Tribune. La diplomatie du double discours du binôme burlesque Chengriha-Tebboune

Abdelmadjid Tebboune, le président algérien et Saïd Chengriha, le chef d'état-major de l'armée algérienne.
Abdelmadjid Tebboune, le président algérien et Saïd Chengriha, le chef d'état-major de l'armée algérienne. . DR

La diplomatie algérienne repose sur le faux-semblant, camoufle les réelles intentions, assène des convictions mensongères et tente de faire valoir des principes et sentiments mensongers.

Le 07/12/2022 à 13h08

La diplomatie algérienne, un univers fascinant… Par son aberration. On ne finit jamais de l’explorer et ses contours sont infinis. Cette diplomatie qui, chaque jour, livre à travers l’agence de presse officielle et les médias de la junte, une matière première inépuisable. 

Y compris pour les youtubeurs marocains patriotes, qui ne font que puiser dans un florilège quotidien de manifestations d’hostilité contre le Maroc, de dérapages verbaux, de déclarations absurdes et puériles. Et aussi une actualité politique et socio-économique algérienne navrantes.

Une diplomatie qui, après avoir perdu son pari saharien, s’enfonce aujourd’hui dans une régression inédite avec ce binôme burlesque qu’est celui de Chengriha-Tebboune. L’image de l’Algérie est encore plus brouillée en raison du fossé, s’élargissant, entre les «actes» des généraux (décideurs ultimes en politique étrangère et aussi en politique intérieure) et «la parole officielle» portée par des civils, placé à la devanture.

Pour leurrer la communauté internationale, Abdelmadjid Tebboune, président désigné par les militaires, et Ramtane Lamamra, ainsi que leurs relais propagandistes, ont pour mission de «maquiller» ou d’envelopper dans un «emballage» acceptable, mais en vain, l’aventurisme des généraux. Peine perdue: c’est trop tard!

Personne n’est dupe! Une communication laborieuse constamment contredite par les décisions intempestives des généraux dont les clans s’entredéchirent. Une répartition des tâches grossière cherchant à dissimuler l’abîme entre ce qui est tramé et ce qui est annoncé. Dans une conjoncture mondiale complexe, où l’ambigüité n’est plus acceptée, la communauté internationale est excédée par ce jeu.

Les communiqués surréalistes de la diplomatie algérienneDerrière tout cela, bien entendu, le souci des généraux de se maintenir au pouvoir sans que rien ne change en Algérie. Et que ce pays continue à fonctionner conformément à leur vision du monde vieillotte, périmée et obsolète. Ils font tout pour éloigner l’avènement à la tête du pays de jeunes talents et de potentialités civils dont l’Algérie abonde.

Plusieurs observateurs ont épinglé cette «diplomatie du faux-semblant» qui camoufle les réelles intentions, assène des convictions mensongères et tente de faire valoir de faux principes et sentiments. 

Les exemples sont infinis, mais on souhaite, ici, s’arrêter sur la bizarrerie de ces communiqués fantaisistes de la diplomatie algérienne, par lesquels elle prétend exprimer sa «préoccupation», son «inquiétude» ou parfois même son «émotion» face à des situations de crise et de tension dans le monde. 

Des communiqués surréalistes qui «conseillent» aux belligérants d’adopter les vertus du dialogue, de la concertation et du règlement des différends par les voies pacifiques. Bref, tout le contraire des méthodes de la junte dont l’action est fondée sur la menace, l’arbitraire et la violence.

Souvenons-nous ce communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères en août 2022, qui avançait que l’Algérie suivait avec une «extrême inquiétude le développement de la situation dans la capitale libyenne, Tripoli, suite à la reprise des affrontements armés, appelant toutes les parties libyennes à œuvrer incessamment à faire cesser les hostilités et à recourir au dialogue en toute responsabilité».

Tout le monde sait que l’ingérence et les manipulations algériennes dans les affaires internes de la Libye font partie de la grave crise qui déchire ce pays. Les Libyens en sont parfaitement conscients.

