Décès du poète Mohamed Loakira

Le poète et romancier Mohamed Loakira.

Le poète et romancier Mohamed Loakira est décédé le mercredi 13 décembre à l’âge de 78 ans des suites d’une longue maladie. Grand passionné de poésie et de littérature, il laisse une œuvre à son image: sobre, mélancolique et élégante.

Le 14/12/2023 à 06h32

Mohamed Loakira, l’un des plus grands poètes marocains d’expression française, est décédé. L’homme de lettres a tiré sa révérence le mercredi 13 décembre, à l’âge de 78 ans, des suites d’une longue maladie. Originaire de Marrakech, où il est né et a grandi, Mohamed Loakira a signé plusieurs de ses textes dans de célèbres revues littéraires marocaines dont Souffles, Intégral, Lamalif ou encore Al Asas.

Ses multiples missions et responsabilités au sein de l’administration marocaine, au sein du ministère de la Culture entre autres, où il occupait le poste de Directeur des Arts, ne l’ont à aucun moment éloigné de sa passion de toujours: l’écriture. Son roman «L’inavouable», l’un des plus connus, publié aux éditions Marsam, avait reçu le prix Grand Atlas du roman francophone.

Dans le milieu des arts et de la culture, où il avait de nombreux amis, Loakira était reconnu comme un homme brillant, cultivé, qui forçait le respect. Son œuvre jouissait d’une appréciation similaire. Elle était à son image, «entre le souffle et le brasier», comme l’a qualifiée l’essayiste et critique littéraire Jacques Alessandra. Et c’est ainsi qu’il avait intitulé son livre sur la poésie de Mohamed Loakira, édité en 2017.

S’il y a un genre littéraire que Mohamed Loakira a marqué de son empreinte, c’est bien la poésie. «L’oeil ébréché», «Semblable à la soif» ou encore «Grain de nul désert» restent des recueils de poésie qui enrichissent le patrimoine marocain et la langue française par l’une des expressions les plus personnelles et les plus incisives.

L’un de ses derniers poèmes, inédits, a été partagé il y a quelques heures après l’annonce de son décès sur les réseaux sociaux, via la publication de son ami Nourredine Bousfiha. On y apprend qu’il a été écrit quelque temps après le décès de son épouse. Une séparation qui lui était insupportable et dont il ne s’est jamais consolé. Un poème où l’on retrouve la plume acérée d’un poète resté, jusqu’à son dernier souffle, fidèle à sa discrétion et à sa mélancolie.

Extrait

Le crépuscule rougeoie par en bas du versant,

emmêle rayons et nuances

et crache un air soufré.

Et moi, naufragé des mares circonstancielles,

je garde encore la tête hors de l’eau et, tel

l’écorce d’automne sur un tronc

J’attends

au seuil du couloir qui paraît tunnel.

Lointainement,

je t’aperçois en position horizontale,

branchée copieusement à des appareils

pour maintenir en éveil

ton sommeil

artificiel.

Par Qods Chabâa
Le 14/12/2023 à 06h32