Barrages, dessalement, transferts d’eau… Comment le Maroc restructure son mix hydrique

La station de dessalement d'eau de mer de Jorf Lasfar. (MAP)

Barrages, stations de dessalement, autoroutes de l’eau, re-use... Le Maroc mise désormais sur un mix hydrique reposant sur plusieurs sources d’approvisionnement afin de mieux s’adapter aux variations des précipitations.

Le 06/03/2026 à 09h30

Le Maroc dispose aujourd’hui de 156 grands barrages. Leur capacité totale de stockage atteint 20,8 milliards de m³, selon Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, qui s’exprimait lors d’un ftour-débat organisé lundi dernier par l’Alliance des ingénieurs istiqlaliens.

Parallèlement, 7 grands barrages ont été mis en eau depuis 2022. Et pas moins de 14 grands barrages et 5 barrages moyens sont actuellement en construction, pour une capacité globale estimée à 5 milliards de m³. Trois autres projets doivent être lancés au cours de l’année. Toujours d’après Nizar Baraka, ces investissements doivent permettre d’augmenter la capacité nationale de stockage. Celle-ci devrait atteindre 25,8 milliards de m³.

Le réseau national compte également 150 petits et moyens barrages, retenues collinaires comprises. Un programme prévoit le lancement ou la réalisation de 155 nouveaux petits ouvrages d’ici 2027, répartis sur l’ensemble du Maroc. Pour le ministre, «cet effort s’inscrit dans un programme d’investissement engagé depuis plusieurs décennies. La capacité de stockage du pays est passée de quasiment zéro en 1956 à plus de 20 milliards de m³ aujourd’hui».

Comment le dessalement gagne du terrain

La succession des années de sécheresse entre 2018 et 2025 a fait ressortir les limites d’un modèle reposant uniquement sur les barrages, fait remarquer Nizar Baraka. C’est pourquoi le Maroc a accéléré le développement du dessalement de l’eau de mer.

Le ministre indique que la production nationale issue du dessalement a fortement progressé. Elle se situait autour de 40 millions de m³ en 2021. Elle s’élève aujourd’hui à 350 millions de m³ par an, le Maroc comptant désormais 17 stations opérationnelles.

L’objectif fixé au niveau national consiste à atteindre 1,7 milliard de m³ par an à l’horizon 2030. À terme, ces infrastructures devraient couvrir près de 60% des besoins en eau potable du pays. Elles doivent également sécuriser l’alimentation des grandes métropoles comme Casablanca, Rabat, Tanger ou Agadir, ainsi que celle de plusieurs villes côtières. Le dessalement doit également soutenir l’agriculture. Sur la production prévue, 500 millions de m³ seront orientés vers l’irrigation. Ces volumes permettront d’irriguer près de 100.000 hectares, fait savoir le ministre.

À Dakhla, environ 5.200 hectares doivent bénéficier des eaux issues de ces infrastructures. À Nador, une station de dessalement doit entrer en service au mois de juin prochain. Dans la région du Souss, le développement du dessalement doit également permettre de remettre en exploitation des surfaces agricoles abandonnées ces dernières années faute d’eau, notamment autour de Taroudant.

La stratégie nationale mise aussi sur le transfert d’eau entre bassins hydrauliques. Une première infrastructure relie déjà les bassins du Sebou et du Bouregreg. Selon le ministre, environ 953 millions de m³ ont été transférés entre août 2023 et décembre 2025, ce qui a permis de sécuriser l’approvisionnement en eau de l’axe Rabat-Casablanca. Cette liaison hydraulique, réalisée en urgence entre fin 2022 et août 2023, dispose d’un débit de 15 m³ par seconde pour un coût d’investissement d’environ 6 milliards de dirhams.

D’après Nizar Baraka, ce transfert a été suspendu après l’amélioration du niveau de remplissage du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah en décembre, mais l’infrastructure demeure opérationnelle. Signalant que «ce projet constitue la première étape d’un dispositif plus large souvent désigné comme l’autoroute de l’eau», le ministre note que «ce système doit relier plusieurs bassins hydrauliques du nord et du centre du pays».

