José Luis Ábalos, ministre des Transports entre 2018 et 2021, est accusé de corruption, de détournement de fonds publics, de trafic d’influence et d’appartenance à une organisation criminelle, dans cette vaste affaire liée notamment à des soupçons de contrats irréguliers pour la vente de masques pendant la pandémie de Covid-19.
Ce dossier complexe, à multiples volets, a fait les gros titres de la presse espagnole pendant des mois et offert à l’opposition de multiples occasions d’appeler à la démission de Pedro Sánchez, dont plusieurs proches sont dans le viseur de la justice.
Face à la cour, José Luis Ábalos, également ancien numéro trois du Parti socialiste espagnol (PSOE), qui se dit innocent, sera jugé aux côtés de son ancien assistant, Koldo García, et d’un homme d’affaires, Víctor de Aldama.
Le parquet, qui formule ses réquisitions en Espagne avant la tenue du procès, a déjà réclamé 24 ans de prison à l’encontre de celui qui est placé en détention provisoire depuis novembre 2025 et qui a renoncé, fin janvier, à son siège de député.
Dans son argumentaire écrit, le ministère public a dénoncé «la volonté d’enrichissement» du trio d’accusés, qui avait conclu un «pacte criminel» en voulant «profiter» de la position occupée par José Luis Ábalos au sein du gouvernement espagnol pour «favoriser (...) l’attribution de marchés publics» à des entreprises liées à Víctor de Aldama.
75 témoins et une vingtaine d’experts
Au Tribunal suprême à Madrid, la plus haute juridiction d’Espagne, plus de 75 témoins et une vingtaine d’experts seront appelés à la barre dans ce procès qui doit durer jusqu’à la fin du mois.
Mais les magistrats ne jugeront pas, cette fois-ci, les autres ramifications de ce dossier tentaculaire qui a éclaboussé, par ricochet, un autre ancien dirigeant du PSOE, Santos Cerdán, qui avait succédé à José Luis Ábalos comme numéro trois du parti de gauche.
Lui aussi est soupçonné de corruption, là encore avec MM. Ábalos et García, mais dans un autre volet portant sur l’attribution de marchés publics.
Les trois hommes ont joué un rôle clé dans l’ascension politique de l’actuel Premier ministre espagnol, en particulier dans son retour aux commandes du PSOE en 2017.
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Après un premier passage laborieux à sa tête entre 2014 et 2016, le dirigeant socialiste et le trio avaient effectué une tournée des régions d’Espagne en voiture, au contact des militants, ce qui leur vaut aujourd’hui le surnom de «clan Peugeot» donné par l’opposition.
Vent debout depuis plusieurs mois, le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite) exigent la démission du chef du gouvernement et la tenue d’élections anticipées, un an avant la fin de la législature, ce que Pedro Sánchez a rejeté à plusieurs reprises.
Arrivé au pouvoir en 2018 dans la foulée d’un vaste scandale de corruption qui avait renversé le gouvernement de Mariano Rajoy, alors Premier ministre conservateur, Pedro Sánchez assure qu’il ignore tout de cette affaire et que le PSOE n’a jamais bénéficié d’un financement illégal.
Dans la foulée de la mise en cause de Santos Cerdán, le chef du gouvernement avait demandé pardon aux Espagnols et pris ses distances avec MM. Ábalos, García et Cerdán.
Outre ses anciens compagnons de route politiques, Pedro Sánchez doit faire face, depuis des mois, à la mise en cause par la justice de plusieurs proches: son frère David sera également jugé à partir de la fin mai pour trafic d’influence, et sa femme, Begoña Gómez, est visée pour corruption dans un troisième dossier.




