Le secteur de l’enseignement supérieur au Maroc traverse une phase de tension croissante, sur fond de controverse suscitée par le projet de loi n° 59.24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique. Adopté récemment par la Chambre des conseillers, le texte a été renvoyé à la Chambre des représentants pour une seconde lecture, une étape qui ravive les inquiétudes quant à ses répercussions immédiates sur le fonctionnement normal des universités dans les semaines à venir, écrit le quotidien Al Akhbar dans son édition de ce mercredi 21 janvier.
Ce climat de crispation devrait se traduire concrètement par une paralysie partielle des universités les 3, 4 et 5 février prochains, à la suite de l’annonce d’une grève nationale touchant l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur. Cette mobilisation illustre l’ampleur du malaise qui traverse le secteur et les craintes grandissantes liées à certaines dispositions du nouveau projet de loi, perçues comme susceptibles d’affecter l’avenir de l’université publique ainsi que le statut des enseignants-chercheurs.
Pour de nombreux observateurs de la scène universitaire, cette escalade est révélatrice de dysfonctionnements persistants dans la conduite du chantier de réforme de l’enseignement supérieur. Les critiques portent notamment sur la méthode d’élaboration des textes législatifs encadrant le secteur, marquée, selon eux, par l’absence d’une concertation élargie autour de plusieurs dispositions clés. Sont particulièrement pointées du doigt les questions liées à la gouvernance universitaire, à la gestion des ressources humaines et aux mécanismes de prise de décision au sein des établissements, a-t-on lu dans Al Akhbar.
Ce mouvement de grève devrait entraîner la suspension des activités pédagogiques et scientifiques, incluant les cours, les travaux dirigés et les réunions au sein des structures universitaires et des centres de recherche. Les examens et les manifestations scientifiques programmées seraient toutefois maintenus, afin d’éviter un impact direct sur le parcours académique des étudiants, d’autant plus que plusieurs échéances universitaires approchent.
Parallèlement, plusieurs dossiers en suspens continuent d’alimenter un large débat au sein du secteur. Il s’agit notamment des questions relatives à la promotion, à l’ancienneté générale et à la gestion des carrières des enseignants universitaires. À cela, s’ajoute la situation de certains établissements relevant du secteur de l’éducation nationale, en particulier les centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation, eux aussi confrontés à un climat tendu en raison du retard dans le règlement de dossiers administratifs et organisationnels.
Le ministère de l’Enseignement supérieur aurait, lui, exprimé une «disposition de principe à interagir avec une partie de ces problématiques, à travers l’ouverture de canaux de dialogue avec les acteurs du secteur et la volonté de préciser certaines dispositions juridiques et réglementaires», jugées «controversées». Toutefois, selon des professionnels de l’enseignement supérieur, le rythme et la portée de cette interaction demeurent en deçà des attentes exprimées par la communauté universitaire, laissant planer l’incertitude sur l’issue de cette séquence délicate pour l’université marocaine.








