Fès: la justice rouvre le dossier des accusations d’extorsion visant Rachid El Fayek; Chaouki et Talbi Alami cités par la défense

Rachid El Fayek.

Rachid El Fayek. . DR

Le parquet de Fès relance le dossier de la plainte déposée par l’ancien parlementaire Rachid El Fayek, après les nouvelles révélations livrées par sa défense lors d’une conférence de presse. L’avocat Mohamed Hassi a notamment évoqué d’importantes sommes d’argent et cité plusieurs responsables politiques, dont Mohamed Chaouki et Rachid Talbi Alami. Le parquet indique que ces nouveaux éléments, absents de la plainte initiale, justifient la reprise des investigations.

Le 12/09/2026 à 22h30

Dans un communiqué, le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Fès indique avoir décidé de poursuivre les investigations sur la base de ces nouveaux éléments, qui ne figuraient pas dans la plainte initialement déposée par Rachid El Fayek. L’objectif est, précise-t-il, de vérifier la véracité des faits allégués et d’en tirer les conséquences juridiques appropriées à la lumière des résultats de l’enquête.

Le parquet revient également sur le traitement initial de cette plainte. Alors détenu à la prison locale de Ras El Ma, Rachid El Fayek avait déposé, par l’intermédiaire de son premier avocat, une plainte le 23 juin 2025 contre des personnes qu’il accusait de l’avoir soumis à des actes d’extorsion et de menaces d’emprisonnement.

Une enquête avait alors été ouverte. Un substitut du procureur général s’était déplacé à trois reprises à la prison afin d’entendre le plaignant et de lui demander de fournir les éléments susceptibles d’étayer ses accusations.

Mais lors de ces trois visites, Rachid El Fayek n’avait finalement livré aucune déclaration. Le 8 août 2025, il avait invoqué son état de fatigue. Trois jours plus tard, il avait expliqué ne pas avoir encore récupéré et attendre l’avis de sa défense. Le 17 août, il avait refusé de répondre, invoquant cette fois son entrée en grève de la faim.

En l’absence de déclaration confirmant les faits dénoncés et faute d’éléments matériels venant étayer les accusations contenues dans la plainte, le parquet avait décidé, le 29 août 2025, de classer provisoirement le dossier. Le plaignant avait par ailleurs refusé de recevoir la notification officielle de cette décision.

Le dossier devait revenir sur la table le 14 juillet 2026, lorsque la défense avait demandé sa réouverture. La demande avait alors été rejetée, le parquet estimant qu’aucun élément nouveau ou aucune preuve supplémentaire ne justifiait de revenir sur le classement.

C’est précisément l’apparition de nouveaux éléments avancés publiquement par la défense qui a conduit cette fois le parquet à relancer les investigations.

Lors de sa conférence de presse, l’avocat Mohamed Hassi a livré une version particulièrement explosive des faits, évoquant notamment d’importantes sommes d’argent qui auraient circulé pendant les élections de 2021.

Selon le récit présenté par la défense, quelque 70 millions de dirhams auraient notamment été placés dans le coffre arrière d’une voiture Volvo grise, dont la propriété a été attribuée par l’avocat à Mohamed Chaouki, président du Rassemblement national des indépendants (RNI). D’autres montants de 8 millions et 2 millions de dirhams ont également été évoqués.

L’avocat affirme que son client disposerait de photographies du véhicule ainsi que d’enregistrements sonores susceptibles, selon lui, d’étayer ses déclarations. Ces éléments auraient été remis à la justice afin de faire l’objet des expertises techniques nécessaires.

La défense a également évoqué des réunions à huis clos qui auraient eu lieu dans les locaux de la Chambre des représentants et auxquelles auraient participé Rachid Talbi Alami, président de la Chambre, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha Baitas, ainsi que Mohamed Chaouki.

Selon les allégations formulées par l’avocat, des pressions auraient alors été exercées sur Rachid El Fayek afin qu’il renonce à son siège au conseil de la région dans un délai de 48 heures. Le parlementaire aurait refusé, faisant valoir qu’il avait obtenu plus de 31.000 voix lors des élections.

Ces accusations, qui ont provoqué de nombreuses réactions politiques et médiatiques, devront désormais être confrontées aux éléments de preuve et aux investigations du parquet.

La décision de la Cour d’appel de Fès ne préjuge en rien de la véracité des faits allégués ni de la responsabilité des personnes citées par la défense. Elle marque en revanche une nouvelle étape dans un dossier qui avait été classé faute d’éléments suffisants et qui se retrouve aujourd’hui relancé à la faveur de nouvelles informations.

Par La Rédaction
Le 12/09/2026 à 22h30