Bernard Lugan: comment le Maroc a été amputé d’une grande partie de son territoire... au profit de l’Algérie française

Bernard Lugan, expert en histoire et géopolitique, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique.
Le 29/01/2024 à 19h01

VidéoLe Sahara occidental a toujours été marocain. Une réalité soutenue, comme l’explique l’historien français Bernard Lugan, par des preuves historiques solides, telles que des dahirs et des correspondances officielles. Entretien.

Rencontré en marge d’une conférence, organisée le 25 janvier par l’Université Euromed de Fès, Bernard Lugan, expert en histoire et géopolitique, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique, revient dans cet entretien avec Le360 sur les conséquences de décisions coloniales ayant conduit à d’importantes amputations territoriales à l’est et au sud du Maroc. Il aborde également le contraste frappant entre la posture anticolonialiste de l’Algérie et sa défense de ses frontières… tracées par la France.

Le360: le Maroc a-t-il payé un lourd tribut territorial à cause de la colonisation?

Bernard Lugan: Oui, un tribut essentiel, car le Maroc a perdu toute sa façade orientale, toute cette région que Allal El Fassi appelait l’Orient marocain, et qui comprend le Touat, le Gourara, le Tidikelt, la vallée de la Saoura et la région de Tindouf. Au sud, heureusement, le Maroc a récupéré son Sahara, mais à l’est, ce territoire est perdu.

Le Sahara est-il un territoire historiquement marocain, dont le Royaume du Maroc avait été dépossédé par la colonisation, avant de le recouvrer grâce à la Marche verte?

Le Sahara occidental a toujours été marocain. L’influence marocaine s’étendait même largement au-delà de la Mauritanie, et nous en avons toutes les preuves historiques. Nous avons des dahirs, des nominations, des lettres, des remerciements et des demandes de renseignement adressées au caïd. Il s’agit d’un territoire qui était de tout temps marocain et les puissances internationales le savaient très bien. Car lorsque le Maroc a été dépecé, les puissances internationales avaient parfaitement conscience qu’elles dépossédaient le Maroc d’une partie de son territoire.

Comment expliquez-vous que l’Algérie, qui tient un discours résolument anticolonialiste, soit un pays, peut-être le seul au monde, qui défend avec le plus d’ardeur des «frontières héritées de la colonisation»?

C’est là le grand paradoxe, car l’Algérie, qui se présente en permanence comme la grande puissance anticoloniale, est née elle-même de la colonisation, puisque c’est la France qui l’a créée. L’Algérie n’existait pas avant la France. Avant la France, c’étaient les Turcs. Et avant les Turcs, il n’y avait pas d’Algérie, mais plutôt des principautés telles que Tlemcen, Bougie et Alger.

Les frontières de l’Algérie ont été définies par la France, et une grande partie de son territoire lui a été donné par la France. Le Sahara, qui n’a jamais appartenu à l’Algérie, et toute sa partie occidentale, c’est-à-dire l’Oriental marocain, qui était une immense région marocaine, a été donnée à l’Algérie par la France.

Par Ahmed Echakoury
Le 29/01/2024 à 19h01