«Nous voulons que le monde voie le Maroc comme nous le voyons»: Sara Tahiri, cofondatrice de The Moroccan Fair

«Nous voulons que le monde voie le Maroc comme nous le voyons»: Sara Tahiri, cofondatrice de The Moroccan Fair

Sara Tahiri, cofondatrice de The Moroccan Fair. (S.Belghiti/Le360)

EntretienNé d’un constat de décalage entre la richesse créative du Maroc et sa visibilité à l’étranger, le salon The Moroccan Fair s’apprête à faire ses premiers pas à Dubaï du 5 au 7 juin 2026. Sa cofondatrice, Sara Tahiri, revient sur la genèse de cette plateforme internationale et sur son ambition: accompagner les créateurs marocains vers l’export et la reconnaissance mondiale.

Le 27/12/2025 à 12h02

Formée à la communication et au marketing, Sara Tahiri a construit un parcours résolument international entre Paris, Madrid et Londres, avant de s’installer à Dubaï il y a cinq ans. Après avoir occupé des postes de marketing manager au sein de plusieurs grandes entreprises, notamment dans les secteurs du luxe, des services et de la fintech, elle décide aujourd’hui de se consacrer pleinement à The Moroccan Fair. Un projet qu’elle porte avec une ambition claire: mettre son expertise stratégique et son expérience des marchés internationaux au service du rayonnement des marques et créateurs marocains à l’étranger.

Le360: parlez-nous de The Moroccan Fair. Comment est née l’idée de créer cette plateforme internationale?

Sara Tahiri: l’idée est venue assez naturellement. En travaillant et en évoluant entre le Maroc et l’international, nous nous sommes rendu compte qu’il existait un vrai décalage entre la richesse du Maroc, la créativité marocaine et la manière dont elle est représentée à l’international. Aujourd’hui, il y a énormément de marques marocaines, de créateurs et de talents marocains qui ont un potentiel énorme, mais qui n’ont pas toujours la chance d’avoir une véritable vitrine pour se faire connaître à l’étranger et obtenir la visibilité qu’ils méritent.

Concrètement, à quoi peut-on s’attendre en participant à The Moroccan Fair?

The Moroccan Fair est le premier salon international 100% marocain dédié à la créativité et à l’influence marocaines. L’idée n’est pas de proposer uniquement un événement culturel classique, mais de créer une véritable plateforme d’accompagnement pour aider les créateurs et marques marocaines à briller à l’international et à s’exporter.

Quel besoin précis souhaitiez-vous combler avec ce projet?

L’idée est vraiment partie de là. Nous voulions offrir à tous ces créateurs et marques marocaines une vitrine internationale à la hauteur de leur ambition. Aujourd’hui, les créateurs marocains ont envie d’évoluer, de dépasser les frontières du Maroc et de briller à l’international. Notre objectif et notre ambition sont de les accompagner et de les aider à franchir ce cap. Nous avons eu envie d’utiliser le format du salon parce que, pour avoir moi-même participé à de nombreux salons dans différents domaines, créatif, tech ou institutionnel, j’ai constaté que c’était une plateforme extrêmement dynamique, où beaucoup de choses se passent. Le salon est, selon nous, un moyen très efficace de mettre en avant les créateurs marocains, mais aussi de leur permettre de se constituer un véritable réseau. The Moroccan Fair sera à la fois B2C et B2B. Le cœur du projet, l’ambition première, est que chaque créateur ait une réelle opportunité professionnelle: faire des rencontres susceptibles de lui permettre de s’exporter à l’international.

Quelle valeur ajoute cette dimension hybride B2C-B2B pour les créateurs et les marques?

Ce format permet aux créateurs de se montrer de manière très premium, mais aussi de vendre le jour J, afin de démontrer le potentiel de leur marque, la qualité de leurs produits. C’est également l’occasion d’échanger avec des médias internationaux influents, émiratis et autres, ainsi qu’avec des acteurs économiques à la recherche de marques à fort potentiel dans lesquelles investir. Nous allons ainsi réunir différents profils, B2C et B2B, afin d’offrir une visibilité maximale et un maximum d’opportunités aux créateurs. Ce rendez-vous annuel, très «human to human», nous semblait être la meilleure formule pour mettre en lumière les talents marocains.

