Info360. Gazoduc Maghreb-Europe: en attendant le gaz de Tendrara, la solution d’inversion des flux est encore possible

La station de compression Metragaz à Tanger a cessé de recevoir le gaz algérien depuis le Gazoduc Maghreb-Europe, à partir du 31 octobre 2021, à minuit.
La station de compression Metragaz à Tanger a cessé de recevoir le gaz algérien depuis le Gazoduc Maghreb-Europe, à partir du 31 octobre 2021, à minuit. . Saïd Kadry / Le360

Plus d’un mois après l’arrêt des livraisons de gaz algérien, le suspense reste entier sur le sort du Gazoduc Maghreb-Europe (GME). L’inversion des flux, les négociations avec l’Espagne, le gaz de Tendrara et le nouveau contrat Sound Energy-ONEE. Pour Le360, une source à l’Onhym a bien voulu apporter des éléments de réponse.

Le 07/12/2021 à 09h41

L’annonce par la présidence algérienne, le 31 octobre dernier, de ne pas reconduire le contrat commercial entre la Sonatrach et l’ONEE, à quelques heures seulement de l’échéance du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe, n’a pas été une surprise pour l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym).

«Malgré des négociations très avancées avec les différentes parties prenantes pour la poursuite du transit du gaz naturel vers l’Espagne à travers le GME, l’annonce, à la fin du mois d’août par l’Algérie, de ne plus utiliser ce gazoduc après le 31 octobre, a laissé augurer de la forte probabilité d’un arrêt des livraisons du gaz à l’ONEE», confie, interrogé par Le360, un haut responsable de l’Onhym.

Anticipant cette situation, l’Onhym a organisé la récupération de la pleine propriété du GME, désormais effective depuis le 1er novembre 2021. A cette date, indique ce responsable, l’Onhym a assuré la gouvernance et la continuité opérationnelle du GME ainsi que le redimensionnement des installations. L’Office public apporte aussi son assistance pour, dit-il, «l’organisation par l’Etat et l’ONEE de solutions alternatives d’approvisionnement connectées à ce gazoduc».

Parmi les solutions alternatives à l’étude, figure le scénario d’inversion des flux (reverse flow) qui, depuis plusieurs semaines, fait l’objet de négociations entre le Maroc et l’Espagne. Dans le milieu énergétique, une rumeur court depuis quelque jours selon laquelle ces négociations n’auraient finalement pas abouti pour des raisons «politiques».

«L’inversion du flux du GME n’est qu’une solution parmi d’autres sources alternatives d’approvisionnement. Elle permet d’alimenter les centrales marocaines (celles fonctionnant au gaz, Tahaddart et Aïn Beni Mathar, Ndlr) depuis l’Ouest du pays à partir de l’Espagne, si cela est nécessaire, mais aussi potentiellement à partir d’une installation maritime d’importation connectée au GME», explique-t-on du côté de l’Onhym, qui mène les négociations, côté marocain, avec la partie espagnole, représentée par Enagás.

Si l’option d’approvisionnement à partir de l’Espagne devait être mise en place, poursuit notre interlocuteur, il ne s’agirait pas de faire venir au Maroc ni du gaz algérien par une voie détournée, comme aimeraient le faire croire certains médias (tout particulièrement les médias algériens, et à leur tête l’agence de presse officielle APS), ni de gaz prélevé sur le marché espagnol, en compétition avec les consommateurs locaux en cette période de flambée des prix.

«Il s’agirait au contraire de gaz acheté par le Maroc sur les marchés internationaux et déchargé en utilisant des infrastructures européennes espagnoles, portugaises ou autres, et envoyé vers le Maroc à travers le GME, par des opérateurs qui sont régis par des règles européennes de libre accès des tiers et de non-discrimination», ajoute cet interlocuteur à l'Onhym.

