Le blé, une production de plus en plus stratégique

Bernard Lugan.

ChroniqueEn 2024-2025, le blé est devenu la deuxième céréale la plus consommée en Afrique sud-saharienne, derrière le maïs. Or, la production locale est insuffisante pour répondre à la demande. Pour l’année 2024-2025, les importations africaines de blé ont atteint 55,6 millions de tonnes. Quelles sont les solutions d’avenir compte tenu de l’augmentation des besoins africains en blé?

Le 17/02/2026 à 12h00

Le blé, matière première agricole permettant de fabriquer la semoule, les pâtes alimentaires et tous les produits de boulangerie, tient une part importante dans l’alimentation des Africains. Des habitudes alimentaires traditionnelles en Afrique du Nord, plus récentes au sud du Sahara avec l’introduction de nouveaux modes de consommation.

En 2024-2025, le blé est devenu la deuxième céréale la plus consommée en Afrique sud-saharienne, derrière le maïs. Or, la production locale est insuffisante pour répondre à la demande en raison des conditions agro-climatiques défavorables, le blé ayant besoin d’un climat tempéré avec un hiver marqué. Ceci fait que les zones productrices (Maghreb, Égypte, Éthiopie, Afrique du Sud, Kenya) ne peuvent couvrir les besoins du continent qui est donc structurellement dépendant des importations.

Le continent dépend ainsi à près de 60% des approvisionnements extérieurs. L’Afrique du Nord totalise à elle seule 60% de toutes les importations africaines et l’Afrique sud-saharienne 40%. Pour l’année 2024-2025, les importations africaines de blé ont atteint 55,6 millions de tonnes (Mt).

Voyons le détail des chiffres :

-L’Afrique du Nord consomme annuellement environ 50 Mt de blé dont 30 Mt importées.

-L’Egypte, qui consomme près de 22 Mt de blé, en importe 13 Mt. Avant la guerre Russie-Ukraine, 50% de ce blé venait de Russie et 30% de l’Ukraine.

-Sur les 11 Mt qu’elle consomme, l’Algérie en importe près de 8 Mt.

-Le Maroc, qui consomme 10 Mt de blé par an, en importe environ la moitié. Selon le rapport Grain: World Markets and Trade du FAS–USDA, la consommation intérieure de blé du Maroc a atteint 10,5 Mt pour la campagne 2025.

- Au sud du Sahara, le plus gros importateur de blé est le Nigeria qui en achète plus de 5 Mt.

«Paraphrasant la maxime politique «Gouverner c’est prévoir», le maréchal Lyautey disait malicieusement à ce sujet qu’«au Maroc, gouverner c’est pleuvoir»»

—  Bernard Lugan

La Russie est le premier fournisseur du continent africain. En 2024, elle lui a livré 21 millions de tonnes de céréales, principalement du blé. L’Union européenne (France, Roumanie, Allemagne, Pologne) reste un fournisseur important, surtout pour l’Afrique du Nord. La production française de 2025 fut de 33,4 millions de tonnes, avec des exportations d’environ 8 millions de tonnes. Les États unis sont concurrencés par la Russie et l’UE. Quant à l’Ukraine, son rôle était important avant la guerre, mais, depuis 2022, ses volumes sont devenus incertains.

Quelles sont donc les solutions d’avenir compte tenu de l’augmentation des besoins africains en blé? Il n’en existe que cinq:

  1. Augmenter les importations. Mais ces dernières sont suspendues aux aléas climatiques dans les pays producteurs et aux défis géostratégiques. Sans parler de l’aggravation des déficits des balances commerciales des pays concernés.
  2. Développer la culture du blé au sud du Sahara. Mais cela ne serait possible que dans des régions de forte altitude, le blé n’étant pas une plante tropicale. Or, les régions africaines d’altitude sont déjà surpeuplées et l’on voit mal comment, en dehors de cas particuliers, il serait possible d’y développer ou d’y introduire la culture du blé autrement que d’une manière marginale.
  3. Développer la culture du maïs afin de faire régresser la part de la consommation de blé. Cette option semble difficile à mettre en œuvre car le maïs étant un gros consommateur d’eau, sa culture se heurte aux problèmes hydriques aigus que connaît l’Afrique.
  4. Pour ce qui est de l’Afrique au sud du Sahara, l’avenir est à l’augmentation des rendements des céréales traditionnelles comme le sorgho, et au développement rationnel de la culture du manioc et de la patate douce.
  5. Pour ce qui est de l’Afrique du Nord et notamment du Maghreb, augmenter la production, ce qui est étroitement lié aux aléas climatiques. Paraphrasant la maxime politique «Gouverner c’est prévoir», le maréchal Lyautey disait malicieusement à ce sujet qu’«au Maroc, gouverner c’est pleuvoir»…
Par Bernard Lugan
Le 17/02/2026 à 12h00