Christopher Ross présente le processus diplomatique actuel sur le Sahara occidental comme profondément biaisé en faveur du Maroc. Il affirme que la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies relègue au second plan la revendication du Polisario d’un référendum tout en privilégiant la proposition marocaine d’autonomie comme cadre dominant des négociations. Il critique également le rôle central assumé par les États-Unis, suggérant que la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine disqualifie ce pays comme médiateur impartial.
Tout au long de son article, Ross présente l’Algérie et le Polisario comme des défenseurs de la revendication du mouvement séparatiste basé à Tindouf au «droit à l’autodétermination», tout en ignorant la revendication juridique et historique du Maroc sur le territoire et en décrivant Rabat comme cherchant à imposer l’autonomie par la pression diplomatique et le levier géopolitique. Il conclut que tout règlement issu de ce processus manquerait de légitimité aux yeux du Polisario et pourrait provoquer de l’instabilité plutôt que produire une solution politique durable.
Comme souvent chez Christopher Ross, son article donne l’apparence de la neutralité tout en étant profondément biaisé en faveur de l’Algérie et de son proxy, le Polisario, lié à l’Iran et au Hezbollah. Il révèle trois problèmes fondamentaux: le cadrage systématiquement négatif du Maroc; la légitimation implicite des récits du Polisario; et la normalisation constante du rôle de l’Algérie en tant qu’observateur supposément neutre.
Ce sont précisément ces positions qui ont marqué son mandat d’envoyé spécial des Nations unies, soulevant de sérieuses interrogations quant à sa neutralité et le rapprochant davantage d’un avocat des positions et intérêts algériens que d’un médiateur impartial.
Ross présente à plusieurs reprises le Maroc à travers un prisme de suspicion et de délégitimation. D’abord, la proposition d’autonomie est décrite comme fondamentalement défaillante. Il suggère que la proposition «lie de nombreuses activités dans un Sahara occidental ‘autonome’ à des organes de supervision à Rabat» et qu’elle «prévoit la suspension de l’autonomie dans certaines circonstances», ajoutant que «beaucoup de travail reste à faire pour transformer cette proposition en un document crédible».
Ce faisant, Ross présente l’initiative marocaine comme structurellement défectueuse, cherchant désespérément à délégitimer la seule proposition actuellement sur la table des négociations.
La critique de Ross n’est pas une analyse, mais un jugement spéculatif sur les intentions du Maroc. À ses yeux, le Maroc serait structurellement incapable de décentralisation réelle. Pourtant, il n’explique jamais comment il parvient à cette conclusion lorsqu’il écrit que le Maroc est «fortement centralisé malgré ses tentatives de régionalisation». Il ne fournit ni chiffres, ni statistiques, ni références comparatives — seulement des affirmations catégoriques lancées dans l’air, comme si leur simple énonciation suffisait à en démontrer la validité. Pour Ross, le Maroc «pourrait être incapable d’aller jusqu’au bout» dans l’octroi de l’autonomie; pourquoi cela serait le cas, il ne l’explique jamais.
Il s’agit là d’un commentaire politique spéculatif, et non d’une analyse diplomatique. Cette lecture ignore les réformes avancées de régionalisation du Maroc, les investissements massifs de développement dans le Sahara marocain et l’autorité croissante des institutions régionales élues qui y opèrent déjà.
Ross se livre ensuite à des spéculations alarmistes sur une possible répression. Sans fournir la moindre preuve, il affirme que «cela pourrait conduire le Maroc à réinstaurer une répression sévère». Il s’agit d’une accusation très lourde formulée sans la moindre substantiation. De telles conjectures relèvent davantage du commentaire polémique que de l’analyse diplomatique sérieuse. Elles ressemblent au type de rhétorique souvent rencontré dans des chambres d’écho des réseaux militants hostiles au Maroc et sympathisants du récit algérien, plutôt qu’au langage mesuré que l’on attendrait d’un ancien envoyé des Nations unies. Lorsqu’un ancien envoyé de l’ONU suggère une répression future sans preuve, il franchit la frontière entre analyse et plaidoyer politique.
Ross suggère également que le Polisario devrait contrôler les ressources en phosphates, les pêcheries, les minerais, l’énergie et le tourisme. Cette position ignore non seulement la volonté de la majorité des Sahraouis vivant dans le territoire, qui bénéficient du développement économique de la région, mais aussi la réalité globale sur le terrain. Le récit implicite est que le Maroc exploiterait ces ressources de manière illégitime. Comme chez de nombreux partisans du récit algérien et certains activistes radicaux ailleurs, ce cadrage occulte les réinvestissements massifs des revenus des ressources dans la région ainsi que le modèle de développement ambitieux mis en œuvre dans les provinces du Sud.
À l’inverse, Ross présente systématiquement la position du Polisario comme politiquement légitime et moralement justifiée. Il décrit le mouvement avant tout comme un acteur diplomatique, écrivant que sa participation reflète «un engagement diplomatique continu». Pourtant, ce cadrage omet plusieurs réalités essentielles: le Polisario n’est pas reconnu comme un État, il opère en dehors de toute responsabilité démocratique et a été associé à des réseaux et acteurs liés à l’Iran et au Hezbollah — des connexions qui ont suscité des inquiétudes dans plusieurs cercles politiques à Washington.
«Loin d’éclairer le conflit, l’article de Ross illustre la persistance d’un biais diplomatique ancien: présenter l’Algérie comme un observateur neutre, le Polisario comme un acteur légitime et le Maroc comme un problème à corriger.»
