L’éducation sexuelle? Skoute, hchouuuuma (c’est honteux)!

Famille Naamane

ChroniqueLa sexualité s’exerce massivement, à un âge de plus en plus jeune. Il y a un déni de cette réalité. Pas de statistiques fiables. Les jeunes filles ne répondent pas sincèrement: elles ont peur d’être taxées de dévergondées. Les hommes non plus: ils friment pour sublimer leur virilité.

Le 04/11/2022 à 11h00

Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, a annoncé l’instauration de «sessions d’habilitation des époux à la vie conjugale, de formation à l’éducation sexuelle, à la santé reproductive et à la planification familiale». Des formations obligatoires avant le mariage, pour «la stabilité de la société». 

Une convention de partenariat a été signée entre le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l’Association marocaine de planification familiale (AMPF) et l’Ordre national des Adouls, pour établir le contenu des formations qui, selon le ministre, diminueront le nombre de divorce qui est en hausse.

Youyouyouyou!!! C’est la première fois qu’on parle officiellement d’éducation sexuelle. Il était temps. Mais…

L’équipe chargée des programmes en a-t-elle les compétences? A-t-elle effectué des études auprès des jeunes pour cerner leurs besoins? Va-t-elle impliquer des spécialités ayant travaillé sur le sujet? Des questions qui laissent sceptique!

Cette initiative est louable. Mais l’âge moyen du premier mariage au Maroc est de 26 ans pour les femmes et de 31 ans pour les hommes. Les couples doivent être formés sexuellement à l’enfance et à l’adolescence.

L’éducation sexuelle choque: attarbya al jinsya (l'éducation sexuelle) est confondue avec al hourrya al jinsya (la liberté sexuelle). Il y a une grande différence entre éducation et liberté. Il s’agit, en fait, de l'éducation à une certaine santé sexuelle.

Ce qui est compris, c'est qu'on ne doit pas en parler afin de ne pas encourager à la sexualité hors mariage!

Or, il faut reconnaître que la sexualité s’exerce massivement, à un âge de plus en plus jeune. Il y a un déni de cette réalité. Pas de statistiques fiables. Les jeunes filles ne répondent pas sincèrement: elles ont peur d’être taxées de dévergondées. Les hommes non plus: ils friment pour sublimer leur virilité.

Un autre tabou? La protection et la contraception hors mariage. Aucune campagne de sensibilisation du ministère de la Santé. On en parle vaguement un jour par an, lors de la journée internationale du Sida.

Qu’est-ce qu’alors l’éducation sexuelle?

C’est le fait d’apprendre aux enfants et adolescents à avoir un comportement responsable, pour se respecter eux-mêmes et respecter les autres.

C’est leur donner des connaissances scientifiques pour qu’ils sachent que l’acte sexuel n’est surtout pas bestial, et certainement pas limité à un plaisir individuel.

C’est leur apprendre les différents aspects de la sexualité: affectif, biologique, culturel, social, juridique et… surtout éthique.

L'éducation sexuelle aide les enfants, futurs adolescents et jeunes adultes, à comprendre le développement de leur corps et à ne pas angoisser à chacune de ses étapes, dont la puberté. Elle leur apprend à aimer leur corps, à le protéger pour s’épanouir.

Elle leur explique le système reproductif. Comprendre le cycle menstruel, le processus de la grossesse, la fertilité masculine et la nécessité du respect d’une certaine hygiène: se protéger et protéger leurs partenaires des dangers des IST (soit les Infections sexuellement transmissibles), tels le Sida ou autres.

L’éducation sexuelle apprend aussi aux jeunes filles à éviter une grossesse non désirée, et aux jeunes hommes, que la contraception est l’affaire d'un couple et pas seulement de leur partenaire.

Elle leur apprend aussi que le harcèlement sexuel est interdit.

Récemment, l’Association marocaine de la planification familiale (AMPF), a mené une enquête dans cinq villes, auprès de 600 personnes des deux sexes, âgés de 14 à 30 ans. Selon ses conclusions, 40% d’entre eux affirment (à raison de 68% des garçons et de 32% des filles) avoir eu des rapports sexuels. Et la moitié a eu des rapports non protégés!

