Parlement: la majorité bloque le plafonnement des carburants et la nationalisation de la SAMIR

La raffinerie Samir à Mohammedia, filiale du groupe Corral Petroleum Holdings AB.

Revue de presseRéunie en séance plénière, la Chambre des conseillers a définitivement rejeté, par 29 voix contre 10, deux textes portés par l’opposition syndicale. Ce vote scelle le retour au «point zéro» pour deux des dossiers économiques les plus brûlants, consacrant la doctrine du marché libre défendue par l’exécutif. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 17/06/2026 à 19h17

Le verdict de la Chambre des conseillers est tombé comme un couperet sur les ambitions de l’opposition syndicale marocaine. En balayant d’un revers de main les propositions de loi sur le plafonnement des carburants et la nationalisation de la SAMIR, la majorité gouvernementale n’a pas seulement exercé sa suprématie numérique, elle a réaffirmé avec force «sa doctrine économique libérale».

«Ce vote clôt un feuilleton législatif haletant qui aura duré plus de quatre ans, marqué par des coups de théâtre procéduraux et des affrontements idéologiques majeurs», indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du jeudi 18 juin.

L’histoire retiendra que ces textes ont failli passer entre les mailles du filet législatif à la faveur d’un absentéisme généralisé des parlementaires de la majorité en commission en 2022. Une erreur de stratégie politique qui avait permis à une poignée de conseillers syndicaux de faire basculer le vote préliminaire. La mobilisation massive de mardi dernier (29 voix contre 10) résonne donc comme un rappel à l’ordre brutal de la part de l’exécutif, qui a actionné ses leviers politiques pour verrouiller le débat en séance plénière.

«Au cœur de la fracture se trouve le bilan de la libéralisation du marché des hydrocarbures, actée en 2015», écrit Al Ahdath Al Maghribia. Pour la Confédération démocratique du travail (CDT) et ses alliés, cette réforme a exposé le consommateur marocain de plein fouet à la volatilité internationale et à la voracité présumée des distributeurs locaux. La proposition de fixer un plafond aux marges bénéficiaires des pétroliers se voulait un bouclier social face à l’inflation.

En rejetant ce texte, la majorité s’en tient à la stricte orthodoxie de l’économie de marché, confiant la régulation aux seuls mécanismes de la concurrence et au Conseil de la concurrence.

Le second volet, tout aussi crucial, concerne la SAMIR. Fleuron industriel et unique raffinerie du pays, située à Mohammedia, l’usine est à l’arrêt depuis sa mise en liquidation judiciaire. Le projet de l’opposition visait une nationalisation pure et simple: absorber les actifs par l’État pour relancer l’outil de production national. L’argumentaire syndical repose sur la sécurité stratégique: posséder sa propre capacité de raffinage permet de lisser les chocs d’approvisionnement mondiaux.

«Le refus de la majorité d’engager les finances publiques dans le passif financier de la SAMIR confirme l’option d’un désengagement de l’État des activités marchandes lourdes, préférant de loin la recherche d’un repreneur privé international ou la reconfiguration du site», note Al Ahdath Al Maghribia.

Ce vote consacre un retour à la case départ, mais il laisse de nombreuses questions en suspens. Si le gouvernement a gagné la bataille des chiffres au Parlement, il reste confronté à la réalité quotidienne des citoyens face à la cherté de la vie. En opposant une fin de non-recevoir à la nationalisation et au blocage des prix, l’exécutif prend la responsabilité politique exclusive de la sécurité énergétique et de la paix sociale à court et moyen terme.

Par La Rédaction
Le 17/06/2026 à 19h17