Après avoir frôlé l’assèchement total il y a à peine deux ans, le barrage Al Massira offre aujourd’hui un visage radicalement différent. Sur place, le contraste est frappant: là où s’étendaient encore récemment des terrains ternes et jaunis par la sécheresse, l’eau recouvre désormais de larges étendues, redonnant vie à ce gigantesque réservoir hydraulique, considéré comme le cœur du bassin de l’Oum Er-Rbia.
Selon les dernières données disponibles, le barrage affiche, au 6 mars 2026, un taux de remplissage de 31,73%, soit un volume de 843,13 millions de mètres cubes d’eau. Un niveau inédit depuis décembre 2018. À la même période l’an dernier, la situation était pourtant critique: le taux de remplissage ne dépassait pas 2,3%, pour un volume d’à peine 60 millions de mètres cubes.
Cette amélioration s’explique principalement par les précipitations importantes enregistrées ces derniers mois, mais également par des opérations de transfert d’eau entre barrages. «Depuis le 1er septembre 2025 jusqu’au 1er mars 2026, les apports hydriques enregistrés au barrage Al Massira ont atteint 822 millions de mètres cubes», déclare Saïd Aït Friha, chef du service de planification des ressources en eau et études au sein de l’Agence du bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia.
Le taux de remplissage du barrage Al Massira atteint actuellement 31,73% (A.Gadrouz/Le360).
Dans le détail, 467 millions de mètres cubes proviennent directement des précipitations qui ont alimenté le sous-bassin d’Al Massira. «Les 355 millions m3 restants résultent d’un transfert hydrique, correspondant à un volume d’environ 420 millions m3 acheminé depuis les barrages Ahmed El Hansali et Moulay Youssef, qui affichaient des taux de remplissage compris entre 70% et 90%», ajoute-t-il.
Pour les responsables de la gestion de l’eau, ces précipitations marquent un tournant après plusieurs années particulièrement difficiles. «Ces pluies ont contribué à relever le stock hydrique à des niveaux nettement meilleurs après sept années consécutives de sécheresse, tout en rétablissant une partie de l’équilibre du système hydrique régional», explique Saïd Aït Friha. «Cette amélioration ne signifie pas que nous avons atteint un niveau de sécurité hydrique complet», signale-t-il.
Lire aussi : Barrage Al Massira: un faible taux de remplissage, mais des volumes conséquents et une méga-structure qui reprend vie
La hausse du niveau du barrage ouvre ainsi des perspectives plus favorables pour l’agriculture, notamment dans les périmètres irrigués dépendant de cet ouvrage. «L’amélioration du stock hydrique permettra une meilleure planification des campagnes d’irrigation, tout en préservant les cultures et les arbres fruitiers», souligne Saïd Aït Friha. «Elle contribuera également à alléger la pression sur les nappes phréatiques, fortement sollicitées ces dernières années», ajoute-t-il.
Deuxième plus important barrage au Maroc, Al Massira au bord de l’assèchement. . Le360
«Des lâchers d’eau dédiés à l’irrigation ont été programmés en coordination avec l’Office régional de mise en valeur agricole et les différents intervenants, sur la base d’évaluations techniques précises», indique-t-il. «L’objectif est de trouver un équilibre entre les besoins agricoles et la préservation durable des ressources hydriques», précise-t-il.
Le barrage Al Massira joue un rôle crucial dans l’équilibre hydrique national. Il assure l’approvisionnement en eau potable et industrielle de plusieurs villes, notamment le sud de Casablanca, El Jadida, Safi, Beni Mellal, Settat et Berrechid, ainsi que leurs zones périphériques. Il alimente également le périmètre irrigué de Doukkala, qui couvre près de 97.000 hectares de terres agricoles.
Lire aussi : Stress hydrique: le point sur le barrage Al Massira, second plus grand du royaume
Cette amélioration intervient après une période particulièrement critique. En janvier 2024, le ministre de l’Équipement et de l’Eau avait officiellement annoncé l’assèchement du barrage, lorsque son taux de remplissage était tombé à moins de 1%. Des transferts d’eau d’urgence depuis les barrages Bin El Ouidane et Ahmed El Hansali avaient alors été mobilisés pour éviter sa mise hors service.
Dans le même temps, les autorités continuent de développer l’interconnexion entre les grands ouvrages hydrauliques du pays. «Le projet de liaison entre les barrages Sidi Mohammed Ben Abdellah et Al Massira s’inscrit dans une vision stratégique visant à renforcer la solidarité hydrique entre les bassins et à garantir la sécurité de l’approvisionnement en eau potable», explique Saïd Aït Friha. «Le lancement des travaux est prévu d’ici la fin de l’année», conclut-il.














