Ben M’sik: le président de l’arrondissement infirme sa propre ordonnance d’évacuation et de démolition d’un immeuble

Arrondissement Ben M'sik aux couleurs de la patrie.

L'arrondissement de Ben M'sik. . DR

Revue de presseAprès avoir ordonné l’évacuation et la démolition d’un immeuble du boulevard Reda Guedira le 12 février, le président de l’arrondissement de Ben M’sik est revenu sur sa décision le 10 mars. Deux nouvelles expertises, dont une du LPEE, ont contredit le premier rapport, provoquant un revirement administratif inattendu. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 17/06/2026 à 20h06

Le 12 février 2026, le président du conseil d’arrondissement de Ben M’sik prenait, par arrêté communal temporaire, une mesure d’évacuation immédiate concernant l’immeuble sis aux numéros 155 et 157 du boulevard Reda Guedira. Par cette même décision, il interdisait toute occupation ou exploitation des lieux et ordonnait la démolition du bâtiment, estimé dangereux tant pour ses occupants que pour les constructions environnantes.

«Cette première décision s’inscrivait dans le cadre d’une délégation de compétences: le président de l’arrondissement s’était vu confier, par courrier du président du conseil communal de Casablanca, le pouvoir de statuer individuellement sur les édifices menaçant ruine», rapporte Al Akhbar dans son édition du jeudi 18 juin. Il s’était également appuyé sur une transmission du gouverneur de la préfecture d’arrondissement de Ben M’sik, accompagnée de la version originale de l’expertise technique réalisée par le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE), établissement de référence en la matière. C’est sur la base de ce rapport, sensé faire autorité, qu’a été motivée l’urgence de l’évacuation et de la démolition, au nom de la sauvegarde de la sécurité publique.

Pourtant, à peine un mois plus tard, le dossier connaît un revirement spectaculaire. Le 10 mars 2026, le même président d’arrondissement signe une nouvelle ordonnance, abrogeant cette fois purement et simplement la décision du 12 février. Pour justifier cette annulation, il invoque deux nouvelles expertises: l’une, établie le 4 mars par le LPEE lui-même, l’autre, réalisée le 7 mars par un expert judiciaire assermenté. S’y ajoute, en arrière-plan, le recours à un bureau d’études privé dont les conclusions ont visiblement pesé dans la balance.

Ce brusque changement de cap n’a pas manqué de susciter l’étonnement, voire la perplexité, des riverains et des observateurs avertis. «Plusieurs interrogations émergent: pourquoi l’autorité a-t-elle accordé du crédit à des expertises ultérieures, émanant d’un cabinet privé et d’un expert judiciaire, au détriment du premier rapport du LPEE, un organisme public reconnu pour sa compétence technique?», écrit Al Akhbar.

Les conclusions de ces trois investigations sont-elles convergentes ou irréductiblement contradictoires? Et selon quels critères, scientifiques ou juridiques, la décision finale a-t-elle été orientée vers l’infirmation de la mesure initiale?

Par Hassan Benadad
Le 17/06/2026 à 20h06