Tests Covid-19: le Conseil de la concurrence passe à la loupe les marges des laboratoires privés

Un dispositif de test PCR. . DR

Le Conseil de la concurrence a récemment publié les résultats de sa dernière étude sur le marché des tests Covid-19. Cette analyse a permis d’évaluer les marges des laboratoires d’analyses et de relever une grande dépendance au marché international. Retour sur les principales conclusions du Conseil.

Le 30/05/2022 à 12h05

L’étude du Conseil de la concurrence de la situation concurrentielle du marché des laboratoires privés d’analyse biomédicales, fait suite à la décision de fixation des prix par le gouvernement qui a plafonné, en septembre 2021, le prix du test standard PCR à 400 dirhams et le test PCR rapide à 600 dirhams.

Pour ce qui est des marges des laboratoires d’analyses, le Conseil conclut ainsi que des marges bénéficiaires importantes ont été réalisées malgré la fixation par l’Etat des prix des tests. Ces marges varient en fonction de la taille du laboratoire, du nombre de tests réalisés et le choix d’investissement adopté pour chaque laboratoire.

Les calculs réalisés par les services d’instruction du conseil, ont permis de constater que les résultats nets annuels des laboratoires privés peuvent varier de plus de 952.000 dirhams, si le laboratoire ne réalise que la prestation de PCR conventionnelle et à plus de 1,7 million en cas de réalisation simultanée de tous les types de tests.

Selon le Conseil de la concurrence, soixante-neuf laboratoires privés ont intégré le réseau de diagnostic du Covid-19 au cours des trois mois suivant la décision de plafonnement des prix des tests. Cependant, l’étude a permis de relever l’existence de différences notables au niveau régional en terme de nombre de laboratoires autorisés et le nombre de tests effectués. En effet, la prestation des tests Covid-19 dans le secteur privé, reste un marché concentré au niveau de quatre régions, à raison de 82% de l’ensemble des laboratoires privés autorisés.

Grande dépendance au marché international L’étude a relevé également la dépendance du système national de santé aux chaînes de production et d’approvisionnement mondiales. «Le système national de santé n’était pas prêt à faire face à une pandémie avec des capacités locales modestes, et ce, en raison de l’absence d’une industrie nationale à grande échelle des réactifs et des équipements nécessaires au diagnostic (…) Cette situation a eu comme conséquence d’une part, la rupture d’approvisionnement au cours des périodes de pics records, et d’autre part, l’augmentation des prix de tels produits notamment des réactifs de tests de diagnostic», soulignent les auteurs de l’étude.

L’étude a par ailleurs permis de constater que la structure de marché d’importations des réactifs de tests COVID-19 demeure relativement concentrée au niveau d’un nombre limité des opérateurs dont le leader est la société «MASTERLAB» qui s’est accaparée d’une part prépondérante, passant de 25% en 2020 à 39% en 2021 par rapport aux tests à base de PCR.

Quant aux tests antigéniques et sérologiques, la société «IM ALLIANCE» a enregistré une part de marché passant de 73% en 2020 à 86% à fin octobre 2021, soit une évolution de 4%.

Le marché des instruments et équipements de diagnostic est aussi marqué par une forte concentration où un noyau restreint de 13 sociétés totalise une part de marché de près de 55% en 2020 et de 53% à fin octobre 2021.

Le Conseil de la concurrence fait par ailleurs constat d’un cadre législatif entravant la mise sur le marché des réactifs des tests de diagnostic du Covid-19, de manière accélérée. Un nombre de dysfonctionnements est à citer notamment des retards au niveau de la procédure d’octroi des certificats d’enregistrement des réactifs de tests Covid-19. Le cadre législatif actuel a également suscité des critiques vives concernant l’absence d’une procédure réglementaire claire pour les nouveaux réactifs produits localement.

Les recommandations du Conseil Suivant ce constat l’institution dirigé par Ahmed Rahhou propose une série de recommandations pour atténuer la dépendance du marché national à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales en matière de réactifs de diagnostic du Covid à commencer par définir un cadre législatif de référence pour la mise sur le marché de réactifs à 100% marocains, favoriser davantage l’innovation dans l’industrie de tests de diagnostic et encourager la consommation de réactifs fabriqués localement.

Pour soutenir l’amont du marché des tests de dépistage du Covid-19, le Conseil propose d’adapter la procédure d’approbation des réactifs et des dispositifs médicaux en lien avec le diagnostic du Covid à la situation d’urgence sanitaire, rendre publique la liste des réactifs autorisés pour la mise sur le marché national, mettre à jour et opérationnaliser la plateforme de soumission des demandes d’enregistrement et accélérer la mise en place de l’Agence nationale du médicament et dispositifs médicaux.

Afin d’améliorer les conditions d’accès au réseau de diagnostic du Covid-19 pour encourager les laboratoires sur l’ensemble du territoire national, le Conseil de la concurrence préconise d’améliorer les conditions d’accès au marché, de réexaminer les barrières légales et réglementaires dont certaines demeurent inappropriées et de sécuriser l’approvisionnement des laboratoires privés d’analyses de biologie médicale.

Pour développer de nouveaux leviers pour améliorer la situation de la concurrence dans le marché des tests de dépistage du Covid-19, l’étude propose de moduler la prise en charge des frais des tests Covid selon des critères à fixer au préalable, repenser le régime fiscal appliqué au marché des réactifs et dispositifs médicaux nécessaires au diagnostic en cas de crise et publier les prix des tests pratiqués par les entités autorisées pour le diagnostic du Covid-19.

Par Safae Hadri
Le 30/05/2022 à 12h05