De Johannesburg à Casablanca, du Caire à Lagos, les grandes places ont été propulsées par un double mouvement de normalisation monétaire et de réallocation mondiale vers les actifs émergents.
En 2025, la Johannesburg Stock Exchange (JSE) demeure la première place financière du continent. L’indice FTSE/JSE All Share (SAALL) a clôturé l’année à 115.832,28 points, après avoir atteint un record historique à 117.528,9 points en décembre, enregistrant une performance annuelle d’environ +37%, selon les données de marché relayées par Reuters et les statistiques JSE. Cette envolée est portée par la flambée des valeurs minières, le raffermissement du rand (+13% face au dollar sur l’année, sa meilleure performance depuis 16 ans) et le retour massif des flux internationaux vers les marchés émergents sud-africains.
Mais derrière Johannesburg, c’est désormais l’Afrique du Nord qui s’impose comme la nouvelle frontière de la finance africaine.
La Bourse de Casablanca a signé en 2025 l’une des performances structurelles les plus solides de son histoire. Selon le Résumé annuel 2025 de la Bourse de Casablanca, l’indice MASI s’est établi à 18.846,35 points, en hausse de +27,57% sur l’année. Cette progression n’est pas une simple reprise cyclique, elle s’accompagne d’un véritable changement de régime du marché.
| Rang | Bourse | Niveau fin 2025 | Performance | Capitalisation fin 2025 | Volume / Valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Johannesburg (JSE) | 115.832 pts | ≈ +37% | ≈ 1.200 Md USD | ≈ 450 Md USD (actions) |
| 2 | Bourse de Casablanca | 18.846,35 pts | +27,57% | 1.040,7 MMDH | 161,14 MDH |
| 3 | Egyptian Exchange (EGX) | 41.828,97 pts | ≈ +50% | 2.998,9 Md EGP | ≈ 19.300 Md EGP (tous marchés) |
| 4 | Nigerian Exchange (NGX) | 153.539,83 pts | +45,9% | ₦97.890 Md | ₦7.780 Md |
| 5 | BRVM (UEMOA) | - | +8,1% | ≈ 17.500 Md FCFA | ≈ 1.050 Md FCFA |
La capitalisation boursière a atteint plus de 1.040 milliards dirhams (MMDH), un seuil symbolique qui place Casablanca très loin devant toutes les autres places d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Dans le même temps, le volume global des transactions s’est élevé à 161 MMDH, confirmant la profondeur retrouvée du marché national, une dynamique alimentée par une forte rotation sectorielle, notamment les banques, les infrastructures, l’énergie, les mines et la santé qui ont tous constitué l’ossature du rallye, avec des capitalisations dominées par Attijariwafa Bank, Maroc Telecom, Managem, Marsa Maroc, BCP ou encore TAQA Morocco, qui figurent parmi les dix premières capitalisations de la cote à fin 2025.
Le Maroc, seule place africaine à combiner performance, profondeur et stabilité
Ce qui distingue Casablanca de ses concurrents africains n’est pas seulement la performance boursière, mais la qualité de son socle macro-financier. Le marché national affiche à la fois une hausse à deux chiffres, une liquidité élevée, une base institutionnelle solide et une monnaie relativement stable. Contrairement à l’Égypte ou au Nigeria, dont les marchés ont été gonflés par des effets de change et d’inflation, la progression marocaine reflète un véritable re-rating des actifs réels.
Dans cette dynamique de performance quasi généralisée, les indices MASI en devises confirment cette lecture. Le MASI en dollars progresse de +41,62% en 2025 et le MASI en euros de +25,52%, selon les indices de fin d’année de la Bourse de Casablanca, ce qui signifie que le marché marocain a généré un rendement réel très élevé pour les investisseurs internationaux.
Derrière Casablanca, Le Caire effectue un retour spectaculaire. Selon le rapport officiel EGX – 4ème trimestre 2025, l’indice EGX 30 a clôturé la période à 41.828,97 points, avec une hausse de +14,07% sur le seul dernier trimestre et une performance annuelle proche de +50% .
Bourse de Johannesbourg - Johannesburg Stock Exchange (JSE)
La capitalisation totale de l’EGX égyptien atteint 2.998,9 milliards de livres égyptiennes à fin décembre 2025, en progression de près de 16% sur le trimestre, tandis que la valeur totale échangée sur l’ensemble des marchés (actions, obligations, bons du Trésor) dépasse 4.905 milliards de livres égyptiennes sur le seul quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, la valeur cumulée des transactions dépasse les 19.000 milliards EGP, confirmant le retour de l’Égypte comme troisième place financière du continent.
Même dynamique pour la Nigerian Exchange (NGX) qui a également connu une année 2025 de crue. L’indice NGX All-Share a terminé l’année à 153.539 points, en hausse de +45,9%, tandis que la capitalisation boursière s’est établie à 97.890 milliards de nairas et la valeur totale échangée à environ 7.780 milliards de nairas, selon les rapports de la NGX de décembre 2025.
Portée par la stabilisation du naira, la reprise des investissements étrangers et l’essor des valeurs bancaires, télécoms et fintech, Lagos s’impose comme la quatrième place financière d’Afrique, devant l’ensemble des marchés d’Afrique de l’Ouest pris individuellement.
Une nouvelle cartographie financière du continent
À l’issue de 2025, la hiérarchie boursière africaine est claire. Johannesburg reste le géant continental, mais le véritable choc stratégique vient de Casablanca, qui s’impose comme le hub financier le plus stable, le plus liquide et le plus crédible d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Derrière elle, Le Caire et Lagos redeviennent des pôles majeurs, tandis que la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan) complète le Top 5 de l’espace UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine).
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Cette recomposition confirme une tendance lourde: l’Afrique n’est plus une périphérie financière, mais un archipel de places connectées, où le Maroc occupe désormais une position centrale entre les marchés européens, africains et moyen-orientaux.
En franchissant en 2025 le seuil symbolique des 1.000 MMDH de capitalisation et en affichant l’une des meilleures performances réelles du continent, la Bourse de Casablanca a changé de catégorie. Elle n’est plus une bourse régionale, mais une place émergente de rang international, capable d’attirer des capitaux globaux, de financer des champions africains et d’ancrer le Maroc comme pivot financier de l’Atlantique africain.
















