Du Sahel au Proche-Orient, l’ascension stratégique du Maroc, selon La Razón

Nasser Bourita lors de la signature de la Charte constitutive du Conseil de Paix.

Nasser Bourita lors de la signature de la Charte constitutive du Conseil de paix. AFP or licensors

Dans un contexte marqué par le retrait de la France du Sahel et l’absence d’un leadership européen affirmé, le Maroc renforce sa projection internationale en tant qu’acteur de stabilité et de sécurité, avec le soutien croissant des États-Unis au Sahel comme au Proche-Orient.

Le 25/02/2026 à 16h23

Au cours des dernières années, le Maroc a progressivement consolidé une position stratégique de premier plan sur l’échiquier international, en particulier au Sahel et au Proche-Orient, avec un soutien croissant des États-Unis. C’est ce que souligne La Razón dans un article signé Luis Feliu Bernárdez, général de brigade, consultant indépendant en sécurité et défense, et vice-président de l’Académie des sciences et des arts militaires.

L’analyste inscrit l’ascension diplomatique et géostratégique de Rabat dans un contexte marqué par le retrait progressif de la France du Sahel et par l’absence d’initiative de l’Espagne pour exercer un leadership dans son environnement stratégique immédiat. Ce vide, affirme-t-il, a été mis à profit par le Maroc pour assumer un rôle actif, tant en matière de sécurité régionale que dans les grands équilibres diplomatiques.

L’un des axes centraux de cette analyse concerne le rôle du Maroc comme barrière face aux mouvements djihadistes salafistes opérant au Sahel. Le pays, écrit Feliu Bernárdez, se trouve «dans une position privilégiée pour exercer un rôle de bouclier et de contrôle des mouvements djihadistes salafistes qui prolifèrent au Sahel, afin de se protéger et, ce faisant, de protéger l’Espagne et l’Europe». Cette fonction, ajoute-t-il, est «particulièrement intéressante et appréciée par les États-Unis», tout en demeurant «peu reconnue et peu valorisée en Espagne».

Le consultant souligne le rôle du Maroc comme rempart face à la progression des mouvements djihadistes salafistes opérant au Sahel. Il rappelle que «l’Islam marocain relève majoritairement du rite malékite et du soufisme, c’est-à-dire d’un Islam modéré et pacifique», ce qui l’éloigne idéologiquement à la fois du djihadisme salafiste dominant au Sahel et d’autres courants sunnites ou chiites particulièrement conflictuels au Proche-Orient. Ce facteur explique, selon lui, en partie la cohérence des positions internationales adoptées par Rabat.

Une relation solide avec Washington

Malgré les tensions persistantes avec l’Espagne autour de questions telles que l’immigration irrégulière ou les revendications sur Ceuta et Melilla, La Razón souligne que Washington conserve une perception globalement positive du Maroc. Selon Feliu Bernárdez, les États-Unis «voient d’un bon œil les positions politiques prises par le Maroc», en particulier sur des dossiers sensibles comme le Proche-Orient ou le Sahel. C’est dans ce cadre que Washington joue un rôle de modérateur vis-à-vis de certaines revendications marocaines, notamment sur le dossier du Sahara.

L’article met également en lumière la stratégie d’influence religieuse et culturelle déployée par le Maroc en Afrique subsaharienne. Rabat investit dans des écoles coraniques de tradition soufie dans plusieurs pays du Sahel, une démarche qui, selon l’auteur, peut contribuer à diffuser une vision de l’Islam à la fois modérée et stabilisatrice. Cette politique s’inscrit dans un contexte où le retrait de la France de l’espace francophone africain et la passivité espagnole ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour le Maroc, «soutenu par les États-Unis».

Sur le plan militaire, Feliu Bernárdez relativise les inquiétudes exprimées en Espagne face au réarmement marocain. Selon lui, Rabat «se réarme en regardant son voisin algérien, qui fait de même», afin de préserver l’équilibre régional et, surtout, d’adresser «un message clair aux djihadistes du Sahel: le Maroc n’est disposé à tolérer aucune ingérence de groupes salafistes sur son territoire».

La projection internationale du Royaume s’est illustrée de manière particulièrement nette, selon La Razón, lors de la réunion tenue le 19 février dernier à Washington sur le processus de paix et la stabilité à Gaza. À cette occasion, le Maroc s’est imposé comme un acteur de poids grâce à son capital diplomatique et militaire. S’il «n’est ni le principal donateur financier ni le contributeur du contingent militaire le plus important» au sein de la Force internationale de stabilisation (ISF) dans la bande de Gaza, Rabat est, souligne l’auteur, «l’acteur qui fait le lien entre la sécurité et les principaux centres de pouvoir et d’influence pour la résolution du conflit».

Le Maroc joue un rôle clé, explique le consultant, en raison de son interopérabilité avec les forces armées américaines et de son expérience des missions multinationales. Il soutient par ailleurs l’initiative du président américain Donald Trump en faveur de la reconstruction de Gaza et plaide pour l’émergence d’un processus de paix au Proche-Orient.

La Razón conclut que le Maroc est aujourd’hui «le mieux positionné» au sein de la force internationale et l’un des plus influents au Sahel, avec le soutien explicite des États-Unis. Luis Feliu Bernárdez achève son analyse par une comparaison directe entre la capacité d’action réelle de Rabat et de Washington et ce qu’il qualifie de rhétorique stérile en Espagne. «Facta, non verba», conclut le consultant.

Par Faiza Rhoul
Le 25/02/2026 à 16h23