Sahara: quel rôle pour les Européens?

Florence Kuntz.

Florence Kuntz.

ChroniqueLes discussions sur l’avenir du Sahara se tiennent en Europe, sans l’Europe. Si l’Union Européenne n’est pas assise à la table madrilène des négociations réunissant, sous auspices américaines et onusiennes, le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario, est-elle pour autant hors-jeu?

Le 14/02/2026 à 10h00

On apprenait le week-end dernier que la capitale espagnole accueillait le premier round d’échanges quadripartites dans le cadre du processus onusien issu de la résolution 2797. Madrid, comme une évidence! Quel pays, hormis l’Espagne, peut se targuer d’être à la fois le premier partenaire commercial du Maroc, la première nation européenne à avoir clarifié sa position sur le plan d’autonomie, mais aussi la principale terre d’accueil de la diaspora saharouie, tout en ayant rétabli une relation apaisée avec Alger après l’embargo de 2022?

Lors de retrouvailles célébrées à son ministère, José Manuel Albares s’est félicité de recevoir son homologue algérien: «Heureux de recevoir à Madrid le ministre des Affaires étrangères d’Algérie Ahmed Attaf. Nous avons des relations politiques d’amitié fortement consolidées. Nous sommes amis, partenaires et voisins. L’Algérie est notre premier fournisseur de gaz, un partenaire stratégique, fiable et constant.» Dans le même esprit, il a souligné le spectaculaire redressement des échanges commerciaux entre les deux pays, évoquant une hausse de 190% des exportations espagnoles en 2025. Pour autant, tous les protagonistes l’assurent: Madrid ne joue, dans les négociations actuelles, aucun autre rôle que celui de l’hôte. Le règlement du dossier du Sahara serait-il une affaire strictement américano-maghrébine?

Assurément non. D’abord parce que la résolution de référence– dont le leadership américain est incontestable– a été votée avec la participation active des États européens siégeant au Conseil de Sécurité– où les puissances européennes membres permanents ont joué tout leur rôle. Ensuite parce que l’Union européenne, en tant qu’institution, a elle-même pris position. Le 29 janvier, lors du Conseil d’Association Maroc-UE, le chef de la diplomatie européenne, exprimant la position collective des États membres, a soutenu explicitement le processus politique mené sous l’égide des Nations unies et a reconnu la résolution 2797 comme cadre de référence du dossier saharien.

«Si c’est bien à la diplomatie américaine qu’on doit la conduite du processus politique, ainsi que la présence d’Alger à la table des négociations, l’Union européenne dispose en réalité de leviers propres, économiques et financiers, que Washington ne possède pas: des relations économiques et énergétiques structurantes, des instruments de coopération bilatérale et régionale susceptibles d’être mobilisés au service du succès des négociations.»

—  Florence Kuntz

Avait-elle réellement le choix du moment et des mots? Rester plus longtemps à distance aurait comporté davantage de coûts que d’avantages. C’était accepter le risque de marginalisation diplomatique face à Donald Trump, dans son propre voisinage. C’était laisser perdurer une insécurité juridique, alimentée par les recours répétés introduits par le Polisario devant les tribunaux européens. C’était, enfin, entériner l’hétérogénéité des positions nationales– certes atténuée par la dynamique enclenchée ces derniers mois autour du plan marocain d’autonomie– mais qui rendait, pour certains États, l’adhésion à une ligne commune plus aisée qu’une évolution en ordre dispersé. En ce sens, l’alignement européen sur la résolution 2797 a d’abord permis à l’Union de préserver sa propre cohérence.

Cet acte posé, comment être utile en étant à la marge du processus politique? L’Union européenne ne peut arbitrer une négociation qu’elle ne conduit pas. Elle le reconnaît elle-même avec prudence, se disant prête à «accueillir toute suggestion constructive que pourraient faire les parties en réponse au plan d’autonomie» et faisant humblement offre de service pour aider au processus en cours: «L’UE se tient prête à apporter son concours pour faciliter les consultations entre les parties dans le cadre des Nations unies et à appuyer les efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire Général.»

Si c’est bien à la diplomatie américaine qu’on doit la conduite du processus politique, ainsi que la présence d’Alger à la table des négociations, l’Union européenne dispose en réalité de leviers propres, économiques et financiers, que Washington ne possède pas: des relations économiques et énergétiques structurantes, des instruments de coopération bilatérale et régionale susceptibles d’être mobilisés au service du succès des négociations. Encore faut-il que Bruxelles accepte d’assumer ce rôle– ou que la pression américaine ne l’y oblige.

Par Florence Kuntz
Le 14/02/2026 à 10h00