Le Festival Gnaoua et musiques du monde d’Essaouira a renoué, jeudi soir, avec ses rituels. Pour sa 27ème édition, la cité des Alizés s’est parée de ses plus belles couleurs pour accueillir un événement devenu, au fil des années, bien plus qu’un simple rendez-vous musical: une véritable célébration populaire.
Comme le veut la tradition, les festivités se sont ouvertes avec la grande parade des maâlems gnaoua, venus des différentes régions du Royaume. En procession à travers les ruelles de la médina, ils ont donné le coup d’envoi du festival devant une foule enthousiaste venue célébrer l’ouverture de cette 27ème édition. Parmi les artistes les plus remarqués figurait Hind Ennaira, l’une des représentantes les plus prometteuses de la nouvelle génération. Après avoir débuté sa carrière dans le tourisme, elle s’est entièrement consacrée à l’art gnaoua. Elle incarne aujourd’hui, aux yeux des anciens maâlems, une relève talentueuse, profondément attachée à la tradition et déterminée à faire vivre cet héritage auprès des nouvelles générations.
Sur la scène Moulay El Hassan, le concert d’ouverture a d’emblée donné le ton d’une édition placée sous le signe du dialogue des cultures. Le maâlem Mehdi Nassouli y a fait dialoguer l’art gnaoua avec les univers de I Buhoro, Sara Moullablad, Ganavya et Sylvain Barou, au fil d’une création réunissant le Maroc, le Rwanda, l’Inde et la France. Une invitation au voyage et une démonstration, s’il en fallait une, que la musique ne connaît ni frontières ni passeports.
André Azoulay, président fondateur de l’Association Essaouira Mogador, n’a pas caché son émotion. «Vingt-sept ans déjà, et ce soir, nous nous sentons encore plus jeunes que lors de la première édition. Chacune des étapes de cette aventure a été une page d’anthologie. Nous avons fait, dès le départ, un choix qui pouvait paraître incertain, difficile à exprimer, mais qui s’est révélé fondateur et visionnaire: celui d’un Maroc qui puise sa force dans sa spiritualité, dans la richesse de ses terroirs, de ses traditions et dans l’immensité de sa diversité», a-t-il déclaré.
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Ces mots ont résonné comme un manifeste. Celui d’un homme qui, il y a près de trois décennies, a fait le pari d’une ville, d’une culture et d’une certaine idée du Maroc. Un pari qui, aujourd’hui, a cessé d’en être un tant il s’est imposé comme une évidence.
Neila Tazi, directrice-productrice du festival, rappelle ce que beaucoup ignorent: derrière ces quelques jours de magie se cache une année entière de préparation, de recherche et d’exigence. «Le Festival Gnaoua est un événement unique qui se prépare pendant toute une année. Nous voulons faire de chacun de ses moments une expérience inoubliable. Chaque concert est une création singulière, chaque fusion est inédite. Chaque soir offre un moment d’exception.»
Quant au choix du spectacle d’ouverture, elle se montre catégorique: «Cette année, nous avons réuni deux patrimoines inscrits par l’UNESCO: la tradition gnaoua et les danses Iby’Iwacu du Rwanda. Chaque année, nous cherchons à ouvrir le festival par la rencontre de deux grands patrimoines immatériels de l’humanité.»
Une ambition qui résume à elle seule l’ADN du festival: ne pas seulement proposer de beaux spectacles, mais donner du sens aux rencontres artistiques.
Le président du Conseil communal d’Essaouira, Tarik Otmani, mesure avec fierté le chemin parcouru. «C’est un festival essentiel pour la ville. Il y a vingt-sept ans, il est né modestement à Essaouira. Aujourd’hui, chaque édition accueille près de 400.000 festivaliers.»
Une affluence qui illustre le rayonnement de la cité des Alizés bien au-delà de ses remparts. «Essaouira est une ville de musique. Nous accueillons une douzaine de festivals chaque année, du Festival Gnaoua aux rendez-vous consacrés au jazz, à la musique classique ou à la musique andalouse», souligne Tarik Otmani.
Et puis il y a ceux qui viennent y chercher bien plus que de la musique. Comme Abdelwahab Rafiki, chercheur en études islamiques, qui retrouve chaque année le festival avec une fidélité intacte. «Je suis devenu un habitué de ce festival, où je viens puiser une énergie spirituelle et positive. À chaque édition, j’y vis des moments extraordinaires. J’ai le sentiment d’entrer dans un univers à part.»
C’est peut-être là le véritable secret d’Essaouira. Cette capacité rare à faire coexister la transe et la réflexion, la fête et le recueillement, les traditions ancestrales et l’ouverture au monde. Vingt-sept ans après sa création, le Festival Gnaoua continue de se réinventer sans jamais renier son âme.




