Entre héritage et ambition: comment assurer la pérennité des entreprises familiales au Maroc

À l’échelle mondiale, 95% des entreprises familiales ne survivent pas à la troisième génération de propriétaires.

SFM Conseil a tenu, le 8 avril 2026 à Casablanca, son deuxième rendez-vous annuel consacré aux entreprises familiales. La rencontre a mis en avant la nécessité de structurer les rôles entre famille, actionnaires et dirigeants pour assurer la pérennité de ces entreprises. Elle a également été marquée par la remise des certificats de la première promotion du programme exécutif dédié aux entreprises familiales, développé avec IESEG School of Management, ainsi que par le lancement de sa deuxième édition prévue en 2026.

Le 08/04/2026 à 18h38

SFM Conseil a organisé, le 8 avril 2026 à Casablanca, son deuxième rendez-vous annuel dédié aux entreprises familiales, en présence de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce.

Cette rencontre, placée sous le thème «L’art de gouverner en famille: entre héritage et ambition», a réuni des dirigeants, entrepreneurs et membres d’entreprises familiales, autour des enjeux essentiels de gouvernance et de transmission intergénérationnelle, clés de la pérennité de ces organisations.

Cette deuxième édition a mis en lumière les fragilités et les leviers d’un modèle économique qui représente pourtant plus de 70% du PIB et de l’emploi au Maroc.

Cette fragilité est liée notamment à la gouvernance, selon Guillaume Lavigne, expert en accompagnement des entreprises familiales et en conseil stratégique depuis près de trente ans. «Une entreprise familiale ne se fragilise pas par manque de talent, mais souvent par manque de gouvernance», indique-t-il.

Cet expert, qui a animé la conférence, a présenté des stratégies concrètes pour professionnaliser la gouvernance, harmoniser les relations entre famille, actionnaires et dirigeants, et construire des projets collectifs durables.

«L’enjeu est de clarifier les rôles entre famille, actionnaires et dirigeants, de préparer un leadership légitime au-delà du nom, et de transformer l’héritage reçu en ambition collective durable. C’est à cette condition que les entreprises familiales peuvent sécuriser leur transmission et s’inscrire dans le temps long», note-t-il.

Guillaume Lavigne a, en fait, relevé que la longévité intergénérationnelle des groupes familiaux «n’est pas une règle, c’est une exception». Dès la deuxième génération, on entre dans une phase de consolidation. La troisième génération est marquée par la complexité et la quatrième, trop souvent, par la dispersion.

L’enjeu n’est donc pas tant stratégique qu’organisationnel. «Les entreprises familiales ne meurent pas de manque de stratégie, mais de manque d’alignement», a-t-il insisté. Ce qui suppose de clarifier trois logiques de gouvernance qui coexistent dans une entreprise familiale: la gouvernance familiale, la gouvernance actionnariale et la gouvernance d’entreprise. De ce fait, plusieurs «casquettes» qui se superposent pour un même dirigeant ou un même membre de famille, relève-t-il.

Trois cercles de gouvernance

À ce sujet, l’expert évoque trois cercles de gouvernance. Le premier cercle, économique, repose sur la gouvernance d’entreprise, avec quatre bonnes pratiques qui s’imposent: la dualité et la collégialité, des mandats limités dans le temps, un rôle de CEO clairement défini et un alignement réglementaire rigoureux.

Le deuxième cercle, patrimonial, est appelé à instaurer une véritable culture actionnariale. Ce qui passe par des statuts aménagés, la création de holdings ou de family offices, un pacte d’actionnaires solide, et une anticipation successorale sans faille. «Hériter n’est souvent pas un choix, mais une responsabilité», a souligne l’expert qui explique que les générations futures doivent assumer un rôle, préserver des valeurs, pérenniser l’entreprise.

Le troisième cercle est celui de la famille. Pour le formaliser, l’expert préconise trois outils: un conseil de famille, une charte familiale et des comités spécialisés. Objectifs: renforcer l’appartenance, la connaissance et la compétence. «L’accompagnement des actionnaires familiaux est un gage de pérennité et de développement», insiste-t-il.

L’expert estime également que «la vraie transmission est celle qui dépose dans les mains de la génération suivante, non pas seulement un patrimoine, mais une façon de le porter». Ce passage de témoin suppose une «désobéissance loyale», à savoir la capacité, pour la NextGen, de questionner les pratiques héritées sans renier le fondateur.

Hériter d’une entreprise familiale ne va donc pas de soi. «On hérite d’actions, mais on choisit de devenir entrepreneur», a-t-il souligné. Ce qui revient à dire que sans vision collective, l’héritage devient un poids. Avec elle, il se transforme en direction. «Les entreprises familiales ne sont pas seulement héritées, elles sont choisies à chaque génération».

La transmission se traduit enfin par une question fondamentale posée par l’intervenant: «Continue-t-on à être entrepreneur, ou se contente-t-on d’être investisseur, actionnaire dormant?».

Intervenant également lors de cette rencontre, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour a souligné l’importance des entreprises familiales dans le tissu économique national. Il a appelé à cet effet à l’émergence de grandes entreprises familiales pour porter la transformation importante que connaît l’économie marocaine. Ce qui implique, entre autres, l’ouverture de ces entreprises aux financements et aux capitaux plus structurés.

Préparer la relève

L’événement a également été marqué par la remise des certificats aux participants de la première cohorte du certificat exécutif dédié aux membres des entreprises familiales marocaines, conçu en partenariat avec IESEG School of Management. Quatre modules, suivis entre septembre 2025 et janvier 2026, ont permis de former une première promotion à la gouvernance et à la transmission.

Fort de ce succès, SFM Conseil a annoncé le lancement officiel de la deuxième édition, placée sous le thème «Pérennité et leadership intergénérationnel». Le programme 2026 s’articulera autour de quatre modules complémentaires: stratégie et gouvernance (10-11 septembre), leadership et détection des talents de demain (15-17 octobre), transmission, succession et patrimoine (12-13 novembre), et élaboration de la vision stratégique (9-11 décembre). Il s’agit, selon les organisateurs, de la première formation certifiante au Maroc dédiée aux membres d’entreprises familiales.

Abdelkader Boukhris, président de SFM Conseil, a conclu: «La réussite de la première édition montre l’importance d’accompagner les entreprises familiales, pilier de l’économie marocaine, dans la structuration de leur gouvernance et la préparation de leur transmission. Notre souhait est une reconnaissance plus juste du rôle qu’elles jouent dans la prospérité et la cohésion de notre pays, ainsi que des défis qu’elles rencontrent aujourd’hui.»

Par Lahcen Oudoud
Le 08/04/2026 à 18h38