L'éclairage de Adnan Debbarh. Le retour de Abdelilah Benkirane: ce qui a changé

Adnane Debbarh.

Adnane Debbarh. . Khalil Essalak / Le360

ChroniqueA écouter et à voir Abdelilah Benkirane s’adresser aux membres du PJD après son élection, depuis son salon, on sort avec l’impression que ce «redoutable communicant» n’a pas retenu la leçon de ce qui est arrivé dans la société et le champ politique au Maroc le 8 septembre 2021 et ce qui s’en est suivi.

Le 01/11/2021 à 17h46

La cuisante défaite du PJD est réduite à un incident de l’histoire, rattrapable, dont la responsabilité incombe à l’équipe qui était aux commandes.

Aucune allusion aux lames de fond qui ont secoué la société marocaine en faisant éclore de nouvelles attentes: la santé, la protection sociale, l’enseignement et l’emploi. Il n’est pas fortuit que le gouvernement présidé par le PJD ait eu un bilan plus que moyen dans les domaines économiques et sociaux, cela ne constituait pas une priorité pour lui. Ce n’était pas son principal centre d’intérêt.

Par contre, le nouveau secrétaire général est prolixe pour évoquer la situation au Soudan, en Tunisie et au Yémen. On l’aura compris, l’épouvantail de l’instabilité politique est à nouveau brandit. Abdelilah Benkirane n’a jamais eu de cesse de rappeler que c’est grâce à son parti que le Maroc a géré le mouvement du 20 février de la meilleure des manières. Il se positionne encore et toujours comme acteur de stabilité. C’en est même à se demander s'il ne réclame pas une rente pour avoir «accompli» cette mission.

Les auteurs du rapport sur le nouveau modèle de développement l’ont bien compris. Le meilleur facteur de stabilité politique, c’est d’abord le développement socio-économique et non la prédication. En optant pour l’Etat social, comme projet de société, le Royaume s’est immunisé contre les vendeurs de rêves.

Alors, quelle forme d’opposition peut pratiquer le PJD? Une politique alternative? Laquelle? Difficile, sachant que les Marocains ont massivement voté pour une politique sociale volontariste et que les réformes ne sont pas le fort du parti islamiste.

Des propositions susceptibles d’innover en matière de gestion gouvernementale? Il ne dispose pas de cadres suffisamment formés pour les élaborer. Il lui reste la sauvegarde du référentiel islamique. Mot d’ordre que les Marocains préfèrent d’abord confier à la Commanderie des croyants.

Aujourd’hui, même parmi sa mouvance, le PJD est désormais contesté dans sa ligne par le Mouvement unicité et réforme. Disons-le, le PJD peut gêner, mais est loin de constituer un contre-pouvoir.

Dure mission dont Abdelilah Benkirane a voulu prendre la charge. Le Maroc marche vers la modernité, en sus de l’Etat social, la société demande plus d’ouverture, moins de conservatisme.

Par Adnan Debbarh
Le 01/11/2021 à 17h46

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VOS RÉACTIONS

Bonsoir Monsieur Adnan Debbarh. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le parti islamiste à la tête du gouvernement pendant dix ans a été très utile pour le Maroc malgré son échec. A quelque chose malheur est bon. Il a montré sur le terrain que sa doctrine ne répond pas aux aspirations de la majorité des marocains. L'expérience étant faite, on a payé, on tourne la page et on passe à autre chose; ainsi va le monde. L'élection de Monsieur Benkirane, c'est l'instinct de survie. Par contre, une opposition existe toujours, même si elle n'existe pas dans les structures officielles. Cordialement.

Bonjour Monsieur Omar, Tout à fait de votre avis ! De cette expérience, le Maroc a tiré aussi un bénéfice politique et d'image,fruit d'une gestion intelligente de ce phénomène appelé " Islam politique". Ainsi, aussi bien la "grandeur" que la "décadence" du PJD ont été l'œuvre des urnes. Ailleurs, ce sont plutôt les chars qui ont fait le job :Algérie dans les années 90,Égypte, Soudan... En Tunisie, le professeur de droit constitutionnel, pour se débarrasser d'Annahda, n'a rien trouvé de plus intelligent que de violer la constitution qu'il avait juré de respecter et de défendre. Finalement,ces 10 années n'ont pas été totalement perdues puisqu'elles nous ont permis d'améliorer notre "capital immatériel". Cordialement

Quand on sait que le think tank du PJD est le " MUR", on comprend bien que ce ne sont pas ces "cerveaux" qui penseront l'entrée du Maroc dans l'ère de l'intelligence artificielle !

La démocratie a ses limites; ce parti doit être interdit, voir dissous

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