Ramadan 2026: entre récolte record et spéculation, le marché des dattes sous tension à l’approche du Ramadan

Étalage de dattes au marché de Derb Milan à Casablanca. (S.Bouchrit/Le360)

Le 02/02/2026 à 15h04

VidéoÀ l’aube du Ramadan 2026, le Maroc bénéficie d’une récolte de dattes exceptionnelle de 160.000 tonnes, en progression de 55% selon le ministère de l’Agriculture. Pourtant, au marché de Derb Milan à Casablanca, cette abondance se heurte à une fermeté inattendue des prix, entre nouvelles licences d’importation et stratégies de stockage spéculatives. Si la disponibilité des stocks est garantie pour le mois sacré, qu’en sera-t-il réellement du pouvoir d’achat des ménages? Le360 s’est rendu sur place pour décrypter les paradoxes d’un marché sous tension. Reportage.

Produit emblématique de la rupture du jeûne, la datte occupe une place centrale sur les tables marocaines durant le mois de ramadan. À quelques semaines du mois sacré, le marché de Derb Milan à Casablanca se pare de ses plus belles couleurs et se remplit de l’odeur sucrée des dattes fraîchement arrivées.

Dattes marocaines, tunisiennes, saoudiennes ou égyptiennes cohabitent sur les étals, donnant l’impression d’une offre abondante, qui s’explique notamment par une récolte marocaine exceptionnelle cette saison: plus de 160.000 tonnes sont attendues pour 2025‑2026, soit une progression de 55% par rapport à l’an dernier, selon le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts. Ce chiffre a été rendu public le 29 octobre 2025 à Erfoud, lors de l’ouverture de la 14ème édition du Salon international des dattes (SIDATTES), puis publié officiellement le 30 octobre 2025 sur la plateforme institutionnelle de l’État.

Pourtant, malgré ces volumes largement suffisants, la tension sur les prix se fait sentir, et le marché semble étonnamment calme, avec moins de visiteurs que prévu.

«Cette année, les prix ont augmenté, surtout pour les variétés importées», explique un vendeur de gros rencontré sur place. Selon lui, cette hausse découle d’une décision administrative récente: depuis le 24 décembre, toute cargaison de dattes entrant sur le territoire national doit être accompagnée d’une licence d’importation. Une mesure pensée pour mieux réguler le marché et protéger la production nationale, mais qui a provoqué, dans un premier temps, un ralentissement des flux d’importation.

Dans les allées du marché de Derb Milan, les prix des dattes varient sensiblement selon les variétés. Les dattes tunisiennes se vendent en gros autour de 30 dirhams le kilo, les Feggouss entre 50 et 60 dirhams, le célèbre Majhoul entre 60 et 80 dirhams, tandis que les Jihels se négocient de 30 à 35 dirhams. Les Bousthammi restent abordables, entre 20 et 25 dirhams, et le Sukari atteint désormais environ 35 dirhams. «Avant, le Sukari se vendait autour de 27 dirhams. Aujourd’hui, on est plutôt à 35 dirhams», confie un commerçant, évoquant une hausse difficile à absorber pour de nombreux consommateurs.

Mais cette hausse ne s’explique pas seulement par les contraintes administratives. Les vendeurs pointent aussi des pratiques de stockage: certains commerçants gardent leurs dattes dans des camions ou entrepôts, retardant volontairement leur mise sur le marché jusqu’au début de Chaâbane et du Ramadan pour profiter du pic de demande.

En limitant l’offre disponible, les opérateurs créent une rareté artificielle qui fait grimper les prix des variétés les plus recherchées, comme le Sukari ou le Majhoul. «Le marché est moins animé pour l’instant parce que certains opérateurs attendent le moment opportun pour vendre. L’offre existe, mais elle est fragmentée», confie un grossiste.

Cette stratégie permet aux commerçants de maximiser leurs marges, mais elle déforme la perception réelle du marché. «Il y a des dattes, mais tout n’est pas mis en vente en même temps», ajoute-t-il.

Malgré cette situation, les autorités et les opérateurs du secteur se veulent rassurants quant à l’approvisionnement du marché. Les stocks disponibles, notamment ceux conservés, seraient suffisants pour couvrir largement les besoins du mois de ramadan. «Il n’y a pas de pénurie. La marchandise existe, mais les prix sont plus élevés», insiste un vendeur au marché de gros de Derb Milan. Reste à voir si cette abondance saura répondre aux attentes des consommateurs durant le mois sacré.

Par Najwa Targhi et Said Bouchrit
Le 02/02/2026 à 15h04