Le département américain de l’Agriculture (USDA) a officiellement classé le Maroc parmi les pays prioritaires du programme «Food for Progress» pour l’exercice fiscal 2026, une décision qui confirme le renforcement des relations agricoles et commerciales entre Rabat et Washington. «Le Royaume figure ainsi dans un groupe restreint de sept pays bénéficiaires, aux côtés du Bangladesh, de la Bolivie, de l’Équateur, des Philippines, du Sri Lanka et de la Thaïlande», relate le quotidien L’Economiste dans son édition du lundi 13 avril.Cette sélection traduit la confiance des autorités américaines dans les perspectives de transformation du secteur agricole marocain, considéré comme un levier stratégique de modernisation économique et de sécurité alimentaire.
Pour 2026, le programme dispose d’une enveloppe globale de 226 millions de dollars, destinée à financer des projets pluriannuels sur une durée de cinq ans, avec des budgets individuels compris entre 28 et 35 millions de dollars. Ces financements devraient soutenir l’introduction de technologies agricoles avancées, l’amélioration de la productivité des exploitations et le renforcement des capacités institutionnelles, notamment en matière de facilitation du commerce international et d’intégration aux chaînes de valeur mondiales.
En parallèle, le programme «McGovern-Dole» mobilise jusqu’à 240 millions de dollars sur cinq ans pour des initiatives similaires axées sur la sécurité alimentaire et le développement rural, avec des projets financés entre 10 et 35 millions de dollars dans plusieurs pays, dont la Bolivie, le Cambodge, l’Équateur, la Guinée, le Honduras, le Liberia et le Timor-Leste. «L’administration américaine précise que les appels à financement officiels seront publiés sur la plateforme Grants.gov, confirmant une stratégie globale d’aide alimentaire et de coopération agricole qui s’inscrit dans une logique d’influence et de stabilisation des systèmes alimentaires dans les pays partenaires», note L’Economiste.
Sur le plan commercial, les échanges agricoles entre le Maroc et les États-Unis ont atteint en 2025 un niveau historique. Les exportations américaines vers le Royaume ont progressé de 38% pour s’établir à 815,5 millions de dollars, un record qui positionne désormais le Maroc comme le deuxième marché africain pour l’agriculture américaine. Cette dynamique est principalement tirée par la forte demande en produits de consommation, en hausse de 35%, avec une concentration particulière sur les fruits à coque. Les exportations d’amandes américaines, à elles seules, ont atteint 221,7 millions de dollars, illustrant l’ancrage croissant des produits agricoles américains dans les circuits de distribution et de transformation agroalimentaire marocains, selon les données du système mondial de commerce agricole du département américain de l’Agriculture.
Cette intensification des échanges s’explique également par la structure des besoins alimentaires du Maroc, fortement dépendant des importations de céréales et d’oléagineux. Les projections du rapport WASDE de l’USDA indiquent une révision à la hausse des importations marocaines de maïs pour la campagne 2025/2026, en raison de fluctuations climatiques qui continuent d’affecter la production locale. Dans ce contexte, l’accord de libre-échange en vigueur depuis 2006 joue un rôle déterminant en garantissant un accès préférentiel et sécurisé aux céréales et aux tourteaux de soja américains. «Ces produits constituent un maillon essentiel de la filière avicole nationale, contribuant directement à la stabilité des prix du poulet et des œufs sur le marché intérieur», précise L’Economiste.
Au-delà des échanges commerciaux, cette dépendance relative met en lumière les défis structurels de la sécurité alimentaire du Royaume, dans un environnement mondial marqué par une volatilité persistante des marchés agricoles. Si les stocks mondiaux de blé et de maïs connaissent une certaine amélioration, cette situation n’atténue que partiellement l’exposition du Maroc aux fluctuations internationales, compte tenu de sa forte dépendance aux importations pour couvrir ses besoins internes. Cette réalité renforce l’importance des partenariats stratégiques et des mécanismes de résilience mis en place pour sécuriser l’approvisionnement.
Sur le plan réglementaire, le Maroc poursuit par ailleurs un processus de modernisation de son cadre législatif, notamment à travers la loi 28-07 et les efforts de mise en conformité avec les standards internationaux de sécurité alimentaire. Les analyses du GAIN Report de l’USDA soulignent les avancées réalisées en matière d’étiquetage, de traçabilité et de réglementation des produits transformés, des éléments essentiels pour faciliter l’accès aux marchés étrangers et renforcer la compétitivité des exportations marocaines. Dans ce dispositif, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) joue un rôle central en assurant un contrôle rigoureux des flux de marchandises, à travers des certifications sanitaires et phytosanitaires strictes. Les protocoles appliqués concernent particulièrement les produits à forte valeur ajoutée, tels que les viandes rouges, les produits laitiers et les produits aquacoles, garantissant leur conformité aux normes internationales et la protection des consommateurs.
Cette convergence entre coopération internationale, dépendance commerciale et renforcement des normes sanitaires illustre la profondeur des liens agricoles entre le Maroc et les États-Unis. Elle met également en évidence une dynamique dans laquelle les enjeux économiques, réglementaires et sécuritaires s’entremêlent, dessinant les contours d’une relation agricole de plus en plus structurée et stratégique.




