Un parcours atypique, une passion sans faille pour l’art née à l’adolescence, une carrière d’artiste forgée entre les deux rives de la Méditerranée, et enfin, l’ambition de démocratiser l’art à travers le Maroc en s’inscrivant dans le sillage de la vision portée par le roi Mohammed VI…. Mehdi Qotbi est un personnage haut en couleur, à l’image de son art.
Alors que sa vie fait l’objet d’un film qui paraîtra bientôt en salles, «L’homme des signes», réalisé par Zhor Fassi-Fihri, Mehdi Qotbi dont le personnage sera porté à l’écran par Vincent Elbaz était l’invité principal de l’émission «La Grande galerie francophone», consacrée aux artistes francophones qui sont au cœur de l’actualité et font bouger les lignes.
Face à Ali Baddou et ses chroniqueurs -Nathalie Lesage, Fabrice Bousteau, Laurianne Melierre, Margaux Beytout, Charly Voodoo, Alex Vizorek- l’artiste marocain a déroulé le fil d’une partie de sa vie, évoquant tour à tour les souvenirs du Lycée militaire de Kénitra où il fit sa première rencontre avec l’art en dessinant un tigre sur les murs du local mis à la disposition des scouts de l’établissement, jusqu’à son arrivée à Toulouse, sans le sou, où il sera accueilli par des abbés et des frères. «Ils m’ont ouvert leurs portes alors que je suis de religion musulmane. C’est inoubliable. Je pense que je leur dois beaucoup parce qu’ils m’ont nourri, ils m’ont logé, et ils m’ont donné la possibilité d’aller aux Beaux-Arts», se remémore-t-il.
De son arrivée à Paris, il garde le souvenir de sa découverte de Monet au Musée de l’Orangerie lorsqu’il tombe littéralement amoureux des «Nymphéas». «Une œuvre qui a habillé mon âme», explique-t-il à Ali Baddou, avant d’évoquer son admiration pour Delacroix avec une fascination particulière pour son tableau «Les noces juives», en particulier pour le traitement de la lumière qui y est fait.
Si certains artistes cherchent à travers leur art la reconnaissance, Qotbi lui est en quête d’amour, explique-t-il, un amour dont il a manqué dans son enfance. Sur cette période de sa vie, l’artiste reste discret, jetant dessus un voile de pudeur, évoquant au détour d’une phrase la misère et l’analphabétisme de ses parents.
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Un pan du mystère qui entoure ses œuvres, dans lesquelles certains établissent une comparaison avec la calligraphie, se lève. Dans les signes que l’artiste peint, dans la palette de couleurs avec laquelle il joue comme un musicien, il y a son propre langage, un langage universel. «Ça parle par les couleurs, par la gestuelle», explique-t-il avant de se livrer un peu plus. «J’étais tellement seul à la maison. Mon père ne sachant ni lire ni écrire m’obligeait à lire. Dans cette obligation de lecture -étant donné que j’étais obligé de regarder mon père- il pensait qu’en regardant un livre on pouvait savoir lire. Mais il n’a pas compris qu’il fallait toute une préparation pour au moins déchiffrer. Et donc je voyageais à travers ces lettres et je dessinais dans ma tête. C’est beaucoup plus tard que j’ai deviné que tout ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui comme peinture était influencé par cette jeunesse et cette enfance», se remémore-t-il.
Aujourd’hui considéré comme un peintre majeur de la scène marocaine et méditerranéenne, Mehdi Qotbi est décrit comme «un passeur de culture», un acteur essentiel des relations franco-marocaines, tissées à travers une trame artistique qui relie les deux rives de la méditerranée.