Les grossesses hors mariage et les enfants naturels sont un fléau sociétal.

En plus de la marginalisation des mère célibataires, dans ce Maroc d'aujourd'hui encore, légalement, les pères biologiques n’ont aucun devoir vis-à-vis de leurs enfants et ce, malgré l’existence de la reconnaissance de la paternité par un test ADN! 

Dans les programmes scolaires, il existe, certes, un semblant d’éducation sexuelle, mais celui-ci est enseigné comme un cours de sciences naturelles. De nombreux enseignants se retrouvent bloqués ou se disent contre l’enseignement de ce cours. Hommes comme femmes, ces enseignants n’osent pas évoquer ces sujets dans des classes, mixtes. 

Il faudrait former des enseignants et leur donner des supports adaptés (une vidéo, un diapo etc.), tout en encourageant leurs élèves à leur poser des questions.

Et puis le rôle des parents est très important. Une mère se doit d’informer sa fille, non seulement sur la survenue des menstruations, mais aussi de la mettre en garde contre les revers d’une sexualité prémaritale.

Il faut aussi prendre en considération le fait qu’un jeune homme, qui aurait été encouragé à une expérience sexuelle prémaritale, se retrouve livré à lui-même.

Les pères qui informent leur(s) fils sont une exception. Souvent, le père dit à son épouse: «dwi m’âa ouldek». («Parle à ton fils»). Celle-ci lui explique alors, comme elle le peut: «attention, une fille peut te coller une grossesse!». Et non, ce qu’il faudrait, en fait, lui expliquer: «protège-toi et protège tes partenaires».

Une enquête de l’AMPF révèle que seuls 14,8% des jeunes parlent de ces sujets avec leur famille. Ce sont leurs amis qui informent (à raison de 44% d’entre eux) et moins les enseignants: ils ne sont que 16,2% à le faire!

Les parents doivent encadrer leurs enfants. C’est gênant, mais il suffit d’aller sur Internet pour trouver des conseils: à quel âge faut-il leur parler, et comment les informer… 

Surtout que tous les jeunes surfent sur le web et découvrent la sexualité à travers la pornographie.

En 2012, une étude a révélé que les Marocains sont la quatrième société dans la planète à taper le mot «sexe» sur le moteur de recherches Google!

Les effets néfastes de la pornographie sont régulièrement dénoncés avec virulence, car ils ciblent une population vulnérable qui entame sa sexualité avec de pseudo-modèles de «performance», de violence, d’utilisation d’outils divers et variés, de perversité…

C’est là un vrai danger pour l’équilibre psychologique et la relation au corps et à la sexualité. Sans compter l’addiction à la pornographie et ses répercussions sur la santé, qui peut entraîner une impuissance masculine chez les hommes, un manque de désir, voir un vaginisme pour les femmes, et donc une incapacité à atteindre l’orgasme avec son partenaire.

Il faut donc nécessairement en parler à ses enfants, contrôler leur accès à Internet et donc aux sites pornographiques, ce qui favorisera leur épanouissement sexuel.

L’éducation sexuelle transmet des valeurs indispensables à l’équilibre psychologique et physique de l’adulte. La hchouma doit être brisée car «lihchème felli darrou, chitane gharrou» («qui a honte de soigner son mal, est victime de Satan»).

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 04/11/2022 à 11h00

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Moroccan elites are educated in liberal schools, they have an inferiority complex and they want to follow American and European values. What a shame! Our beloved prophet (saws) taught us how to approach education and every other topic you can think of. More Islamic education and less liberal education is the solution to this cancer.

Bonsoir Madame Soumaya Naamane Guessous. Enseigner l'éducation sexuelle! Quelle belle perspective mais quelle montagne! Elle fait certes partie des sciences fondamentales de l'éducation, mais elle peine à remplir ses objectifs même dans des pays ouverts et modernes. Ceci est dû à ses interactions avec la religion, la morale, l'intime et les tabous. De ce fait, elle reste souvent négligée dans des établissements scolaires où elle est pourtant obligatoire. En revanche, mis à part les sites pornographiques, internet offre l'opportunité de l'aborder dans le respect de l'intimité de chacun. Des contenus très sérieux et variés y sont disponibles pour lever les tabous. Good luck! Cordialement.

