Les réserves de change du Maroc ont atteint un sommet historique en frôlant la barre des 500 milliards de dirhams au 29 mai, affichant une progression de 5,1% en l’espace d’une seule semaine. «Ce matelas financier inédit offre au Royaume une sécurité accrue pour honorer ses engagements extérieurs, rassurer les marchés financiers et garantir la stabilité du dirham.
Toutefois», écrit le quotidien Les Inspirations du 15 juin. Cette performance intervient dans un contexte macroéconomique paradoxal, marqué par un creusement de 18,4% du déficit commercial à fin avril 2026. Ce qui soulève une question fondamentale: ce record traduit-il une amélioration structurelle des entrées de devises ou résulte-t-il d’un effet purement conjoncturel lié à l’endettement?
Cité par Les Inspirations Eco, l’économiste Omar Bakkou explique que la réponse réside dans la mécanique globale des flux financiers. Les avoirs officiels de réserve ne dépendent pas uniquement des échanges de marchandises. Ils intègrent l’ensemble des devises qui entrent sur le marché monétaire, y compris le tourisme, les transferts des Marocains résidant à l’étranger, les investissements directs étrangers et les financements extérieurs contractés par l’État.
L’explication majeure de cette hausse soudaine proviendrait, d’ailleurs, de l’encaissement d’une récente levée de fonds internationale de 2,25 milliards d’euros réalisée par le Maroc. Si le coussin de sécurité est bien réel, il est donc en partie alimenté par de la dette extérieure.
Cette distinction est essentielle pour évaluer la santé réelle de l’économie marocaine, car le déséquilibre entre les importations et les exportations de biens continue de peser. Néanmoins, l’analyse ne doit pas se limiter au strict commerce des marchandises. La balance des services, fortement soutenue par les recettes touristiques et les performances du secteur de l’offshoring, joue un rôle d’amortisseur indispensable. «En combinant ces revenus de services aux envois de fonds de la diaspora et aux flux d’investissements, la balance des paiements globale tend vers l’équilibre, ce qui explique pourquoi le déficit commercial ne vide pas automatiquement les caisses de l’État», note Les Inspirations Eco.
De plus, l’évolution du régime de change apporte un éclairage nouveau sur la situation. Depuis la flexibilisation progressive du dirham, Bank Al-Maghrib n’intervient plus directement pour combler les déficits du marché des changes, laissant les opérateurs privés et les flux financiers publics en réguler le cours. Une hausse massive des réserves découle donc souvent d’une opération financière de l’État plutôt que d’un excédent commercial.
Si ce niveau record de devises confirme la solidité financière à court terme du Maroc et sa crédibilité auprès des bailleurs de fonds, il ne reflète pas encore une guérison structurelle. Un redressement durable exigera une montée en gamme industrielle, une diversification des exportations et une réduction de la dépendance vis-à-vis des importations stratégiques.




