Filiale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), CIH Bank s’impose aujourd’hui comme l’une des principales banques du Maroc. Ahmed Rahhou, nommé en 2009 par le Roi pour redresser cette institution centenaire, revient pour le magazine Jeune Afrique sur les étapes et les choix qui ont permis de transformer une banque en quasi-faillite en un acteur bancaire solide et innovant.
«À son arrivée, le constat était alarmant», écrit Jeune Afrique. Les fonds propres étaient quasiment épuisés, la clientèle et les investisseurs étaient peu enclins à s’intéresser à l’établissement et l’image de la banque était profondément dégradée. «Le CIH était quasiment en faillite», se souvient Rahhou, qui faisait face à un défi que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à surmonter. La banque avait été affaiblie par des détournements et une mauvaise gestion qui avaient abouti à un scandale financier retentissant à la fin des années 1990.
À l’origine, CIH Bank, anciennement Crédit immobilier et hôtelier, se concentrait sur le financement de projets immobiliers et hôteliers. «La réglementation bancaire des années 1990 a cependant imposé aux organismes spécialisés de se transformer en banques commerciales classiques», rappelle le magazine. Cela signifiait que CIH devait désormais collecter des dépôts auprès du public, comme le faisaient ses concurrents, plutôt que de se financer exclusivement sur les marchés. Cette transition coïncidait avec des crises sectorielles majeures. Le tourisme, cœur historique de la banque, était frappé par les attentats de Marrakech en 1994 et par les conséquences de la guerre du Golfe. L’immobilier, autre pilier de l’activité, traversait également une période difficile, provoquant une multiplication des crédits insolvables et accentuant la fragilité de l’établissement.
«Pour relancer la banque, Ahmed Rahhou a mis en place une stratégie duale: traiter les dossiers problématiques hérités du passé tout en construisant un futur solide», précise Jeune Afrique. Une direction spécialisée dans le recouvrement des créances douteuses a été créée, parallèlement à la mise en place d’une équipe chargée de préparer la transformation de la banque. Ancien dirigeant de Lesieur Cristal et fort d’une expérience dans le secteur bancaire, Rahhou a misé sur une réorganisation profonde et une modernisation des méthodes.
L’innovation digitale a rapidement été identifiée comme un levier central de croissance. La banque a investi massivement dans des infrastructures numériques, réinventant son système d’information et ses services en ligne selon les standards internationaux. L’objectif n’était pas de juxtaposer des solutions digitales à l’existant, mais de reconstruire entièrement la plateforme avec une intégration totale du numérique. Cette démarche a permis à CIH Bank de devenir le premier établissement de crédit réellement digital au Maroc, avec 411 millions de connexions sur ses services numériques en 2024. L’initiative a été difficilement reproductible par ses concurrents, car elle nécessitait des investissements considérables et l’abandon partiel de certaines commissions bancaires.
Les innovations ont concerné à la fois les services et les conditions offertes aux clients. La banque a supprimé les délais de traitement des opérations, autorisé la réalisation de transactions dans n’importe quel guichet et offert la gratuité complète pour les jeunes de moins de trente ans et pour les femmes. Ces mesures ont largement contribué à attirer de nouveaux clients, jusqu’à 600 000 par an, renforçant la base clientèle et la collecte de ressources.
Les résultats financiers illustrent l’ampleur de la transformation. Entre 2009 et 2024, le total bilan de CIH Bank est passé de 20 milliards à 150 milliards de dirhams, soit une multiplication par plus de sept, tandis que le produit net bancaire a quintuplé, atteignant 4,7 milliards de dirhams. Les ressources mobilisées auprès de la clientèle se sont élevées à 90 milliards de dirhams, neuf fois plus qu’en 2009. La banque comptait 2,8 millions de clients en 2024, s’installant durablement parmi les quatre plus grandes banques marocaines, derrière Attijariwafa Bank, BCP et Bank of Africa, mais devant les anciennes banques à capitaux français qui la précédaient.
Longtemps considérée comme un poids pour l’État, CIH Bank a quitté en 2018 la liste des entreprises privatisables, marquant sa rentabilité retrouvée. Rahhou, nommé en 2019 ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne puis à la tête du Conseil de la concurrence en 2021, n’a cependant pas pu mener à terme un projet d’expansion en Afrique subsaharienne. L’idée était de créer une banque digitale sans réseau physique, une stratégie qui pourrait être poursuivie par la nouvelle direction.








