Le Maroc s’impose progressivement comme une plateforme stratégique pour les constructeurs et équipementiers automobiles chinois souhaitant pénétrer à la fois les marchés d’Afrique du Nord et ceux de l’Europe. «Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de transformation rapide de l’industrie automobile mondiale, marquée par l’essor des véhicules électriques et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement internationales», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 6 mars.
Au cœur de cette coopération croissante entre Rabat et Pékin figure désormais un accent particulier sur les investissements dans les technologies de pointe, notamment à travers la mise en place de gigafactories de grande envergure dédiées à l’industrie des batteries et des composants liés à la mobilité électrique.
Selon une étude récente de Fitch Solutions, la Chine cherche à capitaliser sur le fort potentiel de croissance du marché des véhicules électriques dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. «L’Afrique du Nord et les pays du Conseil de coopération du Golfe apparaissent comme des marchés particulièrement prometteurs, en raison d’une base de consommateurs importante, de politiques publiques de plus en plus favorables à l’électrification des transports et d’objectifs gouvernementaux ambitieux en matière de transition énergétique», souligne L’Economiste.
Dans ce contexte, la région MENA bénéficie également d’un mouvement plus large de relocalisation des chaînes d’approvisionnement. Les entreprises chinoises cherchent en effet à implanter une partie de leur production dans des régions stratégiquement situées afin de préserver un accès sans droits de douane aux marchés européens. Le Maroc, grâce à ses accords de libre-échange et à sa proximité géographique avec l’Europe, apparaît comme un choix particulièrement attractif.
Les chiffres avancés par les analystes de Fitch Solutions illustrent cette tendance. Entre 2023 et 2025, le Maroc a capté près de la moitié des investissements automobiles chinois réalisés dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, soit 23 projets sur un total de 45. Le Royaume devance ainsi nettement d’autres marchés régionaux tels que l’Égypte ou l’Algérie.
Au cours des deux dernières années, le pays a ainsi attiré un nombre croissant d’investissements directs étrangers en provenance de Chine, souvent qualifiée d’« usine du monde ». Ces investissements couvrent un large éventail d’activités industrielles, allant des équipementiers automobiles aux fabricants de pneumatiques, en passant par les producteurs de jantes, de composants industriels ou encore de batteries au lithium-fer-phosphate destinées aux véhicules électriques.
Parmi les projets les plus emblématiques figure l’implantation à Jorf Lasfar d’une usine dédiée à la production de matériaux essentiels pour les batteries de véhicules électriques. Baptisé Cobco, ce projet représente un investissement d’environ 20 milliards de dirhams. Il résulte d’un partenariat stratégique entre le fonds d’investissement marocain Al Mada et le groupe chinois CNGR Advanced Materials, l’un des leaders mondiaux dans la production de matériaux pour batteries.
L’installation industrielle de Jorf Lasfar ne fabrique pas des batteries complètes, mais se spécialise dans la production de cathodes et de composants chimiques critiques, notamment des matériaux actifs qui constituent le cœur des cellules de batteries. «À terme, la capacité de production de cette usine devrait permettre d’équiper plus d’un million de véhicules électriques par an», note L’Economiste.
Le choix de Jorf Lasfar repose également sur des considérations logistiques. Le site bénéficie d’une proximité directe avec la plateforme portuaire du même nom, offrant des facilités importantes en matière de stockage, de transport et d’exportation vers les marchés européens et nord-américains.
Dans la même dynamique, le groupe chinois BTR New Material a choisi la zone industrielle Tanger Tech pour y implanter une gigafactory consacrée à la production de matériaux et de cathodes destinés à l’industrie des batteries électriques. Cette implantation renforce davantage la place du Maroc dans la chaîne de valeur mondiale de la mobilité électrique.
Le Royaume a également accueilli en 2024 l’un des investissements chinois les plus importants dans ce secteur. Il s’agit de la construction d’une gigafactory à Kénitra, portée par le groupe Gotion High Tech, classé sixième fabricant mondial de batteries. Ce projet mobilise un budget estimé à près de 65 milliards de dirhams, soit environ six milliards d’euros. L’usine devrait entrer en service dès la fin de l’année, renforçant ainsi les capacités industrielles du Maroc dans le domaine stratégique des batteries pour véhicules électriques.
D’après Fitch Solutions, près d’un quart des projets automobiles recensés dans la région MENA entre 2023 et 2025 ont été portés par des entreprises chinoises. Parmi ces investissements, presque la moitié ont choisi le Maroc comme base d’implantation et de production.
Plusieurs facteurs expliquent cet attrait. La position géographique du Royaume, véritable carrefour entre l’Europe et l’Afrique, constitue un atout majeur. À cela s’ajoutent la maturité de l’écosystème industriel marocain, en particulier dans le secteur automobile, la présence d’accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis, la compétitivité des coûts de production, la qualité des infrastructures logistiques ainsi que la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée.
Les perspectives du marché automobile marocain apparaissent également favorables. Après une année 2025 marquée par une forte expansion, les ventes de voitures neuves devraient continuer de progresser en 2026. Les analystes de Fitch Solutions se montrent particulièrement optimistes, estimant que cette dynamique sera soutenue par les investissements continus dans l’industrie automobile nationale et par l’élargissement de l’offre sur le marché.
En 2025, les ventes globales de véhicules ont enregistré une progression remarquable de 33,4% par rapport à l’année précédente. Selon les données de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc, elles ont atteint 235.372 unités. Cette performance s’explique notamment par la vigueur de la demande des consommateurs, mais aussi par l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché, en grande partie issus de l’industrie automobile chinoise, dont la présence ne cesse de se renforcer dans le Royaume.







