Rabat et Salé ont vécu, ce jeudi 25 juin, une soirée sous le signe d’une vigilance sécuritaire sans précédent. Alors que les festivités de l’Achoura battaient leur plein, plusieurs quartiers populaires des deux cités jumelles ont basculé dans la violence, contraignant les autorités locales, les services de police et les sapeurs-pompiers à une intervention d’urgence, rapporte Al Akhbar de ce week-end (27 et 28 juin).
À Salé, dans les secteurs de Sidi Moussa, Aïn Biaat et Al Karia, comme dans certains quartiers de Rabat, des groupes de jeunes ont embrasé des pneus et des bacs à ordures au milieu des chaussées, dressant des barricades sauvages tandis que pétards et feux d’artifice éclataient en rafales. Une atmosphère d’insécurité s’est rapidement installée, avivée par la propagation des flammes à proximité d’édifices administratifs et de véhicules en stationnement, semant l’effroi parmi les riverains.
Face à cette flambée de violences, les forces de l’ordre sont intervenues pour rétablir la quiétude sur l’espace public et rouvrir les axes routiers paralysés par les incendies. À certains endroits, leurs unités ont essuyé des tirs de projectiles et des jets de pétards, nécessitant le renfort de plusieurs escadrons sécuritaires. À l’issue de ces opérations, de nombreux suspects, dont plusieurs mineurs, ont été interpellés pour participation à des attroupements tumultueux, entrave à la circulation et destruction par le feu.
Dans un éditorial consacré à ces événements, le quotidien Al Akhbar rapporte un drame plus intime: un enfant aurait perdu la vue après l’explosion d’une bouteille contenant des produits chimiques, tandis qu’un autre a été touché à l’œil par un pétard. «Ces accidents, aussi tragiques que récurrents, sont attribués dans l’imaginaire collectif aux rites de l’Achoura, alors même que la conscience religieuse récuse fermement de tels agissements, jugés contraires à l’esprit et à la lettre de la foi», précise l’éditorialiste du journal.
«On ne saurait tolérer plus longtemps ces pratiques héritées de générations en générations, avec ce qu’elles charrient de dérives et de périls pour la sécurité des citoyens, et singulièrement des enfants, qui en paient chaque année le prix fort», relève-t-il. Il faut y ajouter, insiste-t-il, l’épuisante mobilisation des services de sécurité, contraints de déployer des moyens considérables pour juguler des agissements qui, dans leur gravité relèvent bel et bien de la qualification criminelle.
«Il est dès lors impératif de repenser en profondeur l’éducation des générations futures, de les éveiller et de les sensibiliser au fait que ces usages, accolés aux célébrations de l’Achoura, heurtent de front la loi, la morale, l’éthique religieuse, ainsi que les exigences élémentaires de santé, de sécurité et de protection contre les risques», indique l’éditorialiste du quotidien. Et de rappeler que le Code pénal ne fait aucune exception pour Achoura: «Il réprime avec la même sévérité les délits d’incendie, l’obstruction des voies publiques entravant la circulation des passants, des ambulances et des pompiers, et toute forme de violence ou d’agression envers les forces de l’ordre», conclut l’éditorialiste d’Al Akhbar.




