Exclusif. Découvrez à quoi ressemble la plus grande volière immersive du Maroc au zoo de Aïn Sebaâ

Des flamants roses photographiés dans la volière immersive du zoo de Aïn Sebaâ, à Casablanca. (K.Essalak/le360)

Le 10/04/2026 à 13h48

VidéoLe parc zoologique de Aïn Sebaâ, à Casablanca, inaugure ce samedi la plus grande volière immersive du Maroc: 4.000 m² où cohabitent plus de 300 animaux issus de 60 espèces du monde entier. Le360 a eu accès en exclusivité à cet espace avant son ouverture officielle.

Il suffit d’en franchir le seuil pour que Casablanca s’efface. À quelques minutes du tumulte urbain, le visiteur est happé par une forêt vivante, bruissante, presque irréelle. Les cris d’oiseaux tropicaux se mêlent aux battements d’ailes, une odeur végétale remplace celle du béton et, avant même d’avoir le temps de s’orienter, un oiseau vient se poser sur votre tête. Bienvenue dans la grande volière du parc zoologique de Aïn Sebaâ, un espace immersif qui n’a plus rien d’une cage.

Ce samedi 11 avril 2026, le parc zoologique inaugure officiellement ce qui est présenté comme la plus grande volière immersive du Maroc. Une infrastructure de 4.000 m² au sol, s’élevant à plus de 12 mètres de hauteur, où plus de 300 animaux, représentant près de 60 espèces, cohabitent en liberté quasi-totale. Le360 a pu visiter les lieux avant l’ouverture, dans un espace déjà pleinement habité.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de séparation. On n’observe pas les animaux à travers une vitre ou derrière un grillage: on évolue parmi eux. Les flamants roses se déplacent en groupe, visibles dans toute leur hauteur, les aras militaires déploient leurs ailes au-dessus des visiteurs et quelque part dans la végétation, un ararauna veille sur son nid. L’espace est conçu sur plusieurs niveaux, chacun étant colonisé par des espèces différentes et où un chemin guide les visiteurs au cœur de cette biodiversité.

«Ici, on va suivre un parcours qui nous emmène vraiment au milieu de tous ces animaux, au plus proche d’eux pour mieux les découvrir», explique Pierre-Marie Beaugé, curateur général du parc. Une philosophie qui rompt avec le zoo traditionnel: ce n’est plus l’animal que l’on met en scène, c’est le visiteur que l’on immerge. Aucune odeur désagréable non plus, l’espace étant ouvert sur le ciel, l’air y circule librement.

La volière est construite autour d’un principe ambitieux: rassembler des représentants de tous les continents dans un seul et même espace. Le résultat est une collection d’une densité rare, dans laquelle chaque virage réserve une surprise. On passe des flamants nains, du Chili et rouges, trois des six espèces existant dans le monde, aux cygnes à col noir, parmi les plus rares de la planète. On croise les kamichis, descendants directs d’oiseaux préhistoriques reconnaissables à leurs éperons (un appendice pointu situé sur la patte de certains oiseaux, NDLR) singuliers et les gouras, ces pigeons géants au plumage violet et à la crête dentelée, qui figurent parmi les plus gros représentants de leur famille dans le monde.

La collection australienne, qui n’était pas prévue au départ, a finalement été intégrée pour élargir encore le propos. Elle comprend notamment des cacatoès et des kangourous géants, le plus grand kangourou existant sur la planète, observables depuis une fosse en contrebas, aménagée pour abolir le risque. Dans cet espace en creux cohabitent également les muntjacs, de petits cervidés originaires d’Asie et les agoutis, de gros rongeurs sud-américains rarement présentés dans un parc animalier.

Mais l’espèce à laquelle le parc tient le plus est marocaine. «C’est l’espèce la plus chère à notre cœur et au Maroc», confie Pierre-Marie Beaugé en désignant, au loin, une silhouette reconnaissable entre toutes. Il s’agit de l’ibis chauve, oiseau emblématique dont la population marocaine constitue l’un des derniers bastions au monde, après sa disparition du bassin méditerranéen. L’espèce est ici reproduite dans le cadre de programmes de réintroduction, menés en partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF).

Derrière l’émerveillement, il y a une prouesse zoologique. Faire cohabiter des espèces d’origines aussi diverses –des primates d’Amérique du Sud aux lémuriens de Madagascar, des reptiles tropicaux aux oiseaux africains– sans qu’aucun incident ne survienne relève d’un travail méticuleux. Depuis l’ouverture de la volière, aucune attaque entre espèces n’a été signalée. C’est, dit-on, une première.

La gestion du bien-être animal a nécessité des ajustements permanents. Au départ, les oiseaux habitués à de petits enclos peinaient à localiser les zones de nourrissage dans ce grand espace ouvert. La solution a consisté à rendre la nourriture accessible à plusieurs endroits simultanément, tout en assurant un suivi individualisé de chaque animal. Un oiseau présentant des signes de faiblesse est immédiatement pris en charge: pesée, bilan, administration de vitamines et de nutriments par seringue si nécessaire. Rien n’est laissé au hasard.

Il y a également les iguanes verts, qui déambulent en totale liberté, «une rareté en milieu zoologique, encore plus dans un espace ouvert au public, rendue possible ici par la clémence du climat casablancais», précise le curateur général.

L’éducation en filigrane

La volière n’est pas qu’un spectacle. Elle est pensée comme un outil de sensibilisation, particulièrement à destination des établissements scolaires. Des panneaux pédagogiques jalonnent le parcours et des animateurs sont disponibles pour adapter leur discours aux programmes scolaires en cours. Le jour de notre visite, une classe de CE4 découvrait les lieux. Chahd, l’une des élèves, résumait l’expérience avec une simplicité désarmante: «C’était excitant de voir les animaux d’aussi près, de les voir bouger. J’ai vu tous les animaux que je voulais voir et j’en suis très contente.»

Ce type de réaction dit quelque chose d’essentiel sur ce que réussit cet espace: là où la leçon de sciences naturelles reste souvent abstraite, la rencontre directe avec un ara ou un flamant produit une forme d’empreinte que les manuels scolaires ne peuvent pas égaler.

Reste que la volière de Aïn Sebaâ est aussi, simplement, un lieu où l’on a envie de s’attarder. Les gazouillis, battements d’ailes et froissements de feuillage créent une atmosphère proche de celle d’une forêt, apaisante et dense à la fois. On se surprend à vouloir s’asseoir sur l’un des murs en pierre du parcours et à rester là, à regarder les interactions entre animaux que l’on n’aurait jamais eu l’occasion d’observer autrement. Un ara qui se perche sur le dos d’un kangourou. Un ibis qui longe paresseusement le bassin des flamants. Des scènes improbables, que seule cette configuration hybride rend possibles.

Par Camilia Serraj et Khalil Essalak
Le 10/04/2026 à 13h48