les transports, les équipements, les services et la coordination entre administrations constituent autant de composantes d’un projet dont les effets doivent se prolonger bien au-delà de l’échéance mondiale.

La création de la Fondation Maroc 2030 prolonge cette démarche. Le projet de loi portant création de cette structure, présenté par Lekjaa en juillet 2025, vise à coordonner et à suivre les chantiers liés aux grandes compétitions internationales, tout en veillant au respect des engagements pris par le Royaume. L’ambition affichée consiste à faire du Mondial un accélérateur de développement, mobilisant les acteurs publics, les collectivités territoriales et le secteur privé.

Utilité durable

Ce chantier rejoint directement ses nouvelles attributions. Le financement des infrastructures, la programmation des investissements et le suivi de leur exécution relèvent des grands équilibres économiques et budgétaires. Mais l’enjeu de performance publique est tout aussi important. Il s’agit de respecter les calendriers, de maîtriser les coûts, de coordonner les intervenants et de s’assurer que les équipements réalisés répondent aux besoins au-delà de la compétition.

La réussite de cet investissement collectif ne se mesurera donc pas uniquement au respect du cahier des charges de la FIFA ou à la livraison des infrastructures dans les délais. Elle dépendra également de leur utilité durable pour les territoires, les entreprises et les citoyens, ainsi que de leur capacité à générer des retombées économiques à la hauteur des moyens engagés.

Fouzi Lekjaa arrive ainsi à la tête d’un ministère dont il connaît les rouages, mais dont le périmètre élargi l’appelle à dépasser le seul exercice des arbitrages. Sa nouvelle mission consistera à faire converger discipline budgétaire, ambitions économiques et efficacité de l’action publique. C’est à cette capacité à relier les chiffres aux résultats que se mesurera désormais la portée de son action.

Par Wadie El Mouden
Le 16/10/2026 à 16h25