Prévue initialement ce mercredi 11 février au Caire, la réunion de la haute commission mixte Maroc-Égypte n’a finalement pas eu lieu. Le rendez-vous avait pourtant été officiellement annoncé à l’issue d’un récent entretien téléphonique, fin janvier, le deuxième en l’espace d’un mois, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Nasser Bourita et Badr Abdelatty. Les chefs de gouvernement, Aziz Akhannouch et Mostafa Madbouli, ainsi que plusieurs ministres, étaient également attendus à cette rencontre.
Le360 a appris, de sources bien informées et impliquées dans la préparation de cette réunion, que ce report aurait été décidé d’un commun accord et s’expliquerait par un remaniement ministériel imminent attendu au Caire.
Ce contretemps n’en suscite pas moins des interrogations quant à son timing, intervenant dans un contexte marqué par plusieurs signaux que certains observateurs interprètent comme peu favorables à un climat pleinement apaisé entre Rabat et Le Caire, tant sur le plan politique qu’économique.
Certains analystes évoquent notamment les propos du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui, lors d’un entretien télévisé le samedi 7 février, a salué la participation des forces militaires égyptiennes aux côtés de l’Algérie pendant la guerre des Sables de 1963 contre le Maroc. Des déclarations auxquelles le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a réagi sur les réseaux sociaux, soulignant «la profondeur des liens historiques entre l’Égypte et l’Algérie» et insistant sur «la solidarité entre les deux pays face aux défis communs».
Par ailleurs, certains milieux égyptiens continuent d’observer avec réserve l’accord de coopération militaire conclu le 17 juin dernier entre Rabat et Addis-Abeba, dans un contexte marqué par les fortes tensions persistantes entre l’Égypte et l’Éthiopie autour du barrage de la Renaissance. Le report de cette réunion intervient d’ailleurs moins d’un mois après la tenue de la commission militaire mixte Maroc-Éthiopie, inscrite dans le cadre du plan d’action issu de cet accord de coopération.
Le soutien apporté par l’Égypte à la candidate algérienne Selma Malika Haddadi lors de l’élection de février 2025 à la vice-présidence de l’Union africaine, face à la Marocaine Latifa Akharbach, reste également cité parmi les éléments ayant pu nourrir certaines crispations diplomatiques.
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Dans ce dossier, les considérations économiques pourraient également peser sur l’orientation politique des relations entre les deux pays. Plusieurs épisodes récents ont en effet marqué les échanges commerciaux, avec des effets susceptibles de laisser des traces sur la balance commerciale bilatérale. Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, le Maroc a officialisé l’application d’un droit antidumping définitif sur les importations de PVC en provenance d’Égypte.
Pour certains observateurs, la décision du report de la haute commission mixte rappelle les tensions survenues début 2025, après le blocage de l’accès au marché égyptien d’un contingent de véhicules produits par l’usine Renault de Tanger. Rabat aurait alors réagi en interdisant, à son tour, le déchargement à Tanger Med d’un convoi de conteneurs en provenance d’Égypte.
«Les difficultés rencontrées par les voitures fabriquées par Renault Maroc sur le marché égyptien semblaient surtout liées aux contraintes pesant sur les réserves de change en Égypte, qui concernaient l’ensemble des importations, et pas uniquement celles en provenance du Maroc. Aujourd’hui, la situation paraît s’assouplir. Les choses commencent à s’améliorer», souligne Ali Tazi, président du Conseil d’affaires Maroc-Égypte affilié à la CGEM, contacté par Le360.
Concernant les autres barrières à l’entrée, régulièrement évoquées par les exportateurs marocains, notamment dans l’agroalimentaire et le textile, Ali Tazi relève également une évolution encourageante. «Nous avons récemment consulté les opérateurs et, pour l’instant, aucune remontée négative ne nous est parvenue. On perçoit un changement. Tant qu’il n’y a pas de réclamations, cela signifie que les choses évoluent dans le bon sens», assure-t-il.
Et d’ajouter: «Aujourd’hui, la relation est au beau fixe. Il existe une réelle volonté d’avancer sur des projets structurants et d’envergure, et les opérateurs économiques des deux pays sont pleinement conscients des opportunités existantes.»
Interrogé sur le report sine die de la commission mixte maroco-égyptienne, dont la CGEM est partie prenante, Ali Tazi se veut confiant: «Elle aura lieu. C’est surtout une question d’agenda. Sa préparation se poursuit. Après le Ramadan, une délégation d’hommes d’affaires égyptiens devrait d’ailleurs effectuer une visite au Maroc.»
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Le président du Conseil d’affaires précise toutefois la répartition des rôles: «Le volet politique est piloté par les ministères concernés. De notre côté, nous nous concentrons sur l’économique. Ce que je retiens surtout, c’est la volonté réelle, perceptible à tous les niveaux, de faire avancer la coopération. Les signaux sont clairement positifs.»
Concernant l’impact des mesures instaurées fin février 2025 pour rééquilibrer la balance commerciale, aujourd’hui favorable à l’Égypte, Ali Tazi appelle à la patience: «C’est un travail de longue haleine. Les efforts engagés ne produisent pas d’effets immédiats, mais l’essentiel reste la volonté de coopération et les signaux encourageants qui l’accompagnent.»
Par ailleurs, poursuit notre interlocuteur, le Maroc suscite un intérêt croissant chez les investisseurs égyptiens. «Plusieurs opérateurs souhaitent investir au Maroc, notamment dans des secteurs structurants comme l’énergie ou l’industrie. Le tourisme représente également un axe attractif», souligne-t-il. Après l’investissement de Samih Sawiris dans la station balnéaire de Mogador-Essaouira, d’autres groupes égyptiens manifestent leur intérêt pour le marché marocain, et de nouvelles annonces pourraient intervenir prochainement. «Je ne peux pas en dire davantage à ce stade», conclut Ali Tazi.








