Hausse du taux directeur: Fitch Ratings anticipe un impact limité sur les banques, à court terme

Entrée du siège de l'agence internationale de notation Fitch Ratings, à New York. . DR

Dans une récente note d’analyse, l’agence de notation américaine Fitch Ratings anticipe un faible impact positif du resserrement de la politique monétaire de Bank Al-Maghrib sur les banques, en raison notamment du retard de répercussion de la hausse du taux directeur sur les taux d’intérêt.

Le 18/10/2022 à 08h01

Si Bank Al-Maghrib a relevé son taux directeur à 2%, le 27 septembre dernier, pour contrer l’inflation, l’agence de notation américaine Fitch Ratings estime que l’impact positif du resserrement de la politique monétaire pour les banques marocaines sera minime sur le court terme, en raison notamment du retard de répercussion de la hausse du taux directeur sur les taux d’intérêt bancaires. 

«La hausse du taux directeur mettra du temps à se répercuter sur les taux d'intérêt bancaires, car plus de 90% des prêts sont adossés à un taux fixe et environ 70% sont à moyen ou long termes, contrairement à la plupart des pays du Moyen-Orient et d'Afrique», explique l’agence de notation dans sa dernière note d’analyse. 

Fitch Ratings prévoit, par ailleurs, plusieurs augmentations de taux durant les prochains mois, à cause de la persistance d’un taux d’inflation élevé, du resserrement monétaire dans la zone euro et aux Etats-Unis et compte tenu de l’ancrage du dirham marocain à un panier pondéré de 60% pour l’euro et de 40% pour le dollar américain.

Alors que le taux d’inflation se situait à 8% au moment de la prise de décision de la banque centrale de relever son taux, Fitch table sur une inflation moyenne de 6% à fin 2022 et de 4% en 2023, bien au-dessus des niveaux historiques. L’agence a également réduit ses prévisions de croissance pour 2023 de 4,2 % à 3,5 %, en raison de perspectives de croissance beaucoup plus faibles dans la zone euro, principal partenaire commercial du Maroc. 

Pour les analystes de Fitch, les avantages pour les banques seront contrebalancés par la pression exercée sur les emprunteurs, impactés par l'inflation et les faibles perspectives économiques, qui maintiendront les charges de dépréciation des prêts au-dessus des niveaux pré-pandémiques.

«Les marges nettes d’intérêt devraient légèrement baisser à court terme, en raison d’une réévaluation des passifs plus rapide que celle des actifs. Selon BAM, une hausse de 200 points de base des taux d’intérêt entraînerait une réduction à court terme de 300 points de base des marges nettes d’intérêt des banques», souligne l’agence de notation new-yorkaise.

Cependant, à moyen terme, les banques seront positivement orientées vers une hausse des taux, car la forte revalorisation des prêts fera plus que compenser la légère revalorisation de la base de financement, compte tenu de la forte proportion de comptes courants et d’épargne bon marché.

«Nous prévoyons une amélioration de la rentabilité en 2023, malgré un contexte économique plus faible. En effet, les charges de dépréciation des prêts devraient continuer à baisser en raison des dispositions liées à la pandémie, toujours solides, établies en 2020-2021, tandis que les hausses de taux d’intérêt commenceront à se répercuter sur les taux de prêt», explique Fitch.

Par Safae Hadri
Le 18/10/2022 à 08h01