Entre soutien croissant à des initiatives législatives, signaux diplomatiques et pressions à peine voilées, les États-Unis durcissent progressivement leur posture face au Front Polisario et son principal soutien, l’Algérie. Le cumul récent de prises de position, d’avertissements et de décisions diplomatiques alimente l’idée d’une stratégie américaine de plus en plus offensive.
Pas plus loin que vendredi dernier, la dynamique politique américaine visant à faire reconnaître le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère connaît une accélération notable. Le dernier développement en date concerne le soutien officiel du parlementaire républicain Pat Harrigan, venu renforcer un projet de loi déjà soutenu par plusieurs figures influentes du Congrès. Cette prise de position s’inscrit dans la continuité d’une proposition bipartisane introduite en mai 2025 par le républicain Joe Wilson et le démocrate Jimmy Panetta. Le texte vise explicitement à contraindre l’administration américaine à examiner formellement l’inscription du Front Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères.
L’adhésion de Pat Harrigan, officialisée le 13 février, constitue une avancée politique significative. Ancien militaire des forces spéciales américaines, notamment des Green Berets, Harrigan s’est ensuite engagé dans le monde des affaires avant de se lancer en politique sous la bannière du Parti républicain. Son profil, fortement ancré dans les questions de sécurité nationale et de défense, confère une crédibilité stratégique supplémentaire à cette initiative législative. Membre du Comité des forces armées à la Chambre des représentants, Harrigan incarne une frange du Congrès particulièrement sensible aux enjeux sécuritaires et à la lutte contre le terrorisme transnational. Son soutien vient ainsi consolider un front politique déterminé à faire évoluer la doctrine américaine vis-à-vis du Polisario.
Avec Pat Harrigan, ils sont désormais 7 congressmen à porter la proposition de loi et pointer le Polisario comme organisation terroriste: Joe Wilson, Jimmy Panetta, Mario Diaz-Balart, Jefferson Shreve, Randy Fine, Lance Gooden et Pat Harrigan. Une huitième personnalité s’apprête à rejoindre leurs rangs, apprend Le360. Cette montée en puissance législative s’inscrit dans un climat politique américain marqué par une vigilance accrue face aux menaces terroristes dans la région du Sahel et d’Afrique du Nord. Elle traduit également une évolution de la perception du mouvement séparatiste dans les cercles décisionnels américains.
L’initiative soutenue par Harrigan s’inscrit qui plus est dans un mouvement plus large, marqué par la mobilisation de sénateurs du calibre du républicain Ted Cruz, véritable ténor de l’appareil législatif américain et réputé très proche du président Donald Trump. Dix jours avant l’officialisation du soutien du député de Caroline du Nord, Cruz avait annoncé son intention de soumettre au Sénat une proposition similaire visant à classer le Polisario comme organisation terroriste.
Lors d’auditions organisées au Sénat américain sur la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, Ted Cruz a adopté une rhétorique particulièrement offensive. Il a notamment évoqué ce qu’il qualifie de «houthisation» du Polisario, accusant le mouvement d’entretenir des liens opérationnels avec l’Iran et de servir d’instrument géopolitique régional. Selon Cruz, ces relations incluraient un accès présumé à des technologies militaires iraniennes, notamment des drones, ainsi qu’un rôle dans les circuits d’approvisionnement d’armes vers certains groupes jihadistes sahéliens.
Concomitamment, la pression sur l’Algérie va crescendo. Les auditions menées début février au même Sénat ont illustré l’évolution du discours politique américain. La sénatrice démocrate Jeanne Shaheen a notamment interpellé les autorités diplomatiques américaines sur la poursuite par l’Algérie de ses acquisitions massives d’armements russes. Ces achats pourraient exposer Alger à des sanctions en vertu de la loi américaine CAATSA.
Les inquiétudes américaines ne sont pas nouvelles. Dès 2022, l’actuel secrétaire d’État Marco Rubio avait souligné le statut de l’Algérie comme l’un des principaux acheteurs d’armements russes. Plusieurs membres du Congrès avaient également plaidé pour l’application éventuelle de sanctions contre Alger. Malgré les tentatives de l’ambassadeur algérien aux États-Unis, Sabri Boukadoum, de rassurer Washington en évoquant une possible diversification vers l’armement américain, de nombreux analystes doutent de la faisabilité d’un tel virage stratégique, compte tenu de l’interdépendance historique entre l’armée algérienne et l’industrie militaire russe.
Sahara: mise en cause directe de l’Algérie
Ces développements coïncident avec la relance du processus politique autour du Sahara occidental. Les 8 et 9 février, des discussions se sont tenues à Madrid sous l’égide de l’administration du président Donald Trump, réunissant des représentants du Maroc, de l’Algérie, du Polisario et de la Mauritanie. Dans une réaction officielle particulièrement remarquée, le conseiller spécial pour l’Afrique et le monde arabe du président Trump, Massad Boulos, a explicitement évoqué l’implication directe de l’Algérie dans ce dossier, tout en qualifiant d’«historique» la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU. C’était lors d’un entretien accordé à la chaîne allemande Deutsche Welle dans sa version en langue arabe.
Boulos a rappelé que les résolutions du Conseil de sécurité désignent clairement l’Algérie comme partie prenante du conflit, contredisant la position officielle d’Alger qui se présentait jusqu’ici comme simple observateur. Cette déclaration signifie une responsabilisation accrue des acteurs du conflit, Alger en premier.
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Dans ce contexte déjà tendu, Washington a annoncé la nomination de Mark Schapiro comme chargé d’affaires à Alger. Une nomination qui sera effective à partir du 1er mars 2026. Ce choix, qui privilégie un diplomate intérimaire plutôt qu’un ambassadeur confirmé, qui plus est controversé chez le voisin, alimente les spéculations sur l’état réel des relations bilatérales entre Washington et Alger.
Expérimenté, Schapiro possède une connaissance approfondie de l’Algérie pour y avoir exercé entre 2007 et 2009 comme conseiller politique à l’ambassade américaine. Il a également occupé plusieurs fonctions diplomatiques dans le monde arabe et en Europe. Loin d’être un ami, Schapiro est réputé critique à l’égard du pouvoir algérien et il est considéré comme «hostile» dans les cercles du pouvoir algérien. Schapiro avait d’ailleurs fait l’objet d’une véritable levée de boucliers pour avoir participé à l’organisation de rencontres entre diplomates américains et formations politiques algériennes. Il n’en fallait pas plus pour qu’il soit accusé d’ingérence dans les affaires internes. Dans le contexte actuel, cette nomination est clairement un signal de durcissement diplomatique.
Pris dans leur globalité, ces développements traduisent une transformation en cours de l’approche américaine vis-à-vis de l’Algérie et son protégé. L’accumulation d’offensives parlementaires et de pressions diplomatiques suggère une volonté américaine de redéfinir ses relations avec le régime d’Alger. Parallèlement, la question du classement du Polisario comme organisation terroriste s’impose comme un levier susceptible d’enterrer la milice inféodée par le régime voisin pendant que celui-ci persévère dans le déni et le jeu puéril de cache-cache.