— Lahcen Haddad
Ross s’efforce également de normaliser le récit du référendum, alors même que celui-ci est largement considéré dans les milieux diplomatiques comme un vestige du passé. Ainsi, il affirme que «seul un référendum d’autodétermination peut résoudre le conflit». Cette affirmation ignore des décennies d’expérience des Nations unies démontrant que l’option référendaire s’est révélée impraticable.
Lorsque la réalité devient gênante, le romantisme devient souvent le dernier refuge. La romantisation de la lutte séparatiste constitue depuis longtemps un trait récurrent du discours de Ross, reflétant un attachement persistant aux récits de libération hérités de l’Algérie. Il décrit la position du Polisario comme «une quête d’indépendance de cinquante ans». Un tel langage reproduit la rhétorique usée des mouvements de libération de l’époque de la guerre froide plutôt que d’offrir une analyse diplomatique sérieuse.
Agissant presque comme un pseudo-porte-parole de l’Algérie et du Polisario, Ross tente également de justifier la méfiance du mouvement à l’égard du Maroc. Il écrit que «le Polisario n’a aucune confiance dans les intentions marocaines», attribuant cela au «rejet par le Maroc en 2003 du référendum prévu dans le plan de règlement ONU/OUA». Or il s’agit d’une lecture extrêmement sélective de l’histoire. Elle ignore l’effondrement du processus d’identification des électeurs, l’impossibilité d’établir une liste électorale crédible et consensuelle, ainsi que le fait que la proposition Baker II ignorait effectivement la revendication non négociable du Maroc sur sa souveraineté.
Le biais le plus révélateur apparaît peut-être dans le traitement que Ross réserve à l’Algérie. Dans son récit, l’Algérie est présentée comme un acteur neutre — une étonnante opération de blanchiment de son rôle dans le conflit. Cette présentation ignore le contexte régional plus large, notamment les tensions de l’Algérie avec la France, ses frictions économiques avec l’Espagne et ses confrontations diplomatiques et médiatiques avec les Émirats arabes unis, entre autres, largement parce que ces acteurs ont soutenu la position marocaine. L’Algérie a montré à plusieurs reprises sa volonté de sacrifier des opportunités économiques et la coopération régionale afin de maintenir sa position sur la question du Sahara.
Pourtant, Ross écrit, sans la moindre distance critique, que «l’Algérie n’est pas partie au conflit». Il ne fait ainsi que reprendre la ligne diplomatique officielle de l’Algérie, malgré des preuves accablantes que ce pays accueille la direction du Polisario, finance et arme le mouvement et exerce une influence décisive sur les camps de Tindouf.
Non seulement Ross blanchit le rôle de l’Algérie, mais il présente également le pays comme un partenaire constructif. Dans un ton proche de celui d’un consultant bienveillant, il écrit que «les États-Unis et l’Algérie construisent un véritable partenariat à long terme». Plus frappant encore, il ajoute que «les États-Unis apprécient le soutien que fournissent le président Tebboune et le ministre des Affaires étrangères Attaf». Ce langage revient en réalité à louer le rôle diplomatique de l’Algérie tout en ignorant sa responsabilité centrale dans la prolongation du conflit.
La dernière touche intervient lorsque Ross présente l’Algérie comme un défenseur de principe de l’autodétermination. Il affirme que «ni les incitations ni les pressions ne conduiront l’Algérie à accepter des termes de règlement auxquels le Polisario s’oppose». Ce cadrage présente l’Algérie comme défendant un principe, alors qu’en réalité elle conditionne toute avancée dans les négociations à l’approbation du Polisario.
Ross, bien sûr, ne rappelle pas au lecteur qu’en 2003 l’Algérie avait signalé son ouverture à un partage du territoire avec le Maroc — précisément au moment où le prétendu principe d’autodétermination disparaissait discrètement par la fenêtre. En réalité, ce principe a souvent servi de simple habillage rhétorique pour des ambitions hégémoniques que Ross choisit commodément d’ignorer.
En définitive, l’objectif de Ross est de délégitimer la seule solution réaliste aujourd’hui sur la table. Dans le même temps, il reconnaît que la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies prend la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations. Pourtant, il affirme simultanément que le Conseil de sécurité aurait favorisé une partie. Il s’agit là d’une contradiction frappante pour quelqu’un qui fut autrefois envoyé des Nations unies. Si la diplomatie progresse aujourd’hui autour de la proposition d’autonomie, c’est tout simplement parce qu’aucun autre cadre viable n’existe.
Au fond, la question centrale est celle de la crédibilité institutionnelle. Un ancien envoyé des Nations unies qui délégitime systématiquement le Maroc, légitime le Polisario et normalise le rôle de l’Algérie, peut difficilement prétendre avoir agi comme un médiateur honnête. En ce sens, l’article de Ross confirme involontairement une perception largement partagée dans les milieux diplomatiques durant son mandat: celle d’une médiation fortement inclinée vers le récit algéro-polisarien.
Loin d’éclairer le conflit, l’article de Ross illustre la persistance d’un biais diplomatique ancien: présenter l’Algérie comme un observateur neutre, le Polisario comme un acteur légitime et le Maroc comme un problème à corriger. Ce prisme analytique, hérité d’une époque révolue, continue de fausser le débat international sur le Sahara chez certains irréductibles d’une position algérienne que l’évolution du consensus international a désormais largement dépassée.





