Le ministère de la Défense israélien a annoncé samedi matin avoir lancé une «frappe préventive» sur l’Iran alors que les sirènes d’alerte ont retenti à Jérusalem et que les habitants du pays étaient prévenus sur leurs téléphones d’une «alerte extrêmement grave».
«L’État d’Israël a lancé une frappe préventive contre l’Iran afin d’éliminer les menaces pesant sur l’État d’Israël», indique un communiqué du ministère de la Défense sans plus de précision sur la nature ou l’ampleur de cette opération militaire «En conséquence, une attaque de missiles et de drones contre l’État d’Israël et sa population civile est attendue dans un avenir immédiat», ajoute le texte, annonçant l’instauration d’un «état d’urgence spécial et immédiat dans tout le pays».
En Israël, le ministère des Transports a annoncé la fermeture «de l’espace aérien israélien aux vols civils» et demandé aux voyageurs «de ne pas se rendre dans les aéroports jusqu’à nouvel ordre».
«Le type d’explosions suggère qu’il s’agit d’une attaque de missiles», a indiqué l’agence de presse Fars sans plus de précisions dans l’immédiat.
L’ambassade des États-Unis au Qatar a ordonné le confinement de son personnel. L’Irak a fermé son espace aérien après les frappes israéliennes contre l’Iran.
Plus tôt vendredi, le président américain a déclaré à des journalistes «ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier», au lendemain d’une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise.
Mais «nous n’avons pas pris (de) décision finale» sur de possibles frappes, avait-il affirmé, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient — le plus important depuis des décennies — et de craintes d’un embrasement régional en cas d’attaque américaine.
Le chef de la diplomatie omanaise a cependant assuré vendredi qu’une percée avait eu lieu, affirmant que l’Iran avait accepté de ne pas stocker d’uranium enrichi.
«C’est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l’argument de l’enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l’absence de stockage», a expliqué Badr Albusaidi sur la chaîne américaine CBS.
Donald Trump avait exigé que l’Iran n’effectue «aucun enrichissement» d’uranium. «Vous n’avez pas besoin d’enrichir quand vous avez autant de pétrole», a-t-il déclaré à la presse lors d’un déplacement au Texas (sud).
Porte-avions déployés
Dans ce contexte de tensions, les États-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël — leur allié et ennemi juré de l’Iran — en raison «de risques pour leur sécurité».
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, se rendra lundi en Israël — que l’Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque israélienne sur son territoire —, a annoncé le département d’État.
Les États-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions, dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d’Israël après avoir quitté jeudi la Crète.
Washington a également inscrit vendredi l’Iran sur sa liste noire de pays pratiquant «des détentions injustifiées», et appelé les ressortissants américains s’y trouvant à «partir immédiatement».
Dans le centre de Téhéran, tout en disant préférer éviter la guerre et souhaiter la levée des sanctions internationales qui asphyxient l’économie iranienne, Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, affirme qu’«il ne faut faire aucune concession» aux Américains.
Lire aussi : Iran–États-Unis: des «progrès significatifs» vers un accord sous haute tension
Accusant Téhéran — qui dément — de vouloir se doter de la bombe atomique, les États-Unis insistent pour une interdiction totale d’enrichissement d’uranium, tandis que l’Iran défend son droit au nucléaire civil.
Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d’aborder.
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a appelé vendredi les États-Unis à éviter «toute exigence excessive», tempérant l’optimisme qu’il avait affiché la veille à l’issue des pourparlers.
Aggravation «rapide»
Le Haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Volker Türk, s’est dit «extrêmement inquiet du risque d’escalade militaire régionale».
Le Royaume-Uni et le Canada ont indiqué retirer une partie de leur personnel diplomatique de Tel-Aviv par mesure de précaution.
Pékin et Ottawa ont appelé leurs ressortissants à évacuer l’Iran, tandis que Londres a retiré le personnel de son ambassade à Téhéran.
Le ministre iranien Abbas Araghchi s’était prévalu jeudi de «très bons progrès» dans les discussions avec les États-Unis.
Une prochaine session doit se tenir «très bientôt», après des discussions «entre équipes techniques» lundi à Vienne en Autriche, assistées «d’experts» de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.
Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de «10 à 15 jours» pour décider si un accord était possible ou s’il allait recourir à la force.
Les deux pays avaient repris des pourparlers l’année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin, à laquelle Washington s’était brièvement joint.
Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d’un vaste mouvement de contestation d’Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir «en aide».