« Parle à ton fils » dit le père à la mère… comme je l’ai lu dans le roman « Il pleut à Venise, Hamdullah ! » à propos de l’hommes marocain : « Il roule en Audi, porte un costume Smalto et des Weston, Mais dans sa tête, ils est encore assis sur un âne, en djellaba et en babouches ». Les femmes marocaines sont, malgré les interdits imposés par la société, beaucoup plus libres que les hommes…

Bjr professeure!L'éducation,quelle qu'elle soit,doit être prodiguée à la maison et à l'école.Après,les médias,les écrivains,les amis et la rue prennent le relais.Pour l'éducation sexuelle,beaucoup d'intervenants n'arrivent pas à l'aborder ou ne savent pas comment en parler,surtout aux enfants.Grosso modo,c'est un sujet tabou. A mon humble avis,il faut que les enseignants,les religieux,les intellectuels,les psy, les sociologues,les coachs,etc...se réunissent pour élaborer un guide pratique d'éducation sexuelle pour tout le monde.Il y en a,mais généralement conçu selon un seul point de vue.Or la sexualité est un sujet complexe et ne peut être traité de la sorte;c'est-à-dire par une seule vision.Merci de traiter cette problématique,merci à vos lecteurs et merci au 360.ma.Très Bon week-end.

La deuxième cause de ce manque de véritable éducation sexuelle est l'hypocrisie.. vous devinez qu'elle est la première ???

Il ne faut pas prendre les marocains pour des enfants ou des aveugles. Malgré les marocains musulman(e)s qui sont prêts à suivre, ce sont clairement nos compatriotes d'entre les juifs qui sont derrière ces compagnes pour autoriser les relations hors mariage dans la loi. Ils ont peur d'être inquiétés malgré toutes les garanties que l'état leur donne déjà en discrétion. Pourtant cela n'est pas en réalité dans leur intérêt car le seul résulat sera le chaos, le pouvoir du roi Mohammed 6 (qu'Allah l'assiste) étant basé sur l'Islam. Nos compatriotes devraient plutôt preserver cet havre de paix et de tolérance qu'est le royaume du Maroc. En plus de tout ce qui a été fait, j'ai lu récemment que le Maroc a été le premier pays arabe à avoir construit un de leur lieu de culte dans une université.

Il paraît bien que vous croyez aux théories du complot. Non seulement vous passez complètement à côté du sujet, mais votre commentaire cache mal votre perception discriminatoire envers une communauté des plus loyales qui soient. Or, nos compatriotes de confession juive ont leur propre statut qui diffère de celui de la majorité musulmane. Ainsi, sur une base confessionnelle, certains droits leur sont accordés, et ne le sont pas pour les musulmans. En plus, comme l’a si bien souligné Mme Naamane Guessous, il s’agit ici de l’éducation sexuelle, et non de la liberté sexuelle. Nuance! La première est d’ordre pédagogique, et émane d’initiatives de conscientisation de la population sur un phénomène social. La seconde qui vous inquiète tant, n’est toujours pas permise par la loi aux musulmans.

Pour au moins deux raisons, je pense que vous Madame Guessous et les autres chroniqueuses sont capables de mener à bien cette tâche très complexe. La première est que vous êtes des femmes. La deuxième est que par vos chroniques, je vois que vous connaissez la société marocaine mieux que beaucoup "d'hommes politiques". Pour rire, que peut apporter M. # à cette problématique? La solution proposée par le Monsieur le ministre la justice n'est tout simplement pas possible. En effet, la majorité des jeunes ont du mal à trouver du travail. Ils vivent chez leurs parents.

Il faut donc s'attaquer au cœur du problème , la formation professionnelle et abattre le système du piston et du passe-droit qui dégoute bon nombre de marocains sauf les fils de...!

Dans Les années 60 a l école on nous enseignait sur la sexualité et toujours suivi par le لا حياء في الدين et c était pas fin du monde Et on avait pas d arrière pensée

Et oui mais nous régressions, tout est sujet à polémique maintenant au nom de la morale ou de la religion ...

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