Algérie: dans une nouvelle vidéo, Guermit Bounouira dévoile les raisons de la lutte féroce entre Gaïd Salah et Toufiq

Photomontage de Saïd Chengriha et de Guermit Bounouira, ancien secrétaire-particulier du défunt Gaïd Salah. . DR

Dans une nouvelle vidéo, Guermit Bounouira poursuit son déballage inédit sur l’armée algérienne. Il s’attarde sur la lutte féroce qui a opposé les généraux Gaïd Salah et Toufiq et sur la corruption qui gangrène l’armée algérienne, comme en atteste la transaction de 30 avions de chasse russes, vieux de trois décennies, achetés au prix du neuf.

Le 15/01/2022 à 11h27

Le déballage inédit et féroce de l’ancien secrétaire particulier du défunt Gaïd Salah, détenteur des secrets de l’armée algérienne sur une longue période (2004-2019), se poursuit. Ce témoin de premier ordre, considéré comme la boite noire de l’ancien chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, provoque un séisme non seulement dans l’armée, mais aussi dans la société algérienne. Visiblement bien partis pour constituer le feuilleton le plus suivi en Algérie en 2022, les enregistrements de Guermit Bounouira permettent de se rendre compte que l’armée algérienne est gangrenée de l’intérieur et que son pire ou meilleur ennemi, ce sont les généraux corrompus qui se livrent à une guerre sans merci et achètent du matériel avarié.

La première vidéo a été rendue publique, en deux parties, par Mohamed Larbi Zitout, ancien diplomate algérien exilé au Royaume-Uni. Ces deux premières vidéos étaient consacrées à l’actuel chef d’état-major, le général Saïd Chengriha, qui contrôlait durant les longues années où il commandait la troisième région militaire, frontalière avec le Maroc, le trafic de drogue et qui a placé, une fois promu à la tête de l’armée algérienne, les hommes de sa région (le nord-est) dans les postes clefs de commandement. 

Dans une nouvelle vidéo, Guermit Bounouira, s’est intéressé à Mohamed Médiène, dit Toufik, le puissant patron des anciens services de renseignement DRS, un homme qui a méticuleusement soigné son image et sa toute-puissance au point qu’il a été surnommé «rab dzaïr» (dieu de l’Algérie). Toufik est finalement présenté par Bounouira comme un maquereau de bas étage et non un professionnel du renseignement.

Si cet homme fort de l’Algérie durant les années 90 avait son mot à dire dans toutes les affaires politiques, économiques et militaires du pays, où des gouvernements successifs de façade et des hommes de main au sein de l’appareil militaire lui étaient soumis, c’est surtout grâce à ses méthodes cyniques et à un réseau de hauts gradés qui étaient ses obligés.Abdelaziz Bouteflika ne s’y était pas trompé en affirmant à son entourage, dès la fin de son premier mandat, en 2004, et alors qu’il s’apprêtait à en briguer un second, qu’il ne peut pas partager son pouvoir avec le général Toufik.

Ce dernier, à l’époque toujours patron inamovible du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), a même tenté de barrer la route à une réélection de Bouteflika, avec la complicité du général Mohamed Lamari, encore chef d’état-major de l’armée algérienne. Ils lui reprochent ses velléités d’affranchir le pouvoir civil de la mainmise du DRS et de l’armée.

Immédiatement après sa réélection pour un second mandat, Abdelaziz Bouteflika décide alors d’éloigner le haut commandement de l’armée de l’emprise des services de sécurité et donc du patron du DRS. Le général Mohamed Lamari, un ancien de l’armée française comme Khaled Nezzar, qui n’a rejoint l’ALN qu’en 1961, est poussé à la «démission», avant d’être remplacé par le général Ahmed Gaïd Salah, que Toufik avait placé sur la liste des généraux promis à la retraite.

Bouteflika, qui n’a jamais oublié qu’après la mort de Houari Boumediène en 1978, dont il était un puissant ministre des Affaires étrangères, l’armée ne lui a pas réservé le moindre rôle dans la nouvelle transition du pouvoir, voire l’a humilié en le poussant vers un exil peu glorieux, charge alors Gaïd Salah de remettre Toufik à sa place, en empêchant toute immixtion du DRS dans les affaires de l’armée.Cela n’a pas empêché Toufik de souffler régulièrement dans l’oreille de Bouteflika que le général Gaïd Salah «ne fait pas correctement son travail de chef de l’armée».

Ce fut ainsi le cas lors de la livraison par la Russie d’une trentaine de MIG-29 à l’armée de l’air algérienne, en 2006 et 2007. Toufik informa Bouteflika que Gaïd Salah a réceptionné des avions de combat vieux de trois décennies, et qui avaient été retapés à neuf après avoir servi en Afghanistan dans les années 70. En somme, 30 avions de chasse d’occasion ont été achetés au prix du neuf. Ce scandale en dit long sur le matériel déficient dont est équipée l’armée algérienne. D’ailleurs, il n’y a pas que le scandale des Mig-29 d’occasion, même les sous-marins algériens acquis auprès de la Russie n’ont pas échappé aux micmacs des généraux véreux. Les prochaines vidéos de Bounouira vont probablement nous éclairer sur ce sujet.

Guermit Bounouira explique que c’est le chef de l’armée de l’air à l’époque qui est écarté par Bouteflika, avant de se rendre lui-même à Moscou, le 19 février 2008, et signer en tant que chef suprême des armées un nouvel accord de livraison de MIG-29 flambant neufs.

Cet épisode a ouvert la voie à Gaïd Salah pour moderniser les équipements de l’armée algérienne, un projet longtemps bloqué par un Toufik détenteur des cordons de la finance, explique Bounouira, qui donne l’exemple d’un demi-millier environ de chars T-72, devenus «un tas de ferraille et de rouille», et finalement rénovés par des sociétés russes, sud-africaines et ukrainiennes.

Voyant ainsi l’armée échapper à son emprise, «Toufik conseille à Bouteflika de faire attention à l’ambition démesurée de Gaïd Salah qui chercherait à s’accaparer tous les pouvoirs», ajoute Bounouira. Pour le surveiller de près, il lui propose de le placer sous la coupe du général Abdelmalek Guenaizia, ex-ministre délégué auprès du ministère de la Défense nationale (2005-2019) et ex-proche de Toufik.

C’est finalement de guerre lasse que Toufik se résout à réactiver son arme favorite: les attentats terroristes. Il donne ainsi une nouvelle vie aux «actes terroristes» à travers son bras droit et homme des sales besognes, le général Hassan, pour tenter de redorer le blason du DRS auprès de la présidence algérienne. Ce n’est donc pas un hasard si en 2007 plusieurs attentats terroristes visent le palais du gouvernement, le Conseil constitutionnel, des convois militaires et même le cortège du président Bouteflika qui échappe de peu à la mort, le 6 septembre 2007, après avoir été ciblé par un attentat suicide.

Par Mohammed Ould Boah
Le 15/01/2022 à 11h27