La confirmation émane de Mike Waltz, ambassadeur-représentant des États-Unis à l’ONU, et elle a été actée vendredi 20 mars dernier lors d’une audition du Congrès américain à New York. Washington annonce une revue stratégique de la MINURSO, la mission des Nations unies au Sahara. «Nous envisageons une revue stratégique de la force de maintien de la paix au Sahara occidental, qui est présente depuis 50 ans», a déclaré Waltz lors de cette rencontre, consacrée à la réforme globale des opérations de maintien de la paix des Nations unies dans un contexte d’opérations militaires américaines contre l’Iran. (Voir vidéo à partir de la minute 31:00).
La déclaration marque ainsi l’intention américaine de réévaluer la pertinence et l’efficacité d’une mission jugée caduque, trop longue et coûteuse. Pour l’administration américaine, les renouvellements de mandat ne doivent plus être purement techniques mais conditionnés à des résultats politiques. Waltz a précisé que «lorsque ces forces de maintien de la paix doivent être renouvelées, généralement sur une base annuelle, il faudrait les lier à un processus politique et utiliser cela comme une occasion de gagner en efficacité». L’idée est de rompre avec le phénomène de «mission creep», la dérive progressive des missions au-delà de leurs objectifs initiaux, et d’éviter que des forces de maintien de la paix installées depuis des décennies ne servent de prétexte pour reporter une véritable résolution politique.
L’ambassadeur américain n’a d’ailleurs pas manqué d’exprimer une critique directe des missions prolongées. «Nous menons des efforts pour mettre fin à certaines de ces missions de maintien de la paix inefficaces et coûteuses. Certaines d’entre elles existent depuis 30, 50, voire 80 ans. C’est une chose d’arrêter un conflit, d’envoyer une force internationale, de mettre fin aux hostilités entre les deux parties ou de les séparer, afin de créer un espace propice à une résolution politique. Mais cela ne peut pas ensuite devenir une excuse pour ne pas parvenir à une résolution politique», a-t-il expliqué. «Quand on a une force de maintien de la paix, par exemple en RDC et au Congo, qui coûte un milliard de dollars par an et qui est sur place depuis 30 ans, on peut faire le calcul et voir comment on assiste à un glissement de mission», ajoute l’ambassadeur américain. Waltz a rappelé que le budget de l’ONU avait quadruplé en 25 ans, sans que la sécurité et la paix mondiales n’augmentent de manière comparable.
Une mission sous surveillance
Lors de son audition, Waltz a détaillé les mesures déjà prises par les États-Unis pour rationaliser le fonctionnement de l’ONU et réduire les coûts. Il a rappelé que le budget régulier de l’ONU pour 2026 était estimé à 3,45 milliards de dollars, dont environ un cinquième est financé par les États-Unis, soit 820 millions de dollars en 2025. Il a souligné que grâce aux efforts de réforme menés par les États-Unis, des économies importantes avaient déjà été réalisées.
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En décembre 2025, les États-Unis ont conduit l’adoption d’une coupe de 15% du budget régulier de l’ONU, soit 570 millions de dollars, supprimant au passage près de 3.000 postes et réduisant la contribution américaine de 126 millions de dollars par an. De plus, les États-Unis ont obtenu une réduction de 25% des troupes de maintien de la paix et la fermeture ou la rationalisation de plusieurs missions, notamment la fermeture ordonnée de l’UNAMI en Irak, la suppression de la mission politique spéciale au Yémen et l’alignement de missions en Colombie et en Haïti.
Ce n’est pas la première fois que la MINURSO est dans le collimateur. La résolution 2797 du Conseil de sécurité a déjà amorcé un changement de perspective en prorogeant le mandat de la mission jusqu’au 31 octobre 2026 tout en introduisant une obligation de suivi renforcé. La résolution demande au Secrétaire général de présenter, dans les six mois suivant la prorogation du mandat, soit avant la fin avril, une revue stratégique sur l’avenir de la mission, en tenant compte des négociations politiques en cours.
Cette échéance constitue un rendez-vous clé, marquant le passage du suivi d’un référendum mort et enterré à la facilitation de la mise en œuvre politique du plan d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine, tel que consacré par la même résolution comme la seule solution au conflit. D’ailleurs, les négociations relancées par les États-Unis entre toutes les parties au conflit, à commencer par l’Algérie, n’ont d’autre objet que le contenu même du plan d’autonomie. Ce réalignement fonctionnel préfigure une transformation de la mission, censée être désormais centrée sur la coordination et le soutien diplomatique. «Le changement de paradigme en faveur du plan d’autonomie, acté par le Conseil de sécurité, fait qu’il est normal que tous les instruments des Nations unies sur la question soient reparamétrés», explique cette source bien informée. D’ailleurs, les bureaux de la MINURSO à Laâyoune avaient anticipé en suspendant le recrutement de personnel local, conformément aux directives new-yorkaises.
Au regard de ces évolutions, la réforme de la MINURSO apparaît comme une suite logique. La mission pourrait évoluer vers un format allégé, axé sur la coordination, le soutien diplomatique et la facilitation, plutôt que sur le maintien de la paix. Ce réalignement permettra de transformer une présence coûteuse et prolongée en un instrument politique efficace, adapté aux réalités actuelles du conflit saharien. Entre pressions financières, exigences d’efficacité et évolutions majeures du dossier, la mission est ainsi condamnée à s’adapter.








