Trafic de voitures: un réseau de faux papiers démantelé entre le Maroc, l’Espagne et l’Algérie

Des voitures dans un garage.. DR

Revue de presseLes autorités espagnoles, en coordination avec leurs homologues marocaines, ont démantelé un réseau spécialisé dans la falsification de documents de véhicules achetés au Maroc puis revendus en Algérie comme voitures d’origine européenne. Une enquête d’envergure est en cours. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 27/02/2026 à 21h28

Les autorités sécuritaires espagnoles ont récemment démantelé un réseau criminel spécialisé dans la falsification de documents de véhicules volés au Maroc, avant leur revente en Algérie sous couvert d’une origine européenne et d’une prétendue destination à l’export. Cette opération d’envergure, menée à l’issue d’un long travail de surveillance et de traçage, a permis la saisie de six voitures, tandis que les investigations se poursuivent pour déterminer l’étendue exacte des activités de cette organisation aux ramifications transnationales, écrit le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 28 février et du 1er mars.

Les véhicules saisis avaient été achetés neufs au Maroc avant d’être acheminés vers l’Espagne. Une fois sur le territoire européen, les membres du réseau procédaient à la falsification complète des documents administratifs afin de transformer ces voitures en véhicules d’origine européenne. Elles étaient ensuite réexpédiées vers l’Algérie, en coordination avec des réseaux d’escroquerie implantés localement, et revendues comme des voitures importées légalement.

Les enquêteurs cherchent désormais à établir le nombre total de véhicules concernés par ces manipulations, non seulement en Espagne mais également dans d’autres pays européens où des complicités sont suspectées. Les voitures ainsi «blanchies» sur le plan administratif étaient ensuite exportées vers des ports algériens, échappant aux dispositifs de contrôle classiques grâce à des dossiers parfaitement falsifiés, lit-on dans Assabah.

Le mode opératoire du réseau reposait sur une ingénierie frauduleuse particulièrement élaborée. Parmi les techniques employées figurait l’escroquerie aux sociétés de crédit à la consommation. Les membres du réseau créaient des sociétés fictives dans le seul but d’obtenir des financements pour l’acquisition de véhicules via des contrats de leasing. Une fois les voitures obtenues, elles étaient rapidement transférées en Espagne, où d’autres membres du réseau prenaient le relais pour en modifier l’identité administrative.

Cette mécanique bien huilée a rapidement éveillé les soupçons de plusieurs sociétés de financement, incapables de récupérer les mensualités dues. Face à l’accumulation des impayés, certaines entreprises ont saisi la justice après avoir constaté l’impossibilité de localiser les véhicules financés, souligne Assabah. Disparues des radars, ces voitures ne pouvaient faire l’objet d’aucune saisie, les documents présentés par les emprunteurs étant falsifiés et les sociétés contractantes n’existant souvent que sur le papier.

Au Maroc, la Brigade nationale de la police judiciaire a procédé à l’arrestation de plusieurs individus soupçonnés d’implication dans ces opérations frauduleuses. Les investigations se poursuivent pour identifier d’autres complices, alors que les autorités espagnoles ont, de leur côté, procédé à des arrestations et à des saisies en coordination étroite avec leurs homologues marocains. Cette coopération sécuritaire illustre l’ampleur internationale du réseau, dont les tentacules s’étendraient à travers l’Europe et plusieurs pays d’Afrique du Nord, notamment l’Algérie, la Tunisie et la Libye.

Le réseau aurait bénéficié de complicités au sein du secteur bancaire et parmi certains professionnels intervenant dans les secteurs liés à l’immatriculation et à l’exportation de véhicules. Les enquêteurs s’emploient à identifier ces soutiens internes, susceptibles d’avoir facilité l’obtention de financements ou la validation de documents falsifiés.

Le préjudice financier serait considérable. Les sociétés de financement auraient perdu des sommes se chiffrant en milliards de centimes, conséquence directe de la disparition des véhicules et de l’insolvabilité organisée des sociétés fictives. Face à l’ampleur du dossier et à sa dimension transfrontalière, le recours à la coopération policière internationale, notamment via Interpol, n’est pas exclu afin de traquer les membres du réseau opérant hors du territoire marocain et espagnol.

Les interrogatoires menés par les enquêteurs marocains ont permis d’obtenir des informations précises sur la structure du réseau, sa hiérarchie et ses méthodes de fonctionnement. Ces éléments pourraient ouvrir la voie à de nouvelles interpellations et à un élargissement de l’enquête dans les semaines à venir. Cette affaire met en lumière les failles exploitées par les réseaux criminels dans les circuits de financement automobile et les échanges transfrontaliers, tout en soulignant l’importance de la coopération internationale face à une criminalité de plus en plus structurée et mobile.

Par La Rédaction
Le 27/02/2026 à 21h28