Une diplomatie des «bons sentiments»Le même subterfuge a été déployé en octobre 2021, lorsque la junte a exprimé «sa grande inquiétude face à la situation au Liban frère ainsi que son profond regret après les incidents survenus dans la capitale et appelle toutes les parties à faire preuve de responsabilité et de sagesse».

Il est évident qu’à travers ce communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères voulu mettre à l’index l’ensemble des protagonistes de la crise libanaise. Il s’agit pour lui d’éluder le rôle néfaste de son allié le Hezbollah, le bras armé de Téhéran, qui, avec la Syrie, sont les premiers responsables de la déstabilisation du Liban. Ce procédé relève aussi du faux-fuyant, Alger cherchant à montrer patte blanche par rapport à son jeu trouble au Moyen orient.

Concernant le Sahel, un communiqué «énorme» a évoqué, en août 2021, la «vive préoccupation qu’inspirent à Alger la recrudescence, la fréquence et la gravité des actes terroristes que des pays sahélo-sahariens frères (Burkina Faso, Mali, Niger) enregistrent ces dernières semaines et ces derniers jours». Difficile d’y croire. Il est documenté que les services algériens ont joué un rôle central dans la genèse des bandes armées criminelles qui écument le Sahel. Quand on pense que la junte y a aussi facilité l’installation des milices Wagner, elle ne peut leurrer personne sur ses bons sentiments.

Même le Tchad n’a pas échappé, en octobre 2022, à une annonce où Alger avait exprimé une «vive émotion». On apprend que «l’Algérie suit avec une vive émotion les développements enregistrés en République du Tchad et condamne fermement l’emploi de la force létale contre des manifestants». La junte a même osé «présenter ses sincères condoléances aux familles des victimes et exprimer ses vœux de prompt rétablissement aux blessés». Amen! Ainsi soit-il!

Des discours aux valeurs humanistes, qui leur sont en fait étrangèresMais le pouvoir algérien a oublié que quatre mois auparavant, en juin 2022, il avait fait tout un vacarme lors de la visite du ministre tchadien de la sécurité. L’APS était ravie d’annoncer que les discussions ont porté sur «l'expérience algérienne dans le domaine sécuritaire depuis les années 1990», ajoutant que le ministre tchadien tient à s'inspirer de l'exemple de l'Algérie en la matière.

Donc, que du paradoxe, des contradictions et de la grosse plaisanterie portée par une communication sans mémoire. Finalement, les Tchadiens ont réglé leurs différends conformément à la sagesse africaine authentique. En tout cas, d’une manière nettement plus avisée que la désastreuse expérience sécuritaire algérienne.

Les Africains, et surtout les malchanceux qui sont frontaliers avec l’Algérie, ne veulent qu’une chose: que le régime algérien garde son inquiétude, son émotion et sa préoccupation pour lui, qu’il laisse les pays africains tranquille et cesse son immixtion dans leurs affaires!

Des exemples parmi tant d’autres sur cette diplomatie fondée sur le double langage, cherchant laborieusement à faire bonne figure pour se parer des valeurs d’humanisme qui sont étrangères aux généraux algériens. De plus, comment peut-on accorder du crédit à un régime qui est lui-même source d’inquiétude, de déstabilisation, d’ingérence, et de tension permanentes dans son voisinage au Maghreb, dans le monde arabe, au Sahel et en Afrique.

Enfin plusieurs observateurs estiment que derrière le procédé du faux-semblant (qui n’est qu’une des composantes d’une diplomatie opaque) se cacherait aussi un contentement et même une satisfaction. 

Il se dit que les généraux se réjouissent à chaque fois qu’il y a des situations de troubles et de crise dans d’autres pays. Des situations à l’image de leur gestion désastreuse des affaires algériennes. Ils s’y retrouvent, car ils n’apprécient guère la paix sociale, la stabilité et la dynamique réelle de développement qui constituent pour eux des contre-modèles insupportables.

Par Jalal Drissi
Le 07/12/2022 à 13h08