Qui est l’animal, ici?

Fouad Laroui.. KF Corporate

ChroniqueJe ne pense pas que ça amuserait quelqu’un de voir un être humain brûlé vif, aujourd’hui. Mais il nous reste encore un long chemin à parcourir pour ce qui est de la cruauté envers les animaux.

Le 20/07/2022 à 10h59

Reçu hier ce message émouvant de ma collègue F.-Z, de T’nine Chtouka:

«Immense indignation, ce matin. Dégoût, colère… Je passais dans une rue étroite, à 8h du matin, lorsque j’ai vu un homme, un monstre plutôt, asséner de grands coups sur le visage d’une jument (oui, le visage!) à l’aide d’un tuyau noir assez rigide. La pauvre bête, toute maigre, hennissait ou plutôt criait en reculant, en essayant d'échapper à cette punition. Mais peut-on parler de punition dans le cas d’un animal qui n’est pas conscient de ce qu’il fait? Et d’ailleurs, que pouvait bien avoir fait cette jument?

Je me suis sentie mal, confrontée à cet horrible spectacle. Qui était l’animal? Le h'mar, c'était ce démon déguisé en homme. Je l’ai supplié pour qu'il arrête mais il m’a jeté un regard haineux et a continué à taper sur la pauvre créature. Inexplicables étaient la colère et la barbarie que je lisais dans ses yeux.

Finalement, je suis partie en pleurant. J’ai pensé aller au poste de police mais je ne sais pas si c’est un délit de martyriser un animal. J’étais en rage contre cet abject sagouin et j’ai invoqué le Ciel pour qu'il déverse sur lui tout le mal qu'il faisait subir à un être sans défense –parce qu’en plus, elle était attachée, la jument.»

En lisant le message de F.-Z., je me suis souvenu d’un incident fameux en date du 3 janvier 1889: alors qu’il marchait dans une rue de Turin, Nietzsche aperçut un cheval sévèrement battu par son cocher. Le philosophe se jeta devant le bourreau, offrant son corps comme un bouclier face au fouet, puis il s’effondra en larmes, en pleine crise de nerfs. Il ne retrouva jamais la raison et mourut fou en août 1900.

Pourquoi admettons-nous la cruauté envers les animaux? Ce sont tous les jours des incidents comme ceux de Turin ou de T’nine Chtouka qui se déroulent sous nos yeux. Il y a quelques mois, un adolescent “shoota“ violemment dans un petit chat qui était entré dans une boutique de Marrakech où je faisais mes emplettes. Je protestai. Les clients et le propriétaire prirent fait et cause pour l’ado, au prétexte que le chat était sale. Était-ce une raison pour lui décocher un coup de pied dans le ventre, au risque de le tuer?

Plus grave encore, on se souvient de cette infâme habitante de Fès qui avait incité son molosse à dévorer un chaton, il y a quelques semaines, et avait filmé l’atrocité. Mérite-t-elle le nom d'être humain?

Lorsque la Voisin, célèbre empoisonneuse du temps de Louis XIV, fut brûlée sur le bûcher, à Paris, Mme de Sévigné assista à la scène, qui l’amusa grandement et qu’elle a relaté sur un ton guilleret. On a fait des progrès, depuis. Je ne pense pas que ça amuserait quelqu’un de voir un être humain brûlé vif, aujourd’hui. Mais il nous reste encore un long chemin à parcourir pour ce qui est de la cruauté envers les animaux. Je ne sais même pas si le cas est prévu dans notre Code pénal.

S’il ne l’est pas, un(e) député(e) pourrait peut-être déposer une proposition de loi? Merci d'avance...

Par Fouad Laroui
Le 20/07/2022 à 10h59