Nouvelle Académie des métiers de l’aéronautique: ce qu’il faut retenir et pourquoi la RAM est aux commandes

Le ministre de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, à l'initiative du projet de décret portant création de l'Académie marocaine des métiers de l’aéronautique.

Avec la création de l’Académie marocaine des métiers de l’aéronautique, dont la gestion est confiée à Royal Air Maroc, le Maroc franchit un nouveau palier dans la structuration de son écosystème de formation aux métiers de l’aéronautique, un levier devenu stratégique pour accompagner la montée en puissance des investissements industriels du secteur.

Le 09/01/2026 à 11h28

Le Conseil de gouvernement a adopté, jeudi 8 janvier, un projet de décret entérinant la création de l’Académie marocaine des métiers de l’aéronautique. Ce nouvel établissement de formation sera géré, dans le cadre d’une convention de gestion déléguée, par une société créée par Royal Air Maroc (RAM). «Le bâtiment, déjà achevé à Nouaceur, est prêt. Les équipements sont mobilisés et le démarrage effectif est prévu au premier trimestre 2026», nous confie Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, à l’initiative de ce texte.

Pour le ministre, la création de cette académie marque «une refonte profonde de la gouvernance de la formation dans le secteur aéronautique, fondée sur une redistribution claire des rôles entre les différents acteurs». L’écosystème national compte aujourd’hui sept instituts de formation, dont l’IMA géré par le GIMAS, l’ISMALA relevant de l’OFPPT, et désormais cette nouvelle académie. «À court terme, cet ensemble permettra de former près d’un millier de techniciens et cadres par an, un volume appelé à augmenter rapidement», indique le ministre.

Dans cette nouvelle configuration, une partie des activités de l’ISMALA sera transférée vers l’académie, mais avec des missions entièrement redéfinies, ciblant des métiers jusqu’ici insuffisamment couverts par l’offre nationale de formation.

L’Académie marocaine des métiers de l’aéronautique sera principalement dédiée aux métiers de la Maintenance, Repair and Overhaul (MRO), un segment stratégique aujourd’hui marqué par de fortes tensions internationales en matière de compétences. «Le principal défi de la RAM, comme de l’ensemble des compagnies aériennes et des constructeurs, est désormais celui de la maintenance», souligne Younes Sekkouri. Ces profils sont soumis à une forte concurrence internationale, avec un phénomène marqué de migration vers des marchés plus attractifs, notamment en Amérique du Nord.

Dans ce contexte, les grands projets industriels projetés au Maroc, qu’il s’agisse de Safran, d’Airbus ou d’autres acteurs majeurs, ne peuvent plus s’appuyer uniquement sur le recrutement de compétences sur le marché international. La seule réponse viable consiste à bâtir une offre nationale de formation robuste, réactive et alignée sur les standards internationaux, notamment ceux de l’OACI, réputés particulièrement exigeants en matière de certifications.

Des formations inédites, du qualifiant au technicien spécialisé

L’académie proposera une offre complète couvrant tous les niveaux. Des formations qualifiantes d’insertion, d’une durée de trois à sept mois, seront accessibles dès le niveau brevet (3ème année de l’enseignement secondaire collégial). Des formations de technicien spécialisé, étalées sur vingt-quatre mois, seront destinées aux bacheliers. Des cycles de formation continue et de perfectionnement seront également proposés aux salariés du secteur.

Les nouveaux métiers pris en charge concernent notamment la conduite de machines à commande numérique, le traitement de surface et le traitement thermique, la logistique aéroportuaire, les métiers d’aérostructures incluant l’assemblage, les composites et la tôlerie, le soudage aéronautique, les agents d’exploitation commerciale ainsi que les peintres et isolateurs d’aéronefs. Autant de spécialités qui n’étaient que marginalement couvertes jusqu’à présent, alors qu’elles sont devenues déterminantes pour la compétitivité du secteur.

FilièreNiveauDurée de la formation
Conduite des machines à commande numérique (CNC)Technicien spécialisé24 mois
Traitement de surface et traitement thermiqueTechnicien spécialisé24 mois
Logistique aéroportuaireTechnicien spécialisé24 mois
Technicien spécialisé en aérostructures (assemblage, composites, tôlerie)Technicien spécialisé24 mois
Soudage aéronautiqueQualifiant6 mois
Agents d’exploitation commercialeQualifiant3 mois
Peintres et isolateurs d’aéronefsQualifiant7 mois

La création de la nouvelle académie intervient alors que Royal Air Maroc se prépare à une montée en charge sans précédent. La compagnie nationale exploite actuellement une flotte d’une soixantaine d’avions et vise deux cents appareils à l’horizon 2037, avec un besoin massif en capacité de maintenance. Un appel d’offres d’envergure a déjà été lancé à cet effet.

Parallèlement, l’investissement stratégique de Safran, récemment consacré par l’inauguration royale de deux nouvelles usines, change radicalement l’échelle de l’aéronautique marocaine. Cet investissement permettra de doubler le chiffre d’affaires du secteur, de deux à quatre milliards de dollars, grâce à l’assemblage annuel de trois cent cinquante moteurs de nouvelle génération LEAP, destinés à des constructeurs comme Boeing et Airbus. Des installations quasi uniques au monde, qui font entrer le Maroc dans le cercle très restreint des pays capables de fabriquer des moteurs d’avion dans leur intégralité.

Au-delà de l’offre de formation, la réforme repose sur une nouvelle architecture de gouvernance. Une convention prévoit la création d’un comité sectoriel de prospective, présidé par le ministre de l’Emploi et des Compétences et associant notamment le ministère de l’Industrie, les opérateurs du secteur et les établissements de formation. Sa mission sera d’anticiper les besoins en ressources humaines, de spécialiser les instituts par métier et d’ajuster en permanence les cursus aux plans de charge industriels, tant pour la fabrication que pour la maintenance.

Pour Younes Sekkouri, cette nouvelle gouvernance s’inscrit directement dans les orientations royales, à l’heure où les projets industriels récemment inaugurés par le Souverain imposent un changement d’échelle. «Sans ressources humaines qualifiées, l’investissement ne fonctionne pas», insiste le ministre, soulignant l’impératif d’aligner les moyens humains sur l’ambition industrielle du Royaume.

Avec la création de l’Académie marocaine des métiers de l’aéronautique, le Maroc pose ainsi un jalon structurant pour consolider sa place dans les chaînes de valeur mondiales de l’aéronautique et renforcer durablement sa compétitivité.

Par Wadie El Mouden
Le 09/01/2026 à 11h28