«Pour la première fois dans l’histoire» de ce classement annuel créé en 2002, «plus de la moitié des pays du monde (94) sont en situation +difficile+ ou +très grave+ alors qu’ils n’étaient qu’une infime minorité (13,7%) en 2002», écrit RSF, qui compte cinq niveaux sur son échelle, de «très grave» à «bonne».
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— RSF (@RSF_inter) April 30, 2026
Dans le même temps, le taux de population vivant dans un pays où la situation de la liberté de la presse est «bonne» a plongé, passant de 20% à «moins de 1%».
Seuls sept pays du nord de l’Europe, dont la Norvège en tête, font partie de cette catégorie. La France se classe 25e («situation plutôt bonne»).
«En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas», ajoute l’organisation.
Les États-Unis, en «situation problématique», perdent sept places et sont 64e, entre le Botswana et Panama. Au-delà des attaques du président républicain contre la presse -- «une pratique systématique» --, cela s’est aussi traduit par la détention puis l’expulsion du journaliste salvadorien Mario Guevara, qui dénonçait les arrestations de migrants aux États-Unis, ou la réduction drastique des financements de l’audiovisuel extérieur américain.
«Entraves multipliées»
«Les attaques contre les journalistes se transforment. Il y a toujours des journalistes assassinés, toujours des journalistes en prison, mais les pressions sont aussi économiques, politiques, légales», souligne auprès de l’AFP Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF.
Si le recul s’explique par les conflits armés, l’organisation pointe aussi les durcissements des régimes politiques ces dernières années.
RSF souligne les chutes spectaculaires du Salvador (143e), qui perd 105 places depuis 2014 et le lancement d’une guerre contre les gangs criminels maras, ou de la Géorgie (135e), qui a reculé de 75 places depuis 2020 du fait d’une «accélération de la répression».
La plus forte baisse en 2026 est attribuée au Niger (120e, -37 places), symbole de «la dégradation de la liberté de la presse au Sahel depuis plusieurs années», entre «les attaques de groupes armés et (les) juntes au pouvoir», écrit RSF.
«Certains pays étaient des fleurons de la liberté de la presse mais elle s’est profondément dégradée avec l’arrivée de régimes militaires comme au Mali (121e) ou au Burkina Faso (110e)», ajoute Anne Bocandé.
L’Arabie Saoudite (176e, -14 places), où le chroniqueur Turki al-Jasser a été exécuté en juin par l’Etat, «fait unique dans le monde», côtoie la Russie, l’Iran et la Chine à la toute fin du classement, fermé par l’Erythrée (180e).
The sudden execution of Saudi journalist Turki al-Jasser in June, after seven years of enforced disappearance, dramatically illustrated how the Saudi authorities weaponise the use of the death penalty as a tool to repress freedom of expression.#WorldDayAgainstTheDeathPenalty pic.twitter.com/tJmz9v3AsM
— ALQST for Human Rights (@ALQST_En) October 10, 2025
En revanche, la Syrie (141e) fait un bond en avant de 36 places après la chute du régime de Bachar al-Assad.
Procédures-bâillons
Parmi les cinq critères de mesure de RSF, c’est l’indicateur du cadre légal qui s’est le plus dégradé en 2025.
«Les lois de sécurité nationale, contre le terrorisme par exemple, ou pour protéger le secret défense, restreignent de plus en plus le champ du journalisme. La Russie est championne en la matière, mais l’impact se fait aussi sentir jusque dans des démocraties», souligne Anne Bocandé.
Autre arme, celle des «procédures-bâillons», autrement dit les poursuites en justice pour diffamation, dénigrement économique ou diffusion de fausses nouvelles, qui visent à intimider les journalistes.
Un phénomène mondial, illustré au Guatemala par le cas du fondateur d’El Periodico, José Rubén Zamora, condamné à plusieurs années de prison après ses enquêtes sur la corruption politique. Mais RSF a aussi dénoncé cette tendance en France dans un récente étude sur les médias locaux.
#AhoraLH | A pesar de que el juez Erick García ya no se encuentra a cargo del segundo proceso en contra del periodista José Rubén Zamora, debido a un atraso de la Sala Tercera Penal en resolver una recusación en contra del juzgador, el nuevo juez Maximino Morales, aplaza la… pic.twitter.com/pquSvXotUc
— Diario La Hora (@lahoragt) April 29, 2026
«Les lois criminalisent de plus en plus les journalistes, alors qu’elles devraient les protéger», note la directrice éditoriale de l’organisation.
Néanmoins, «des outils existent», nuance-t-elle, en citant le règlement de la Commission européenne sur la liberté dans les médias («European media freedom act»), entré en application en 2025, ou la directive européenne contre les procédures-bâillons.




