Marrakech: dégradation accélérée de l’esplanade Moulay El Hassan

Les motocyclistes s'aventurent sur les passages réservés aux piétons, dans l'esplanade Moulay El Hassan, qui vient d'être inaugurée à Marrakech. 

Les motocyclistes s'aventurent sur les passages réservés aux piétons, dans l'esplanade Moulay El Hassan, qui vient d'être inaugurée à Marrakech.  . Ayoub Ibnoulfassih / Le360 (capture image vidéo)

Le 15/06/2022 à 09h43

VidéoDeux mois à peine après son inauguration, l’esplanade Moulay El Hassan se décrépit déjà. Omniprésence des deux-roues sur les voies piétonnes, déchets aux abords des parkings... Autant de facteurs qui précipitent la dégradation de ce bel havre de paix qui aura coûté pas moins de 53,9 millions de dirhams! Visite.

Samedi 11 juin, 20 heures. Après l’impitoyable canicule de la journée et à mesure qu’approche le crépuscule, les Marrakchis affluent dans les jardins et parcs de la ville dans l'espoir d'y trouver un peu de fraîcheur. Petites et grandes étendues de pelouse sont prises d’assaut par les habitants, qui se livrent à des activités diverses: deux amoureux qui flirtent par ci, une bande de potes jouant une partie de cartes par là, voire un peu plus tard le soir, un groupe d’amis assis au sol autour de la dégustation d'une tanjia, plat très apprécié, même par temps chaud.

Parmi les espaces les plus sollicités par les familles et couples en quête d’une paisible balade en ville, il y a l’esplanade Moulay El Hassan. Récemment inauguré par les autorités locales, le parc, dont la superficie s’étend sur 17 hectares a coûté à la ville la coquette somme de 54 millions de dirhams, supportée en grande partie par la direction générale des collectivités territoriales (à hauteur de 42,5 millions de dirhams), le ministère de l’Education nationale, du préscolaire et des sports (10 millions de dirhams) contre une maigre mise de la commune urbaine de Marrakech (1,4 million de dirhams).

Vu l’étendue de sa superficie, ce parc est présentée par la commune comme le «poumon» de la ville, à même de renforcer la vocation écologique de Marrakech et développer une promenade (N’Zaha) entre la mythique Ménara et la porte de la Médina, en proposant des ambiances végétales typiques (oliveraies, vergers, palmeraies, désert de pierres et de sable)».

Il aura fallu attendre trois années de travaux avant que cet espace ne devienne à nouveau accessible au grand public. Et à se fier aux émulations suscitées au lendemain de l’inauguration, le résultat est jugé, dans un premier temps, plutôt satisfaisant: le choix des matériaux, et des plantations surtout -adaptées au climat aride de Marrakech- procure à l’esplanade un design sobre, opposant tradition à un style minimaliste moderne.

Mais ce qui semble, du haut des terrasses du grand centre commerciale limitrophe, un beau parc, s’avère être de près, un véritable fiasco. A en juger la situation actuelle, le parc entre petit à petit dans un état de délabrement avancé. Près des fontaines centrales, le zellige du sol se décolle déjà! Mauvaises herbes et ordures trônent aux abords des parkings de voiture. Les toilettes sont inexistantes dans l’ensemble du parc. Le pire: des deux-roues éparpillées tout au long de l’allée principale du Menzeh…

Pour les habitants et représentants de la société civile, la pilule est difficile à avaler, pour cet espace qui vient à peine d’être mis en service.

La stupeur atteint son paroxysme avec la circulation ininterrompue des motos sur les trottoirs et chaussées piétonnes. «C’est un véritable cauchemar. C’est la première et dernière fois que je ramène mon enfant ici», s’indigne un parent. Idem pour les sportifs, qui sont de moins en moins nombreux à s’y rendre pour leur entraînement. «L’omniprésence des motos, avec toute cette fumée issue des pots d’échappement, fait qu’il est de plus en plus difficile d’y faire un jogging», se désole un adepte de la course à pied. Pourtant, la commune vient d’y installer plusieurs signalisations destinées aux motards et conducteurs des deux-roues leur interdisant l’accès. Et les agents de sécurité ont beau les rappeler à l’ordre… C'est peine perdue. 

Devant ce degré inouï d’incivisme, le dispositif de contrôle mis en œuvre s'avère inefficace. La plupart des contrevenants sont rappelés à l’ordre par des agents présents sur place qui, parfois, font l’objet d’intimidations. «On a beau rappeler à l’ordre les motocyclistes, il reviennent toujours là», explique un agent de sécurité rencontré dans ces lieux.

La multiplicité d’acteurs impliqués dans la rénovation de cet espace remet à l’ordre du jour une question: à qui incombe la préservation du patrimoine écologique de la ville de Marrakech?

Pour les représentants de la société civile, la réponse est catégorique: la prise en charge des infrastructures locales est tributaire d’une réponse collective, ce qui, au préalable, requiert un changement de perception. «Ces espaces ne sont pas simplement des espaces de divertissement, mais jouent un rôle environnemental et écologique. D’où l’impératif d’impliquer davantage les citoyens dans leur sauvegarde», martèle Boujemaa Belhand, expert dans le domaine de l’éducation environnementale.

Par Ayoub Ibnoulfassih
Le 15/06/2022 à 09h43