Au-delà de la visibilité, vous mentionnez des opportunités concrètes pour les marques participantes. Comment se traduisent-elles sur le terrain?

Chaque marque participante aura une réelle opportunité de développer un réseau à l’international, mais aussi de vendre à l’étranger. Cela peut se traduire par une présence dans de grands retailers émiratis, des hôtels, des concept stores ou différents points de vente internationaux. Nous allons réunir un maximum d’acteurs B2B à la recherche de marques à fort potentiel et de nouveautés. Mon associé et moi sommes convaincus que les marques marocaines ont aujourd’hui un potentiel énorme et qu’elles sont prêtes à s’imposer à l’international.

À quels profils s’adresse prioritairement The Moroccan Fair: créateurs, entrepreneurs, investisseurs?

The Moroccan Fair s’adresse avant tout aux marques et créateurs marocains. L’événement est ouvert à plusieurs catégories: fashion, design, joaillerie, haute joaillerie, home décor, senteurs, art… Nous voulons vraiment mettre en avant le Maroc dans toute sa globalité.

Souhaitez-vous dépasser l’image traditionnelle du Maroc à l’international?

L’un des constats majeurs que nous avons faits est qu’à l’international, le Maroc est encore très souvent représenté uniquement sous un angle artisanal et traditionnel. C’est une richesse immense et une identité forte, mais ce n’est pas tout le Maroc d’aujourd’hui. Nous avons aussi un Maroc plus complet, avec une scène créative moderne, contemporaine, qui s’inscrit dans l’air du temps international. Aujourd’hui, on peut s’habiller «made in Morocco» au quotidien. Même les bijoux marocains ont été revisités: ils ne sont plus réservés uniquement aux mariages ou aux grandes occasions. C’est cette diversité que nous voulons montrer: un Maroc artisanal, traditionnel, mais aussi moderne et ouvert sur le monde.

Au-delà de l’aspect créatif, vous mentionnez une véritable dimension économique et business. Comment se traduit-elle concrètement?

Durant l’événement, il y aura également des panels de discussion réunissant des dirigeants économiques marocains et émiratis: chefs d’entreprise, C-levels et acteurs économiques jouant un rôle majeur dans l’économie et la créativité. Nous aborderons des sujets comme l’exportation des marques marocaines, la créativité marocaine et émiratie, et les leviers économiques pour accompagner ces talents à l’international. Il y aura aussi des investisseurs à la recherche de nouvelles marques à fort potentiel, ainsi qu’une forte présence médiatique pour offrir une visibilité maximale aux créateurs et aux dirigeants qui les soutiennent.

Cette première édition sera tenue à Dubaï. Pourquoi ce choix d’emblée?

Dubaï s’est imposée comme une évidence. C’est aujourd’hui l’un des hubs internationaux majeurs en termes d’influence, de culture, de business et de médias. C’est une ville en mouvement permanent, où se croisent des profils et des nationalités extrêmement variés. Mettre en avant les marques marocaines à Dubaï, c’est leur permettre de briller au milieu d’un écosystème international, multiculturel et à fort pouvoir d’achat. En termes de business et d’opportunités, c’est un point de départ très stratégique pour les marques marocaines.

Quel récit souhaitez-vous construire autour du Maroc à travers cette initiative?

Il existe encore aujourd’hui un décalage énorme entre la richesse de la créativité marocaine et sa représentation à l’international. Notre ambition est que le monde voie le Maroc comme nous, Marocains, le voyons. À chaque retour au Maroc, je découvre de nouveaux créateurs, de nouvelles marques, une effervescence incroyable. Pourtant, cette réalité reste encore peu visible à l’étranger, où persistent de nombreux clichés. Notre objectif est de montrer le Maroc dans toute sa globalité et d’offrir aux créateurs marocains la vitrine internationale qu’ils méritent, afin qu’ils puissent, comme les créateurs du monde entier, dépasser les frontières et s’exporter. Notre rôle est de les accompagner dans cette démarche.

Par Camilia Serraj et Sifeddine Belghiti
Le 27/12/2025 à 12h02