Football: la CAF face aux nouveaux enjeux de gouvernance économique

Dr Patrice Motsepe, président de la Confédération Africaine de Football (CAF), et Jozef Síkela, commissaire Européen aux Partenariats Internationaux.

Avec plus de 190 millions de dollars de revenus attendus pour la CAN 2025 et près de 80% de ses recettes concentrées sur une seule compétition, la Confédération africaine de football revendique une mutation stratégique majeure. Mais derrière l’ambition affichée, la gouvernance structurelle du football africain reste un défi majeur.

Le 07/01/2026 à 14h57

La réforme annoncée par la Confédération africaine de football se veut fondatrice. Nouveau calendrier, création d’une Ligue des nations africaine, articulation renforcée avec la FIFA. L’instance panafricaine entend repositionner ses compétitions de sélections dans l’élite du football mondial. Selon le communiqué officiel de la CAF, l’objectif est clair: offrir chaque année une compétition continentale de haut niveau, capable d’attirer systématiquement les meilleurs joueurs africains évoluant dans les grands championnats européens.

Sur le papier, la promesse est séduisante. Dans les faits, elle interroge la nature même du modèle économique de la CAF. Car derrière la rhétorique de la modernisation se cache une réalité beaucoup plus brute: le football africain reste massivement dépendant d’un seul produit, la Coupe d’Afrique des nations.

La nouvelle stratégie prévoit qu’en année de Coupe du monde, les nations africaines qualifiées se consacrent exclusivement à la préparation du Mondial, sans compétition continentale majeure afin d’éviter les conflits de calendrier avec les clubs européens. Pour le président de la CAF, Patrice Motsepe, cette réforme marque un saut qualitatif. «Ces changements permettront aux compétitions africaines de figurer parmi les meilleures au monde», a-t-il déclaré, selon le communiqué officiel. Le message est limpide: aligner l’Afrique sur les standards de gouvernance sportive globale.

Sur le terrain financier, la CAF promet une redistribution inédite. Grâce à un appel d’offres global évalué à près d’un milliard de dollars, l’instance s’engage à verser un million de dollars par an à chacune de ses 54 associations membres, contre 200.000 dollars auparavant. À cela s’ajoutent, selon la CAF, des enveloppes dédiées au football féminin, au développement des jeunes, aux compétitions de clubs et aux ligues zonales. L’argument est puissant: plus de compétitions, plus de droits, plus de redistribution.

Selon Reuters, la Coupe d’Afrique des nations représente historiquement près de 80% du chiffre d’affaires total de la CAF. Une concentration extrême. Autrement dit, l’essentiel des ressources du football africain repose sur un seul événement, organisé tous les deux ans, et exposé à des risques politiques, sécuritaires et commerciaux élevés dans certains pays où le climat politique est précaire.

Pourtant, les chiffres disponibles racontent une histoire plus nuancée

Pour la CAN 2025 organisée au Maroc, Forbes estime les revenus totaux à environ 192 millions de dollars, issus des droits télévisés, du sponsoring, de la billetterie et de l’hospitalité. Le bénéfice net projeté pour la CAF atteindrait 113,8 millions de dollars après déduction des coûts d’organisation. À titre de comparaison, la CAN 2023 en Côte d’Ivoire aurait déjà dégagé près de 80 millions de dollars de bénéfices, selon plusieurs médias internationaux.

La CAN apparaît ainsi comme une machine à cash redoutablement efficace. Elle surclasse très largement, en termes de rentabilité, les autres compétitions africaines: CHAN, Coupe d’Afrique féminine ou même Ligue des champions CAF. Mais cette performance financière pose une question centrale: qui capte réellement la valeur créée?

Pour la CAN 2025, les primes redistribuées aux équipes sont estimées à environ 32 millions de dollars, selon beIN SPORTS. Le vainqueur percevrait 7 millions de dollars et le finaliste 4 millions, d’après Sportune. En clair, à peine un sixième du bénéfice net attendu de la compétition revient directement aux sélections participantes. Le reste est absorbé par la structure centrale, ses frais, ses investissements et ses réserves.

Ce déséquilibre n’est pas marginal; il est structurel. Selon Sportcal, la CAF a sécurisé des accords mondiaux de diffusion et de sponsoring sur plusieurs cycles, souvent via des agences de marketing sportif internationales. Certains de ces contrats, étalés sur plusieurs éditions de la CAN, pourraient atteindre près d’un milliard de dollars, comme l’indique Africa24 TV. Mais depuis plusieurs années de experts et observateurs restent optimistes quant à une nouvelle hausse de redistribution en faveur des fédérations africaines de football.

Face à cette situation, la CAF concentre la propriété des droits, négocie les contrats, encaisse les revenus et décide des flux redistributifs, pour aider et accompagner la viabilité des finances de chaque fédération par un appui conséquent pour développer le football africain.

La réforme engagée par la CAF apparaît ainsi moins comme une rupture que comme une consolidation d’un modèle économique partagé. Un modèle où l’instance continentale joue les rôles d’organisateur, de détenteur de droits et de principal bénéficiaire financier afin de bien mieux consolider sa position de partenaire économique aux fédérations nationales. Les clubs, les ligues et même les fédérations continuent d’évoluer pour la plupart sous la dépendance d’une redistribution alors que la Fifa comme la CAF ont engagé des programmes solides pour l’émergence du football africain.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 07/01/2026 à 14h57