Sahara: la relance de l’administration américaine à l’adresse de l’Algérie

Le président américain Donald Trump et son conseiller principal pour les affaires arabes et africaine, Massad Boulos.

Dans un entretien accordé ce début d’année au quotidien libanais de référence Annahar, le conseiller principal du président américain pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, rappelle la fermeté du soutien de Washington au Maroc tout en redéfinissant, sans ambiguïté, les contours d’un dialogue avec Alger limité au seul champ économique. Une relance qui sonne autant comme une main tendue que comme un avertissement, dans un contexte marqué par l’absence de gestes concrets de la part d’Alger.

Le 08/01/2026 à 09h59

L’administration américaine persiste et signe. Par le biais du conseiller principal du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, elle relance dès ce début 2026 le dossier du Sahara et rappelle l’Algérie à ses responsabilités. L’entretien accordé par Massad Boulos au quotidien libanais de référence Annahar trace de nouveau les contours de la manière dont Washington entend gérer simultanément le dossier du Sahara et ses relations avec l’Algérie. La séquence diplomatique est précise et intervient deux mois après l’adoption, le 31 octobre 2025, par le Conseil de sécurité de la résolution 2797 consacrant le plan marocain d’autonomie comme la solution au conflit et qualifiée d’historique par Washington. Deux mois, c’est le délai annoncé le même mois d’octobre par Steve Witkoff, émissaire de Donald Trump pour le Moyen-Orient, pour un «accord de paix» entre le Maroc et l’Algérie.

Interrogé sur l’état des relations américano-algériennes après ce vote, Massad Boulos a d’abord rappelé que les États-Unis et l’Algérie entretiennent, selon lui, «un partenariat solide pour promouvoir la paix régionale, la sécurité et la prospérité». Il a toutefois immédiatement précisé la nature de ce partenariat, en soulignant que Washington espérait avant tout une ouverture économique de la part d’Alger. «Les États-Unis espèrent faciliter l’accès commercial au marché algérien pour les entreprises américaines et collaborer sur des opportunités de prospérité mutuelle», a-t-il précisé. Comprendre: le rapprochement envisagé par les États-Unis avec l’Algérie est strictement commercial, fondé sur l’ouverture du marché algérien et la création de conditions favorables aux acteurs économiques américains.

Sur le dossier du Sahara, le ton est en revanche beaucoup plus ferme. Massad Boulos a insisté sur la détermination du président Trump à favoriser une paix durable dans la région et à œuvrer pour un avenir meilleur pour l’ensemble de ses peuples. Il a salué explicitement le vote historique ayant conduit à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Une résolution qui consacre le plan d’autonomie sous souveraineté du Maroc comme la base des négociations à venir. Massad Boulos a souligné que cette résolution devait être comprise comme «un moment unique permettant de catalyser une dynamique de paix longtemps attendue au Sahara occidental». Une dynamique rendue possible, selon ses propres termes, par «le partenariat profond et la coopération continue entre les États-Unis et le Maroc».

Cette lecture américaine du vote onusien s’inscrit dans une ligne constante que Massad Boulos ne cesse de réaffirmer. Déjà en avril 2025, il déclarait que la position des États-Unis sur le Sahara était claire, cohérente et sans équivoque, rappelant que le plan d’autonomie proposé par le Maroc constituait la seule solution réaliste, crédible et durable au différend. En juillet 2025, il avait de nouveau souligné que Washington poursuivait ses efforts pour un règlement politique définitif, en s’appuyant sur le cadre de l’autonomie sous souveraineté marocaine. En septembre 2025, il insistait encore sur le fait que les progrès enregistrés sur le dossier du Sahara étaient indissociables du partenariat stratégique entre les États-Unis et le Maroc, y compris sur le plan économique, avec des investissements américains assumés dans les provinces du Sud. Idem en novembre dernier.

L’entretien accordé à Annnahar confirme ainsi la fermeté de la position américaine. Aucun lien n’est établi entre l’ouverture économique promise à l’Algérie et une quelconque révision de la politique de Washington sur le Sahara. Bien au contraire, le discours de Boulos suggère une séparation stricte des dossiers. D’un côté, un soutien politique, diplomatique et stratégique constant au Maroc. De l’autre, une main tendue à Alger sur le seul terrain économique, à condition que celle-ci se traduise par des actes concrets.

Cette insistance trahit une forme d’impatience. Le message implicite de Boulos est que le temps des déclarations est révolu et que les États-Unis attendent désormais des gestes tangibles, susceptibles de transformer l’Algérie en un partenaire de paix dans la région et un partenaire économique réellement attractif. La rhétorique algérienne sur le Sahara, particulièrement virulente après le vote de la résolution 2797 comme les promesses voulant que le «ciel est la limite» s’agissant des opportunités de commerce en Algérie n’ont produit aucun effet tangible.

Les déclarations de Massad Boulos signifient une reprise en main assumée du dossier du Sahara par l’administration Trump, mais aussi du dossier algérien. Quelques mois après le vote historique du Conseil de sécurité consacrant le plan d’autonomie comme référence centrale du processus politique, Washington entend passer de la gestion des postures à celle des résultats. Après les gesticulations diplomatiques qui ont suivi le vote onusien, le temps est désormais à l’action, tant pour consolider la dynamique de paix au Sahara que pour redéfinir, de manière pragmatique, la place de l’Algérie dans les équilibres régionaux.

Le soutien au Maroc sur le Sahara est ferme, durable et irréversible. Le dialogue avec Alger reste ouvert, mais il est conditionné à une transformation réelle et à une adaptation aux nouvelles réalités. Pour Washington, l’heure n’est plus à l’ambiguïté, mais à l’alignement sur une dynamique internationale en pleine recomposition. Alger se doit d’agir. Et vite.

Par Tarik Qattab
Le 08/01/2026 à 09h59