Industrie de défense. Après l’Espagne, le Maroc lorgne la Grande-Bretagne

Chars Abrams de fabrication américaine. . dr

Deux mois après sa rencontre avec le Secrétaire d’Etat espagnol à la Défense, Angel Olivares Ramirez, le ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense, Abdeltif Loudyi, s’est entretenu avec des responsables britanniques au sujet de la mise en place d’une industrie de défense au Maroc.

Le 04/06/2019 à 14h34

Le 31 mai 2019, un communiqué officiel a indiqué que, sur ordre du roi, Chef suprême et Chef d’État-Major Général des FAR, le ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale, Abdeltif Loudyi, avait reçu le ministre britannique du Commerce international, Liam Fox. Ce communiqué a fait état de «perspectives prometteuses de coopération notamment dans le domaine de l’industrie de Défense».

Vous avez bien lu: «coopération dans le domaine de l’industrie de défense» entre le Maroc et la Grande-Bretagne, premier marché de défense en Europe.

Deux mois plus tôt, le ministre délégué à l’Administration de la défense, M. Loudyi, avait reçu à Rabat le Secrétaire d’Etat espagnol à la Défense, Angel Olivares Ramirez. La présence d’une dizaine de patrons de sociétés espagnoles spécialisées dans les industries de Défense à cette rencontre n’était pas passée inaperçue. Des sources à Rabat avaient évoqué l’éventualité de mise en place de joints-ventures maroco-espagnoles pour la production de véhicules militaires, voire d'équipements aéronautiques de défense et d'équipements des chantiers navals.

Ces entretiens s’inscrivent dans une stratégie de concertations discrètes élargies à d’autres pays alliés non seulement en Europe (Espagne, Grande-Bretagne, Belgique), mais aussi en Asie et au Moyen-Orient, notamment l’Arabie Saoudie et la Jordanie connus pour leurs "progrès" dans la mise en place d'unités de production d'armes et d'équipements militaires.

Cet intense ballet de concertations mené par le Maroc n’aurait d’égal que la volonté qui anime la plus haute autorité du royaume de doter le pays de sa propre industrie de défense, sachant que les besoins des FAR en armes connaîtront, comme l'avaient précédemment annoncé des rapports de renseignement occidentaux, un bond significatif dans les dix prochaines années.

A cet effet, des bruits de couloir font état de création d’usines militaires avec des entreprises belges et britanniques.

Du côté belge, il était question de projet avec Mecar pour la création au Maroc d’une usine de production de munitions notamment pour les chars, mais cette société avait été rachetée en 2014 par le géant français Nexter Munitions. Pour l’heure, on ne sait toujours pas si le marché est annulé ou maintenu.

Or voilà, une source marocaine évoque une joint-venture avec le Britannique Chemical Military Product (CMP). Ce projet nécessiterait un investissement de 300 millions de dirhams, chiffre la même source, indiquant que le Maroc détiendrait 10% du capital de l’entreprise.

CMP est un leader mondial dans la conception et la fabrication de munitions militaires. Elle fournit des munitions, des fournitures, des armes, des pièces pyrotechniques et des plates-formes standard et non standard aux États-Unis et aux forces armées alliées.

Voici ainsi les contours de cet embryon d'industrie de défense, dont le Maroc a besoin aujourd'hui plus que tout autre temps pour éviter le coût exorbitant des achats d'armes et pouvoir faire face en même temps aux défis sécuritaires grandissants.

Par M'Hamed Hamrouch
Le 04/06/2019 à 14h34