La deuxième phase du projet envisage, par ailleurs, l’extension du transfert Sebou-Bouregreg vers le bassin de l’Oum Er-Rbia. Son lancement est prévu à la fin de l’année 2026. L’infrastructure, longue d’environ 210 kilomètres, devrait fonctionner avec un débit compris entre 30 et 45 m³ par seconde et permettre le transfert d’environ 1,2 milliard de m³ par an, détaille-t-il.

La troisième phase, actuellement planifiée, concerne la liaison Laou-Loukkos-Sebou. Ce projet vise à renforcer l’interconnexion des bassins hydrauliques du nord du pays. À terme, il permettra de transférer près de 1,2 milliard de m³ d’eau par an, afin de garantir l’approvisionnement en eau potable des populations concernées et de soutenir l’irrigation de plusieurs périmètres agricoles, notamment dans les régions des Doukkalas, de la Chaouia et du Tadla, apprend-on.

Le re-use s’installe dans la gestion de l’eau

À la fin de l’année 2025, 14 villes disposent de stations d’épuration, permettant de produire environ 52 millions de m³ d’eaux usées traitées par an. Ces volumes sont utilisés pour l’arrosage des espaces verts, des voiries et des terrains de sport, ce qui permet de préserver les ressources conventionnelles. Le Maroc prévoit de porter ce volume à 100 millions de m³ par an d’ici 2027, annonce Nizar Baraka.

Comment cette stratégie se décline-t-elle au niveau des bassins hydriques? Au niveau du bassin de l’Oum Er-Rbia, le programme prévoit, selon Nizar Baraka, la construction ou la surélévation de 8 barrages, pour une capacité globale de 1.780 millions de m³. L’objectif consiste à porter la mobilisation des ressources à environ 2.370 millions de m³ par an, transferts compris. Le dessalement, quant à lui, doit apporter 433 millions de m³ par an. La réutilisation des eaux usées devrait passer à 42 millions de m³, tandis que la collecte des eaux pluviales pourrait fournir environ 80 millions de m³ par an, souligne le ministre.

Le bassin du Tensift figure parmi les zones les plus exposées au stress hydrique. Pour y faire face, il est prévu de construire ou de surélever pas moins de cinq grands barrages, pour une capacité de 750 millions de m³. L’offre en eau de surface se situera à environ 821 millions de m³ par an. Le dessalement doit représenter 288 millions de m³ par an. La réutilisation des eaux usées devrait se situer à 56 millions de m³, complétée par environ 80 millions de m³ issus de la collecte des eaux pluviales.

À Souss-Massa, la stratégie du bassin vise à renforcer les ressources en eau tout en développant le dessalement. Le programme prévoit ainsi la réalisation de 4 grands barrages et d’un barrage moyen, pour une capacité de stockage de 333 millions de m³. L’offre en eau de surface s’élèvera à environ 404 millions de m³ par an. Le dessalement doit fournir 554 millions de m³ par an. La réutilisation des eaux usées devrait atteindre 48 millions de m³, tandis que la collecte des eaux pluviales pourrait représenter environ 5 millions de m³ par an.

Enfin, dans le bassin de la Moulouya, Nizar Baraka annonce que la stratégie locale combine aussi barrages, dessalement et réutilisation des eaux. Le programme prévoit la surélévation d’un grand barrage existant et la construction de huit nouveaux barrages, pour une capacité globale de 715 millions de m³. L’offre en eau de surface devrait grimper à environ 760 millions de m³ par an. Dans ce schéma, la station de dessalement prévue à Nador doit produire environ 300 millions de m³ par an. La réutilisation des eaux usées devrait, quant à elle, atteindre 37 millions de m³, tandis que la collecte des eaux pluviales pourrait monter à environ 50 millions de m³ par an.

Par Hajar Kharroubi
Le 06/03/2026 à 09h30