Sahara marocain: ce que la position des Vingt-Sept change dans l’équation européenne

Mohamed Bouden, politologue. (Y.Mannan/Le360)

Le 30/01/2026 à 20h05

VidéoRéunis à Bruxelles, les Vingt-Sept ont adopté, au terme du Conseil d’association Maroc–UE, une position collective considérant le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme l’option la plus réaliste pour clore le différend régional. Une évolution que le politologue Mohamed Bouden qualifie de jalon stratégique, susceptible de peser sur l’équilibre euro-méditerranéen.

Réunie à Bruxelles pour sa 15ème session, l’instance Maroc–UE s’est achevée jeudi 29 janvier 2026 sur l’adoption d’une formulation inédite dans le discours européen: le document final estime qu’«une autonomie véritable pourrait représenter l’une des solutions les plus réalisables», en se référant explicitement au plan présenté par le Maroc comme socle d’une issue définitive.

Pour le politologue Mohamed Bouden, l’importance de cette évolution tient à sa portée diplomatique. Elle ne se limite pas à une déclaration de principe, mais acte un repositionnement à la hauteur des ambitions stratégiques des deux partenaires. Surtout, insiste-t-il, elle marque un changement d’échelle: l’Europe ne s’exprime plus à travers des appréciations dispersées d’États membres, mais à travers une appréciation commune, donnant au plan d’autonomie le statut de solution «la plus applicable».

Le chercheur relève que cette orientation s’inscrit dans le prolongement des positions déjà assumées par plusieurs capitales européennes majeures, à l’instar de Paris et de Madrid, et qu’elle converge avec une dynamique internationale plus large, portée notamment par les États-Unis ainsi que par certains pays scandinaves, dont la Suède.

À ses yeux, la nouveauté réside précisément dans la consolidation d’un langage collectif. Là où dominaient auparavant des lectures nationales, l’Union européenne affiche désormais une posture multilatérale, cohérente avec le cadre onusien, et en phase avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Mohamed Bouden y voit, par ailleurs, un acquis significatif, attribué à la vision du roi Mohammed VI depuis le lancement de l’initiative d’autonomie en 2007.

Le politologue considère enfin que cette évolution rehausse le niveau de lisibilité et de confiance dans la relation Maroc–UE, en répondant à une exigence constante de Rabat: disposer d’un positionnement clair sur les questions de souveraineté. Il rappelle, à ce titre, la ligne défendue par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, articulant fermeté sur les fondamentaux et respect des engagements.

En conclusion, Mohamed Bouden estime que «l’ère de l’ambiguïté touche à sa fin» dans les relations entre le Maroc et l’Union européenne, au profit d’une expression explicite susceptible d’influer durablement sur l’environnement stratégique euro-méditerranéen et, plus largement, sur les équilibres régionaux.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 30/01/2026 à 20h05