Hausse des prix sur les matériaux de construction: à Rabat, les professionnels du BTP lancent un ultime cri de détresse

Chantier en construction. . DR

Dans un contexte marqué par une hausse générale sur les prix des matériaux de construction, la Fédération du bâtiment et des travaux publics a organisé hier, jeudi 14 avril 2022, une rencontre avec ses différents membres, à Rabat, afin d'établir ses revendications. Voici leurs inquiétudes, et leurs propositions pour sauver le secteur.

Le 15/04/2022 à 12h32

Ayant déjà adressé plusieurs courriers à leurs ministères de tutelles et au département du chef du gouvernement, la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) vient de lancer un ultime cri de détresse, au cours de cette dernière réunion qui a eu lieu à Rabat hier, jeudi 14 avril 2022. Selon les professionnels présents, la situation actuelle est préoccupante: plusieurs chantiers sont à l’arrêt ou accusent des retards de livraisons. Un bon nombre d’entreprises du secteur s’apprêtent d'ailleurs à mettre à mettre la clé sous la porte, face à un cumul d’impayés, à une incapacité de respecter les engagements, de payer les salaires et de générer des profits.

Flambée sur les prix des matières premières, pénurie, perturbation des chantiers… Le secteur du BTP, qui traîne encore les séquelles de la crise sanitaire, souffre, depuis plusieurs mois déjà, des effets de la hausse des prix sur les matériaux de construction sur les marchés internationaux. Selon une récente note du ministère de l’Industrie et du Commerce, qui dévoile les résultats d’une enquête menée sur l’évolution inquiétante des prix des matériaux de construction et ceux utilisés dans le BTP, la majorité de ces produits ont connu une hausse à deux chiffres. Aussi les professionnels ont formulé une série de propositions pour sauver leur secteur.

Certains produits essentiels au BTP ont en effet connu une hausse plus importante que d’autres, à savoir le verre (+189%), le cuivre (+61%), l’aluminium (+51%), l’inox (+39%), les câbles électriques (+32%), le bois (+25%) et le fer à béton (+19%).

Les membres de la FNBTP ont fait part, au cours de cette réunion à Rabat, des différents maux dont souffre leur secteur, qui subit, en plus des augmentations fulgurantes du prix des matières premières, la hausse des coûts du transport, des pièces de rechange et du carburant.

Les membres de la FNBTP ont aussi étudié la possibilité de tenir une grève ou un sit-in devant le Parlement, après une concertation avec les différentes associations régionales affiliées à la fédération, dans le but d'alerter le gouvernement et l’opinion publique, afin de les sensibiliser quant aux risques de faillites des entreprises du secteur, deuxième créateur d’emplois au Maroc.

Les membres de la FNBTP ont par ailleurs formulé plusieurs propositions afin d’alléger le fardeau sur les entreprises et atténuer l’ampleur de la conjoncture inédite qu’ils traversent.

Ils demandent, entre autres, à pouvoir réviser les contrats conclus avec le secteur public avant la hausse des prix afin de préserver leurs marges. Il est également question de mettre en place un mécanisme de contrôle, afin de maîtriser la volatilité des prix et assurer des stocks suffisants.

Les entreprises du secteur souhaitent également rallonger les délais de livraison des projets et de considérer l’incapacité des entreprises en difficulté à respecter leurs engagements comme un cas de force majeure, afin d’éviter la disparition de ses structures et des emplois, en annulant notamment les mises en demeure et les résiliations des contrats.

Les professionnels du bâtiment réclament aussi une intervention du gouvernement, afin de reporter les échéances de remboursement des crédits bancaires.

Les acteurs du BTP demandent aussi au ministère de l'Habitat et à celui de l'Equipement, leurs ministères de tutelle, d’adapter les formules de révision des prix et des index de révision, afin d’absorber les augmentations des prix sur les matières premières, sur les pièces de rechange et les tarifs de transport. Les membres de cette fédération demandent également, et désormais, à s’entretenir directement avec Aziz Akhannouch, le chef du gouvernement, afin de lui exposer la situation de leur secteur, deuxième créateur d’emplois au Maroc, et lui transmettre les doléances des professionnels qui demandent des mesures d’accompagnement d’urgence. 

Par Safae Hadri
Le 15/04/2022 à 12h32