Rien n’indique pour le moment que le scénario d’inversion du GME a été définitivement écarté. Selon notre source, l’Onhym a organisé en concertation avec l’Etat et l’ONEE la mise en place des moyens techniques et réglementaires pour cette inversion des flux. Mieux encore, pour la première fois, le régulateur espagnol a mis en place un tarif de sortie par le gazoduc GME vers le Maroc, comme c’est le cas vers le Portugal ou la France. «La solution d’inversion des flux pourrait être mise en œuvre sans délai, si la décision était prise pour cela», précise la même source.

Qu'en est-il des répercussions de l’arrêt des livraisons de gaz algérien sur les entreprises marocaines, espagnoles et portugaises impliquées dans la gestion du GME? Il n’y aura aucun impact, assure notre interlocuteur. En revanche, poursuit-il, en même temps que cessait le contrat commercial entre l’ONEE et la Sonatrach, cessaient aussi les contrats commerciaux entre Sonatrach et les sociétés espagnoles et portugaises ainsi que l’accord de transit qui, pour son renouvellement, nécessitait que ces mêmes sociétés signent des contrats de livraison de gaz vers l’Espagne et le Portugal.

Cet interloctaur explique ainsi que l’annonce par l’Algérie au mois d’août de ne pas autoriser l’Espagne à utiliser le gazoduc marocain a entraîné de facto la fin de la convention, le 31 octobre 2021, et aussi la fin de la gestion du GME par les deux sociétés espagnole Naturgy et portugaise Galp et, par conséquent, le passage de cette infrastructure sous le giron de l’Onhym et de sa future filiale, Onhym-Midstream, en charge des infrastructures gazières nationales.

«L’Onhym assure, depuis, la continuité opérationnelle de l’ouvrage, assisté par la société Metragaz, dont le personnel marocain a développé une expérience certaine depuis 25 ans», indique ce même interlocuteur.

Interrogé sur le fait de savoir si l’Onhym serait intéressé par le rachat de Metragaz (comme le laissent croire certaines supputations), cet interlocuteur n’exclut pas cette hypothèse, affirmant que «c’est une option parmi d’autres».

La société Metragaz, créée en juillet 1992, avait, rappelons-le, pour mission de mettre en œuvre les travaux de construction, puis suite à la mise en service du GME, d’assurer les activités d’exploitation et de maintenance des installations du gazoduc. Son actionnariat est composé de l’espagnol Naturgy (77%), du portugais Galp Energia (22%) et de l’Onhym (0,68%).

Par ailleurs, interrogé sur le contrat de fourniture de gaz naturel signé récemment entre la firme britannique Sound Energy et l’ONEE, cet interlocuteur à l'Onhym indique que le gaz produit à Tendrara sera livré aux centrales thermiques de l’ONEE, Tahaddart et Aïn Béni Mathar. La quantité contractuelle annuelle est de 350 millions de m3 par an avec une quantité de «Take or Pay» de 300 millions de m3.

Concrètement, détaille cet interlocuteur, le projet consiste à produire le gaz naturel à travers le forage de plusieurs puits de développement pour atteindre le débit journalier contractuel, traiter le gaz naturel produit à travers l’installation d’une unité de traitement de gaz naturel sur site, à laquelle les puits producteurs seront connectés, puis transporter le gaz traité via un nouveau gazoduc de connexion au GME, qui sera construit sur 120 km. La construction de cette bretelle sera faite dans le cadre de la concession détenue par Sound Energy et l’Onhym, a-t-il précisé.

Notre source nous confie que le contrat de fourniture de gaz naturel à l’ONEE prévoit un délai de réalisation des travaux de 24 mois pour permettre le démarrage de la production, et ce, après la prise de la Décision Finale d’Investissement (FID), la conclusion d’une convention d’interconnexion avec l’opérateur du GME et l’obtention par Sound Energy de l'ensemble des permis et autorisations nécessaires au démarrage de la construction des installations.

Par Wadie El Mouden
Le 07/12/2021 à 09h41