Privés d’école, des enfants en situation de handicap apprennent à l’hôpital

Dans la salle de classe la Forêt magique du centre hospitalier Noor de rééducation à Bouskoura (K.Sabbar/Le360).

Le 01/03/2026 à 14h24

VidéoÀ l’intérieur du Centre hospitalier Noor de rééducation à Bouskoura, une petite salle colorée vient alléger les statistiques nationales. Alors que plus de la moitié des enfants en situation de handicap âgés de 7 à 12 ans restent non scolarisés au Maroc, une classe pas comme les autres a vu le jour au cœur même de l’hôpital. Porté par le groupe AMH, le projet «L’École à l’hôpital» permet à une vingtaine d’enfants de conjuguer soins médicaux et apprentissage, dans un cadre pensé pour eux, à leur rythme, loin de l’exclusion scolaire.

Selon le Haut-Commissariat au Plan, moins d’un enfant en situation de handicap sur deux accède aujourd’hui à l’école au Maroc. Manque d’accompagnement médico-social, classes inadaptées, refus d’inscription… Pour beaucoup de familles, le parcours scolaire s’arrête avant même d’avoir commencé. C’est face à cette réalité que le Groupe AMH a choisi d’inverser la logique: si l’enfant ne peut aller à l’école, alors l’école ira à l’enfant, là où on l’attend le moins: à l’hôpital.

Au Centre hospitalier Noor de rééducation, la porte de la classe «la forêt magique» s’ouvre sur un autre monde. Des couleurs vives, des dessins accrochés aux murs, des voix d’enfants qui répètent leurs comptines favorites. Ici, ils ont entre 6 et 12 ans. Certains découvrent pour la première fois ce que signifie «aller à l’école». D’autres y reviennent après des échecs ou des refus ailleurs. Tous partagent le même espace, sans aucune étiquette.

Sur les petites tables, des feuilles, du carton, de la colle, des balles. Un peu plus loin, un cercle se forme pour chanter, taper dans les mains, danser. Les activités sont ludiques, mais jamais anodines. Elles servent à apprendre les chiffres, les couleurs, les mois de l’année, tout en travaillant la motricité fine, la coordination, la force des bras et des jambes. Le jeu devient outil pédagogique et le mouvement une porte d’entrée vers l’apprentissage et la formation de la personnalité.

Dans cette salle, Nadia et Sara veillent et guident les petits. Accompagnatrices de vie scolaire et sociale, elles encadrent chaque promotion composée d’une vingtaine d’enfants, tous patients du centre Noor. Autour d’elles, une équipe discrète mais essentielle: une dizaine de kinésithérapeutes, des spécialistes de la santé, le groupe AMH et plusieurs partenaires institutionnels qui soutiennent le projet.

«Les enfants que nous avons en classe sont soit des enfants qui ont été refusés dans d’autres écoles, soit des enfants dont le rythme n’a pas correspondu aux écoles dites normales», déclare Nadia Naamani. «Ce qui rend notre classe spéciale, c’est que nous acceptons tous les cas d’enfants et qu’ils apprennent tous ensemble, sans aucune discrimination», ajoute-t-elle.

Autisme, trisomie, paralysie cérébrale, IMC, handicap mental permanent… les diagnostics sont multiples, les besoins aussi. Mais ici, ils ne définissent pas les enfants. Ce qui compte, c’est ce qu’ils peuvent faire, pas ce qu’ils ne peuvent pas encore accomplir.

«Tout enfant, aux besoins spéciaux, a le droit à l’éducation, à l’apprentissage, à se faire des amis et à découvrir des activités ludiques», explique Sara Jetti également AVS. «Nous avons ici des enfants qui n’ont jamais été sur un banc d’école et qui ne comprenaient même pas ce que c’était», poursuit-elle. «Ce projet de l’École à l’hôpital, au sein du Centre hospitalier Noor, initié par l’AMH et l’Institution Tahar Sebti, a été une très belle opportunité pour leur permettre de découvrir l’école et de s’intégrer avec leurs pairs», conclut-elle.

Le quotidien des enfants s’articule entre scolarité et prise en charge rééducative. Les matinées sont consacrées aux enseignements, tandis que les après-midis — ou inversement selon les emplois du temps — sont dédiés aux séances d’orthophonie et de kinésithérapie. En fin de journée, la plupart regagnent leur domicile aux côtés de leurs parents, même si certains demeurent hospitalisés en fonction de leur état de santé. L’objectif est clair: les initier, les former et les accompagner afin de favoriser leur pleine intégration sociale.

«Chaque enfant nous est confié juste avant ou juste après sa sortie de la classe», entame Nabila Harchi, responsable de l’unité kinésithérapeutique du centre Noor. «Ils participent à des séances de rééducation qui comprennent une grande variété d’exercices», explique-t-elle. «Nous travaillons d’abord sur la mobilisation des articulations pour éviter les raideurs et les déformations musculaires. Ensuite, nous accompagnons l’enfant dans son développement moteur global: passer du dos au côté, s’asseoir, avancer à quatre pattes, puis se mettre debout, toujours selon ses capacités et son propre rythme», détaille-t-elle enfin.

Plus qu’une simple salle de classe, ce projet au centre Noor prouve que l’école peut s’adapter à chaque enfant et que face au handicap la bienveillance et l’inclusion restent les plus beaux moteurs de réussite. Si l’on voyait naître davantage d’initiatives de ce genre dans le pays, les statistiques de l’exclusion ne tarderaient pas à reculer.

Par Ryme Bousfiha et Khadija Sabbar
Le 01/03/2026 à 14h24