Covid-19: le cours du pétrole s'enfonce à son plus bas niveau depuis 20 ans

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Le prix du baril de pétrole américain est en chute libre de lundi 20 avril 2020, passant sous la barre des 15 dollars le baril, son plus bas niveau depuis plus de deux décennies, à cause d'une chute vertigineuse de la demande et des réserves américaines, qui pourraient bientôt parvenir à saturation.

Le 20/04/2020 à 12h49

Le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai, dont il s'agissait aujourd'hui du dernier jour de cotation, a dégringolé de 28,63%, s'établissant à 13,01 dollars l'unité vers 11H15 GMT, soit son plus bas niveau depuis 1999. A titre de comparaison, en 2011, ce même baril était coté à environ 114 dollars.

De son côté, le baril de Brent de la mer du Nord, référence européenne, était moins affecté, et a cédé 3,60%, s'établissant à 27,07 dollars.

Les cours du pétrole ont plongé ces dernières semaines, leur cotation s'établissant à son plus bas niveau depuis une vingtaine d'années, alors que les restrictions des déplacements dans le monde entier, et la paralysie de l'activité économique de nombreux pays, à cause des effets induits de la pandémie du coronavirus, qui ont eu pour conséquence de faire plonger la demande de pétrole.

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En ce qui concerne l'offre, le marché a été inondé de pétrole à bas coût après que l'Arabie Saoudite, membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), s'est lancée dans une guerre des prix avec la Russie, dans le but d'obtenir un maximum de parts de marchés.

Les deux pays ont fini par mettre un terme à leur différend au début de ce mois d'avril, en acceptant, avec d'autres pays producteurs de pétrole, de réduire leur production de près de 10 millions de barils par jour, afin de stimuler l'activité économique des marchés actuellement touchés par les effets induits de la pandémie du coronavirus.

Toutefois, les cotations ont continué à dégringoler, quand il est devenu évident que les réductions promises sur les prix des barils de pétrole ne suffiraient pas à compenser la chute massive de la demande.

Le contrat sur le baril de WTI pour livraison en mai, expirant demain, mardi 21 avril en soirée, ceux qui en détiennent encore doivent désormais trouver des acheteurs physiques au plus vite. Mais les stocks ayant déjà énormément gonflé aux Etats-Unis ces dernières semaines, les compagnies pétrolières se voient contraintes de brader leurs prix.

Toujours aux Etats-Unis, Michael McCarthy, responsable en stratégie pour CMC Markets, affirme que la chute de la cotation du baril de WTI "traduit un excès" des stocks de brut dans le terminal de Cushing, dans l'Etat de l'Oklahoma, au sud du pays.

L'indice de référence américain est maintenant détaché par rapport à celui de Brent, explique-t-il dans une note, car la référence du pétrole européen et "l'écart entre les deux a atteint son plus haut niveau en une décennie".

Ecart inédit"Les Etats-Unis, en tant que marché enclavé, ont les plus importants problèmes de stockages", explique, de son côté, Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group.

"La demande est tellement inférieure à l'offre que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70% à 80% de leurs capacités", indique-t-il.

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L'Agence d'information sur l'énergie (Energy Information Administration ou EIA), a indiqué la semaine dernière, de son côté, que les stocks de brut de la plus grande économie mondiale avaient augmenté de 19,25 millions de barils la semaine précédente, ajoutant aux malheurs d'un marché mondial surapprovisionné.

Sukrit Vijayakar, analyste pour Trifecta Consultants, souligne que les raffineries américaines ne parviennent pas à transformer le pétrole brut assez vite, ce qui explique qu'il y ait moins d'acheteurs, et des réserves qui se remplissent.

Il y a un afflux de livraisons du Moyen-Orient, et personne pour s'en porter acquéreur, "parce que les coûts de transport sont élevés", explique-t-il à l'AFP.

Malgré cette chute, une lueur d'espoir pour la référence américaine: le baril de WTI, pour livraison en juin, qui deviendra le contrat de référence demain, mardi 20 avril 2020, résistait un peu mieux, ne perdant que 8,75% et s'établissant à 22,84 dollar. Une telle différence entre deux échéances aussi rapprochées est extrêmement rare, voire inédite.

Cette situation pourrait signifier, selon Jeffrey Halley, analyste pour la société britannique de courtage et de trading Oanda, que "personne ne veut ce que tu vends aujourd'hui, mais (que certains) pourraient en vouloir dans le futur".

Le 20/04/2020 à 12h49