Tebboune, Saïed… les orphelins du guide suprême!

Mustapha Tossa.

ChroniqueAprès le séisme politique provoqué par la brutale décapitation du régime iranien par les États-Unis et Israël, plusieurs pays du Maghreb, notamment l’Algérie et la Tunisie, se livrent à de délicates contorsions diplomatiques pour redéfinir leur position à l’égard de Téhéran. L’objectif semble clair: minimiser, sinon effacer, la proximité politique que ces deux capitales entretenaient, ouvertement ou plus discrètement, avec le régime iranien.

Le 09/03/2026 à 18h03

Ces nouvelles postures ont donné lieu à un va-et-vient diplomatique révélateur d’un profond embarras politique. Les autorités de ces pays paraissent désormais animées par une même crainte: être assimilées à l’axe iranien au moment où celui-ci se retrouve brutalement fragilisé sur la scène internationale. D’où les hésitations observées à condamner les attaques iraniennes contre certaines monarchies du Golfe, mais aussi l’absence de soutien explicite à Téhéran face à la guerre qui lui est menée. Ce silence, lourd de sens, traduit l’inquiétude croissante de ces régimes, soucieux d’éviter toute association avec un partenaire désormais perçu comme affaibli et controversé.

Ce mutisme diplomatique tranche pourtant avec l’attitude adoptée lors des premières frappes militaires américaines et israéliennes contre l’Iran, en juin dernier. À l’époque, Alger comme Tunis n’avaient pas hésité à exprimer publiquement leur solidarité avec le régime iranien. Aujourd’hui, une forme de prudence, voire de tétanisation diplomatique, semble s’être installée dans ces capitales, face à l’ampleur d’un bouleversement géopolitique que certains n’hésitent pas à comparer à un véritable séisme régional.

Pourtant, il est difficile d’effacer les traces des relations étroites que le régime iranien entretenait avec certains partenaires maghrébins, en particulier l’Algérie. Pendant des années, les liens politiques et sécuritaires entre Alger et Téhéran ont été jugés suffisamment denses pour que plusieurs observateurs occidentaux perçoivent l’Algérie comme un relais potentiel de l’influence iranienne en Afrique du Nord et dans le Sahel. Les accusations portant sur l’utilisation par l’Iran de réseaux d’influence régionaux, notamment à travers le Polisario, ont régulièrement été évoquées comme l’expression d’une convergence stratégique visant à affaiblir l’influence occidentale dans l’espace méditerranéen.

À l’époque déjà, certaines informations faisaient état de scénarios stratégiques élaborés par Téhéran dans le contexte de son bras de fer avec la communauté internationale. Il était notamment question d’une possible stratégie visant à perturber les grands axes maritimes du commerce mondial, qu’il s’agisse du détroit d’Ormuz ou, dans certaines hypothèses plus audacieuses, du détroit de Gibraltar. Les autorités algériennes avaient fermement rejeté ces allégations, mais la simple évocation de telles perspectives révélait l’ampleur des inquiétudes suscitées par la stratégie régionale des dirigeants iraniens.

«La question demeure toutefois ouverte: ces silences prudents, ces repositionnements diplomatiques et ces changements de ton suffiront-ils à convaincre les capitales occidentales d’oublier les choix stratégiques du passé?»

—  Mustapha Tossa

En Tunisie, les liens militaires avec Téhéran n’ont jamais été aussi structurés qu’en Algérie. Néanmoins, l’influence politique iranienne sur certains cercles du pouvoir tunisien reste un sujet régulièrement évoqué par les observateurs. Le président Kaïs Saïed, notamment, a multiplié les gestes diplomatiques interprétés comme des signes d’ouverture envers Téhéran. Sa présence à Téhéran lors des funérailles de l’ancien président iranien Ebrahim Raïssi, décédé dans un crash d’hélicoptère, avait ainsi été largement remarquée. Il avait ensuite été reçu par le guide suprême Ali Khamenei, dans un contexte de rapprochement politique croissant.

Cette dynamique s’est également traduite par plusieurs projets de coopération et par un rapprochement diplomatique plus visible, notamment à travers la suppression des visas entre les deux pays et l’établissement d’une liaison aérienne directe entre Tunis et Téhéran, à la suite d’une visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Autant d’initiatives qui avaient suscité des interrogations sur le risque de voir la Tunisie, pays pivot de la Méditerranée, glisser progressivement dans la sphère d’influence iranienne.

Aujourd’hui, face à la guerre qui frappe le régime iranien, ces anciennes proximités deviennent un héritage diplomatique encombrant. Pour Alger comme pour Tunis, la priorité semble désormais être de faire profil bas et d’atténuer toute perception d’alignement passé avec la stratégie d’influence de Téhéran.

La question demeure toutefois ouverte: ces silences prudents, ces repositionnements diplomatiques et ces changements de ton suffiront-ils à convaincre les capitales occidentales d’oublier les choix stratégiques du passé?

Il est permis d’en douter. Si une sanction militaire paraît improbable, il n’est pas exclu que des formes de pression politique ou économique s’exercent à l’avenir sur ces régimes, afin de leur rappeler le prix des alliances nouées autrefois avec un partenaire aujourd’hui fragilisé.

Par Mustapha Tossa
Le 09/03/2026 à 18h03